Christi Belcourt décrit son oeuvre intitulée « Giniigaaniimenaaning »

Téléchargement : Format MP4

Transcription : Christi Belcourt décrit son oeuvre intitulée « Giniigaaniimenaaning »

L'histoire que raconte le vitrail commence au bas du panneau de gauche, se poursuit en montant vers le panneau du haut, puis descend le long du panneau de droite. Il relate le récit des Autochtones, de leurs cérémonies, de leurs langues et de leurs connaissances culturelles, qui sont toujours intactes. Il décrit la noirceur de l'épisode des pensionnats indiens, le réveil au son d'un tambour inuit, les touchantes excuses du gouvernement du Canada, l'espoir de la réconciliation, la transformation et la guérison grâce aux danses, aux cérémonies et aux langues et, enfin, la résilience des Autochtones.

Le titre de l'oeuvre, Giniigaaniimenaaning, signifie « regard vers l'avenir », mais comme m'a expliqué Mike Kiwenzie, il y a une signification plus profonde au mot, à savoir l'idée que tout le monde est inclus et que nous préparons l'avenir pour ceux qui naîtront.

Dans le coin inférieur gauche, un ancêtre fume dans la hutte sacrée. De l'ouest (le motif de couverture à boutons) à l'est (le motif de coupole), les cérémonies, les langues et les connaissances traditionnelles des Autochtones étaient intactes. Cette section du bas représente l'époque précédant les pensionnats indiens. Des cérémonies importantes soulignant le passage de l'enfance à l'âge adulte, comme le jeûne des fraises, étaient enseignées et pratiquées. La récolte des bleuets et les connaissances relatives aux plantes, aux animaux et aux propriétés médicinales étaient transmises d'une génération à l'autre. Le perlage, les belles oeuvres d'art et le tissage en piquants de porc-épic sur nos vêtements et nos objets sacrés représentent notre fierté. Les racines sont le symbole des liens qui nous unissent à la terre et à nos ancêtres.

La section du milieu a été la plus difficile à réaliser, car des émotions très fortes y sont représentées. On estime que plus de 150 000 enfants ont été retirés de force de leur foyer et, souvent, ont été victimes de sévices aussi horribles qu'inconcevables. J'ai entendu dire qu'à un certain moment, en 1902 je crois, 50 % de tous les enfants fréquentant pour la première fois un pensionnat indien mouraient : cela représente un taux de mortalité de 50 %. Dans de nombreux cas, les parents n'étaient pas informés du décès de leur enfant. Voilà une tragédie que nous ne devons pas oublier, vraiment ne pas oublier.

Comme l'a dit le premier ministre Stephen Harper dans les excuses qu'il a prononcées le 11 juin, l'objectif des pensionnats indiens était : « d'isoler les enfants et les soustraire à l'influence de leurs foyers, de leurs familles, de leurs traditions et de leur culture ».

Les images des enfants représentées ici sont tirées de photos d'époque. D'autres enfants sont des créations artistiques. Le bâtiment du pensionnat indien de Shubenacadie est aussi représenté, car les bâtiments étaient comme des prisons. La GRC jouait aussi un rôle dans le régime des pensionnats indiens, étant donné que ses agents étaient chargés de retrouver et de ramener aux pensionnats les enfants qui s'étaient sauvés. Ces bâtisses sont donc devenues des prisons pour les enfants qui ne pouvaient pas parler des sévices dont ils étaient victimes.

En haut du vitrail, entre le haut et ce panneau du milieu, le verre brisé représente l'éclatement des familles, des collectivités et de la vie des gens. Les éclats de verre signifient aussi la fin du silence des gens qui étaient incapables de parler, une fois rendus adultes, des sévices vécus. Puis, en 1990, Phil Fontaine, connu de tous, et alors grand chef de l'Assemblée des chefs du Manitoba avant de devenir grand chef de l'Assemblée des Premières Nations, a été le premier dirigeant autochtone à parler publiquement des sévices qu'il a subis dans un pensionnat indien. Il faut préciser que beaucoup de gens parlaient de ces sévices avant que le chef Phil Fontaine raconte son histoire, mais peut-être que son témoignage était la goutte qui a fait déborder le vase. Le sujet a fait son entrée dans la sphère publique et les gens ont commencé à y porter attention.

Un danseur au tambour annonce ici le début de la guérison. Les cercles qui s'élèvent derrière le tambour représentent l'évolution des gouvernements et des églises qui, au début, niaient cette page de l'histoire, avant de l'accepter et de finalement reconnaître et d'admettre leur rôle, ce qui a mené à la présentation d'excuses. La neige tombe et la lune brille dans le ciel du Nord. La colombe tenant une branche d'olivier signifie l'espoir d'une réconciliation et d'une relation renouvelée entre les Autochtones et les autres Canadiens.

Le panneau du haut commémore les excuses officielles présentées le 11 juin 2008. Les réactions aux excuses ont été diverses. Certains étaient sceptiques, d'autres, reconnaissants. Certaines personnes doutaient grandement, avec raison, de la sincérité des excuses. Cependant, d'autres personnes ont été touchées, et c'est avec un coeur plus léger qu'ils voulaient aller de l'avant. Le premier ministre Harper a dit ceci : « Le gouvernement du Canada présente ses excuses les plus sincères aux peuples autochtones du Canada pour avoir si profondément manqué à son devoir envers eux, et leur demande pardon. » Peu importe la réaction des gens à la suite des excuses, je crois que tout le monde a été ému.

