Jour de la présentation des excuses

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Transcription

(la voix de Stephen Harper, premier ministre du Canada)

Le gouvernement du Canada présente ses excuses les plus sincères aux peuples autochtones du Canada pour avoir si profondément manqué à son devoir envers eux, et il leur demande pardon.

Nous le regrettons
We are sorry
Nimitataynan
Niminchinowesamin
Mamiattugut

(la voix de Phil Fontaine, chef de l'Assemblée des Premières nations)

Les souvenirs des pensionnats déchirent parfois impitoyablement notre âme, tels des couteaux. Cette journée nous aidera à mettre cette douleur derrière nous.

(la voix de Mary Simon, présidente Inuit Tapiriit Kanatami)

Je suis remplie d'optimisme en me disant que cette initiative du gouvernement du Canada et la manière généreuse de formuler ces excuses nous aideront tous à mettre un terme à cette période sombre de notre histoire collective comme pays.

(la voix de Clément Chartier, président Conseil national des Métis)

Ceux qui en ont fait les frais, ce sont ces jeunes gens qui y ont été envoyés, des gens comme Don, des gens comme moi. Nous en avons fait les frais.

(Narration)

Le 11 juin 2008, le premier  ministre du Canada a présenté des excuses officielles aux anciens élèves du régime des pensionnats indiens.

En un geste historique, le premier ministre a présenté  des excuses au nom du gouvernement pour la douleur et la souffrance endurées par les anciens élèves des pensionnats indiens—ainsi que pour les effets néfastes des pensionnats sur la culture, le patrimoine et les langues autochtones.

(la voix de Stephen Harper, premier ministre du Canada)

Monsieur le président, je me lève aujourd'hui pour présenter nos excuses aux anciens élèves des pensionnats indiens.

Le traitement des enfants dans ces pensionnats est un triste chapitre de notre histoire.

Pendant plus d'un siècle, les pensionnats indiens ont séparé plus de 150 000 enfants autochtones de leurs familles et de leurs communautés.

Dans les années 1870, en partie afin de remplir son obligation d'instruire les enfants autochtones, le gouvernement fédéral a commencé à jouer un rôle dans l'établissement et l'administration de ces écoles.

Le système des pensionnats indiens avait deux principaux objectifs : isoler les enfants et les soustraire à l'influence de leurs foyers, de leurs familles, de leurs traditions et de leur culture; et les intégrer par l'assimilation dans la culture dominante.

Ces objectifs reposaient sur l'hypothèse que les cultures et les croyances spirituelles des Autochtones étaient inférieures.

D'ailleurs, certains cherchaient, selon une expression devenue tristement célèbre, « à tuer l'Indien au sein de l'enfant ».

Aujourd'hui, nous reconnaissons que cette politique d'assimilation était erronée, qu'elle a fait beaucoup de mal et qu'elle n'a aucune place dans notre pays.

Cent trente-deux écoles financées par le fédéral se trouvaient dans chaque province et territoire, à l'exception de Terre-Neuve, du Nouveau-Brunswick et de l'Île-du-Prince-Édouard.

La plupart des pensionnats étaient dirigés conjointement avec les Églises anglicane, catholique, presbytérienne ou unie.

Le gouvernement du Canada a érigé un système d'éducation dans le cadre duquel de très jeunes enfants ont souvent été arrachés à leurs foyers et, dans bien des cas, emmenés loin de leurs communautés.

Bon nombre d'entre eux étaient nourris, vêtus et logés de façon inadéquate. Tous étaient privés des soins et du soutien de leurs parents, de leurs grands-parents et de leurs communautés.

Les langues et les pratiques culturelles des Premières nations, des Inuits et des Métis étaient interdites dans ces écoles.

Certains de ces enfants ont connu un sort tragique en pension et d'autres ne sont jamais retournés chez eux.

Le gouvernement reconnaît aujourd'hui que les conséquences de la politique sur les pensionnats indiens ont été très néfastes et que cette politique a causé des dommages durables à la culture, au patrimoine et à la langue autochtones.

Bien que certains anciens élèves aient dit avoir vécu une expérience positive dans ces pensionnats, leur histoire est de loin assombrie par les témoignages tragiques sur la négligence et l'abus émotif, physique et sexuel d'enfants sans défense et sur leur séparation de familles et de communautés impuissantes.

L'héritage laissé par les pensionnats indiens a contribué à des problèmes sociaux qui persistent dans de nombreuses communautés aujourd'hui.

Il a fallu un courage extraordinaire aux milliers de survivants qui ont parlé publiquement des mauvais traitements qu'ils ont subis.

Ce courage témoigne de leur résilience personnelle et de la force de leur culture.

Malheureusement, de nombreux anciens élèves ne sont plus des nôtres et sont décédés avant d'avoir reçu des excuses du gouvernement du Canada.

Le gouvernement reconnaît que l'absence d'excuses a nui à la guérison et à la réconciliation.