Sur le panneau suivant, en haut, comme dans le panneau de gauche, des cercles émergent et se transforment en un soleil qui brille clairement dans le ciel. Le soleil se lève et représente la transformation. Mais il représente davantage comme l'a dit Mary Simon, présidente d'ITK à l'époque, lors de sa réaction officielle présentée aux membres de la Chambre des communes : « Je suis remplie d'optimisme. Un nouveau jour s'est levé pourtant, un jour nouveau marqué d'une volonté de réconciliation et d'édification d'un nouveau rapport avec les Inuit, les Métis et les Premières Nations. »

Les lignes qui se dégagent du soleil visent à illustrer le concept du temps qui passe. Les couleurs sont celles utilisées dans les différentes roues médicinales, dans la danse du soleil, dans les huttes de Midewin et l'écharpe métisse. Le jaune, le noir, le rouge, le blanc, le vert et le bleu, pris en commun avec le soleil et la lune du panneau de gauche, représentent le cycle de la vie et les saisons des changements. La robe à franges est une robe sacrée. C'est une robe pour la guérison qui est maintenant commune partout en Amérique du Nord. Dans ce panneau, la danseuse à la robe à franges est une aînée ayant fréquenté un pensionnat indien. Elle danse pour la guérison de tous et pour celle des prochaines générations. Dans la section du milieu, les couleurs et les lignes nous transportent doucement vers le présent et nous font réfléchir à l'avenir. Une jeune mère étreint sur son coeur son poupon dans un porte-bébé traditionnel. L'enfant est de retour avec sa mère, où il doit être, ce qui représente la fin du cycle des sévices, car les enfants sont de nouveau élevés par leurs parents. Son grand-père chante une chanson traditionnelle, indiquant le retour des chansons, des danses, des cérémonies et des langues.

Il est impossible de le voir maintenant, mais dans le vitrail il sera inscrit dans diverses langues autochtones les phrases « Je t'aime » et « Je t'aime, mon enfant ». L'inclusion des mots Gizhawenamin Niichaanis est très importante, car de nombreux parents ont été victimes des pensionnats indiens et ont été incapables de dire « Je t'aime » à leurs enfants. Les enfants ont maintenant grandi et sont devenus des aînés qui n'ont jamais entendu ces mots, ce « Je t'aime ». En incrustant ces mots dans le vitrail, nous solidifions l'existence et l'utilisation des langues autochtones de nos jours. Nous honorons ces familles dont les membres n'ont jamais pu exprimer ces mots.

Dans la section du bas, le cercle est complet. Maintenant, des cérémonies traditionnelles ont lieu tout au long de l'année. Une grand-mère est assise dans la hutte et fume la pipe pour ses petits-enfants. Des cérémonies du potlatch ont lieu, de même que les cérémonies en l'honneur du saumon et de l'esturgeon, on érige des huttes de la danse du soleil et les huttes de Midewin ne sont plus l'objet de tabou, elles sont à la vue de tous. On observe les rites de puberté. Les enseignements traditionnels sur la médecine sont transmis. D'un océan à l'autre, les fondements de notre culture sont ravivés et retrouvent leur vigueur d'antan. L'espoir renaît et il y a un nouveau respect envers les cultures autochtones chez les autres Canadiens; les Autochtones réalisent leur propre force et leur résilience.

La dernière pièce de l'oeuvre, qui n'est pas vraiment visible, est la forme d'une femme. C'est le corps d'une femme qui représente la Terre mère, parce que la terre joue un rôle si essentiel pour nous, nous considérons qu'elle est sacrée. Cette image n'est pas facile à distinguer, mais elle est là. Tant de nos traditions, de nos cultures et de nos cérémonies sont fondées sur notre lien étroit avec le territoire, en fait, notre mode de vie lui-même. Nous sommes liés à l'esprit de la Terre, il serait donc impossible de concevoir une oeuvre sur notre peuple sans inclure, de quelconque façon, la Terre.

Voilà la description qui accompagne l'oeuvre, mais je sais qu'il y aura des sceptiques. Ils diront : « Eh bien, quel bien fera un vitrail alors qu'il reste tant de questions à régler, des questions sur les terres, l'environnement, les traités et les droits des Métis. De vraies maisons doivent être condamnées, de nos jours. Il y a tellement de problèmes à régler. Alors, quel bien fera un vitrail? » Ce qu'on peut répondre, c'est que 60 000 personnes défileront au Parlement chaque année. Les points de presse et beaucoup d'autres activités auront lieu sous le vitrail. Les anciens élèves des pensionnats indiens ne seront jamais oubliés.

Pour terminer, je veux rappeler que la réconciliation n'est pas à sens unique. Il n'est pas seulement question de nous guérir nous-mêmes. Dans la réconciliation, les deux parties se réunissent. Je veux donc demander aux Canadiens de garder ça en tête lorsqu'ils écrivent des réponses aux articles publiés dans le site Web de la Canadian Broadcasting Corporation (CBC), dans le Globe and Mail ou dans tout autre média. Les Autochtones ont grandement contribué à l'essor du pays, et ils continuent de le faire. Et notre apport a toujours été pacifique. Nous avons toujours donné, donné et donné. Alors, n'envoyez pas vos commentaires haineux qui blessent les gens et ne font rien pour unir le pays. En travaillant ensemble, nous pourrons accomplir de plus grandes choses, grâce aux deux groupes qui se respectent. Miigwetch.

Date de modification :