Alors, au nom du gouvernement du Canada et de tous les Canadiens et Canadiennes, je me lève devant vous, dans cette chambre si vitale à notre existence en tant que pays, pour présenter nos excuses aux peuples autochtones pour le rôle joué par le Canada dans les pensionnats pour Indiens.

Aux quelque 80 000 anciens élèves toujours en vie, ainsi qu'aux membres de leurs familles et à leurs communautés, le gouvernement du Canada admet aujourd'hui qu'il a eu tort d'arracher les enfants à leurs foyers et il s'excuse d'avoir agi ainsi.

Nous reconnaissons maintenant que nous avons eu tort de séparer les enfants de leur culture et de leurs traditions riches et vivantes, créant ainsi un vide dans tant de vies et de communautés, et nous nous excusons d'avoir agi ainsi.

Nous reconnaissons maintenant qu'en séparant les enfants de leurs familles, nous avons réduit la capacité de nombreux anciens élèves d'élever adéquatement leurs propres enfants et avons scellé le sort des générations futures, et nous nous excusons d'avoir agi ainsi.

Nous reconnaissons maintenant que, beaucoup trop souvent, ces institutions donnaient lieu à des cas de sévices ou de négligence et n'étaient pas contrôlées de manière adéquate, et nous nous excusons de ne pas avoir su vous protéger.

Non seulement vous avez subi ces mauvais traitements pendant votre enfance, mais, en tant que parents, vous étiez impuissants à éviter le même sort à vos enfants, et nous le regrettons.

Le fardeau de cette expérience pèse sur vos épaules depuis beaucoup trop longtemps. Ce fardeau nous revient directement, en tant que gouvernement et en tant que pays.

Il n'y a pas de place au Canada pour les attitudes qui ont inspiré le système de pensionnats indiens, pour qu'elles puissent prévaloir à nouveau.

Il y a longtemps que vous travaillez à vous remettre de cette expérience, et nous nous joignons véritablement à vous dans ce parcours.

Le gouvernement du Canada présente ses excuses les plus sincères aux peuples autochtones du Canada pour avoir si profondément manqué à son devoir envers eux, et il leur demande pardon.

Nous le regrettons
We are sorry
Nimitataynan
Niminchinowesamin
Mamiattugut

Entrée en vigueur le 19 septembre 2007, la Convention de règlement relative aux pensionnats indiens s'inscrit dans une démarche de guérison, de réconciliation et de règlement des tristes séquelles laissées par les pensionnats indiens.

Des années d'efforts de la part des survivants, des communautés et des organisations autochtones ont abouti à une entente qui nous permet de prendre un nouveau départ et d'aller de l'avant en partenariat.

La Commission de divulgation des faits et de réconciliation est au cœur de la Convention de règlement.

Il s'agira d'une étape positive dans l'établissement d'une nouvelle relation entre les peuples autochtones et les autres Canadiens et Canadiennes, une relation basée sur la connaissance de notre histoire commune, sur un respect mutuel et sur le désir de progresser ensemble, avec la conviction renouvelée que des familles fortes, des communautés solides et des cultures et des traditions bien vivantes contribueront à bâtir un Canada fort pour chacun et chacune d'entre nous.

Que Dieu vous bénisse tous. Que Dieu bénisse notre pays.

(la voix de Phil Fontaine, chef de l'Assemblée des Premières nations)

Ce jour constitue aujourd'hui rien de moins que la réalisation de l'impossible.
Ce matin, nos aînés ont participé à une cérémonie en la mémoire de ceux qui n'ont jamais reçu ni excuses ni indemnisation, mais qui ont lutté courageusement contre l'assimilation afin que nous puissions voir arriver ce jour.

Ensemble, nous nous souvenons d'eux et nous les honorons parce que ce sont eux qui ont le plus souffert en voyant, génération après génération, les enfants arrachés à leur famille et privés de l'amour et de l'encadrement des leurs. Pour les prochaines générations, nous sommes aujourd'hui témoins à la Chambre de l'affirmation définitive de notre survie comme membres des Premières nations de ce pays.

Nous avons entendu le gouvernement du Canada assumer l'entière responsabilité de cet horrible chapitre de notre histoire commune. Nous avons entendu le premier ministre déclarer que cela ne se reproduira plus jamais. Enfin, nous avons entendu le Canada dire qu'il était désolé.

Les souvenirs des pensionnats déchirent parfois impitoyablement notre âme, tels des couteaux. Cette journée nous aidera à mettre cette douleur derrière nous.

Les excuses d'aujourd'hui reposent, plus que toute autre chose, sur la reconnaissance du fait que chacun est maître de sa vie et de son destin. C'est le seul vrai fondement d'une société où les peuples peuvent prospérer.

Nous devons maintenant aborder les défis de demain avec un nouvel esprit et une nouvelle vision.

Aujourd'hui, je tends la main à tous les Canadiens dans un esprit de réconciliation.
Meegwetch.

(la voix de Mary Simon, présidente Inuit Tapiriit Kanatami)

Monsieur le Premier ministre, je dois le dire en vous faisant face, parce que cela vient du fond de mon cœur. Il vous a fallu un grand courage pour exprimer votre peine et vos excuses à l'endroit de nos peuples, les Inuits, les Premières nations et les Métis, et nous vous en remercions.

Je suis de ceux qui ont longtemps rêvé de ce jour. Le parcours a été long et, par moments, je désespérais de voir arriver cet aboutissement.

Je suis remplie d'espoir et de compassion pour mes congénères autochtones du Canada parmi lesquels je me trouve ici aujourd'hui avec vous et vos ministres.

Je suis également remplie d'optimisme en me disant que cette initiative du gouvernement du Canada et la manière généreuse de formuler ces excuses nous aideront tous à mettre un terme à cette période sombre de notre histoire collective comme pays.

Beaucoup de travail ardu reste à faire. Nous aurons besoin de l'aide et du soutien de tous les Canadiens de bonne volonté et de nos gouvernements pour rebâtir des familles et des collectivités saines et vigoureuses. Il ne pourra en être ainsi que lorsque nous aurons à nouveau intégré à nos vies de tous les jours la dignité, la confiance ainsi que le respect des valeurs traditionnelles et des droits de la personne, et lorsque ces valeurs se refléteront dans nos rapports avec les gouvernements et les autres Canadiens.

Je tiens à exprimer ici aujourd'hui ma volonté de collaborer avec vous, comme l'ont toujours fait les Inuits, pour élaborer de nouvelles solutions et de nouveaux arrangements fondés sur le respect et la responsabilité réciproques.

Merci. Que sagesse et compassion guident nos efforts.

Merci beaucoup.

(la voix de Clément Chartier, président Conseil national des Métis)

Au nom de la nation métisse, je tiens à exprimer aujourd'hui mes sincères remerciements et ma profonde gratitude au premier ministre pour avoir offert ses excuses sincères à ceux qui ont fréquenté les pensionnats indiens.

Nous avons attendu longtemps, mais nous acceptons ces excuses. J'espère qu'elles seront ressenties dans les collectivités des personnes touchées.

Je suis un survivant d'un pensionnat métis, en tous points semblable aux pensionnats indiens, sauf en ce qui concerne ceux qui en ont fait les frais. Ceux qui en ont fait les frais, ce sont ces jeunes gens qui y ont été envoyés, des gens comme Don, des gens comme moi. Nous en avons fait les frais.

Ce jour est un jour pour tous les Canadiens. C'est un jour tourné vers l'avenir.

Je sais au plus profond de mon cœur  que les chefs des partis et le premier ministre qui ont parlé aujourd'hui l'ont fait avec sincérité. Je sais que leurs paroles sont profondes et vraies.

(la voix de Beverley Jacobs, présidente de l'Association des femmes autochtones du Canada)

Avant la mise en place du système de pensionnats indiens et la colonisation, les femmes de nos communautés étaient très respectées. On nous honorait parce que nous avions pour rôle de donner la vie et de prendre soin de l'esprit à qui nous permettions de s'incarner. Nous avions la responsabilité de veiller sur nos enfants et d'ainsi permettre à l'esprit de s'épanouir dans la vie matérielle.

Les pensionnats indiens ont vraiment eu des répercussions négatives sur le respect des femmes. Plus important encore, ce jour honore les survivants, dont certains sont parmi nous à la tribune. Je suis fier d'être ici et de représenter certains d'entre vous.

(la voix de Patrick Brazeau, chef du Congrès des peuples autochtones)

Je veux que vous sachiez que même si vous avez séjourné dans les pensionnats, au plus profond de moi, vous représentez de véritables modèles à suivre.

Votre résilience, votre courage et votre force ont fait de moi le Canadien autochtone, l'Algonquin fort, que je suis aujourd'hui, comme il s'en trouve d'autres dans notre magnifique pays.

Ce pays reconnu dans le monde entier comme un pays débordant de possibilités et d'espoir appartient aussi à ceux qui en ont été privés il y a si longtemps. En ce qui me concerne, aujourd'hui, je suis non seulement fier d'être un Autochtone et un Algonquin, mais je suis aussi fier d'être un Canadien autochtone.
Meegwetch

(Narration)

Cette reconnaissance des actes répréhensibles liés aux pensionnats indiens s'est avérée un grand pas en ce qui a trait à la guérison et au renouvellement de la relation entre le Canada et les peuples autochtones. La Commission de vérité et de réconciliation, un élément de la convention de règlement relative aux pensionnats indiens, est, dit-on, une pierre angulaire de cette Convention. Elle aidera à établir une nouvelle relation entre les peuples autochtones et les autres Canadiens, une relation basée sur une histoire commune, le respect mutuel et la compréhension mutuelle des peuples autochtones et de l'ensemble du pays.

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