Présentation d'excuses pour la réinstallation des Dénés sayisi

Le 16 août 2016, à Tadoule Lake, au Manitoba, l'honorable Carolyn Bennett, ministre des Affaires autochtones et du Nord, s’est excusée, au nom du gouvernement du Canada, pour le déplacement des Dénés sayisi dans les années 1950 et 1960.

Notes d'allocution pour l'honorable Carolyn Bennett

Chef, aînés, jeunes, membres de la communauté des Dénés sayisi ̶ en particulier les 18 survivants du déplacement de 1956 et ceux qui ont vécu à Churchill ̶ c'est pour moi un honneur d'être ici avec vous aujourd'hui. Je suis ici au nom du gouvernement du Canada, du premier ministre et de tous les Canadiens pour présenter des excuses pour la réinstallation des Dénés sayisi.

Parmi les membres de votre communauté qui ont été affectés par la réinstallation, un grand nombre ne sont plus avec nous. Je voudrais tout d'abord rendre hommage à ces personnes ̶ mères, pères, sœurs, frères, tantes, oncles, grands-parents et enfants ̶ qui sont décédés avant que le gouvernement du Canada ne présente ses excuses. Aujourd'hui, c'est avec humilité que je vous offre les mots suivants : nous sommes sincèrement désolés.

Il y a 60 ans, le gouvernement du Canada a pris une décision tragique et funeste qui a encore aujourd'hui des répercussions sur tous les membres de la Première Nation des Dénés sayisi. Sans consultation véritable, sans explication et sans planification adéquate, le gouvernement fédéral a déplacé votre peuple à Churchill d'abord, puis à North Knife River, le privant de l'usage des terres et des eaux dont il tirait sa subsistance à Little Duck Lake. Non seulement North Knife River était loin de vos terres traditionnelles, loin des caribous et des lacs et rivières où vous aviez vécu, mais le lieu était impropre aux besoins de votre communauté. De nombreux Dénés sayisi ont été dans l'obligation de partir sans pouvoir emporter leurs biens avec eux. Le gouvernement du Canada n'a fourni ni aliments, ni abris, ni soutien adéquats après la réinstallation. Des décennies plus tard, nous reconnaissons que les répercussions de cette réinstallation ont été catastrophiques.

Ce chapitre honteux de l'histoire du Canada découle du lourd héritage du colonialisme ̶ un héritage fait de manque de respect, de compréhension et de volonté d'écouter. Dès le début, les Dénés sayisi savaient qu'ils ne pourraient pas subvenir à leurs besoins à North Knife River. En septembre 1956, peu après la réinstallation, le chef Artie Cheekie était catégorique : la réinstallation à North Knife River était une erreur. Il a dit aux représentants du gouvernement qu'ils se trouvaient trop près de Churchill et que bientôt, il n'y aurait pas suffisamment de poisson et de gibier pour les nourrir. Le gouvernement du Canada n'a pas écouté les sages paroles du chef Cheekie.

Sans logement adéquat, sans ravitaillement et sans gibier à chasser, les Dénés sayisi n'ont eu d'autres choix que de migrer graduellement de North Knife River vers Churchill, rejoignant d'autres familles dénées sayisi qui s'y trouvaient déjà. En 1959, le gouvernement fédéral a installé les Dénés sayisi vers le Camp 10, où ils ont vécu dans des conditions déplorables. Au Camp 10, les familles vivaient dans des cabanes mal construites, sans chauffage, sans électricité, sans eau courante ni installations sanitaires adéquates. De plus, le Camp 10 était situé sur des terres stériles et rocheuses, près d'un cimetière – un mauvais présage. Les membres de la communauté ont eu faim et ont dû fouiller dans le dépotoir de la ville pour trouver de quoi manger. Des enfants ont été négligés ou ont subi des sévices. D'autres ont été envoyés dans des pensionnats indiens ou ont été adoptés à l'extérieur. De nombreux Dénés sayisi sont décédés dans des circonstances tragiques pendant cette période en raison des terribles conditions de vie à Churchill.

En 1967, le gouvernement du Canada a déplacé à nouveau les Dénés sayisi, cette fois vers un village déné situé à l'extérieur de Churchill. La situation n'était pas meilleure qu'au Camp 10. Les horreurs du village déné – la violence, la discrimination, la pauvreté et le désespoir provoqués par ce déplacement – continuent de hanter les survivants encore aujourd'hui. Ce qui fend le cœur, c'est qu'un nombre encore plus grand de Dénés sayisi y ont péri. Au début des années 1970, certains leaders et membres de la communauté des Dénés sayisi sont retournés vivre sur leurs terres, s'établissant au lac Tadoule. En retournant sur leurs terres, les Dénés sayisi ont fait preuve d'un courage, d'une force, d'une résilience et d'une détermination remarquables.

Tout ce que vous avez perdu pendant ces années à Churchill est inadmissible. Les Dénés sayisi ont subi du racisme et un manque de respect de toutes parts : parmi ceux qui ont vécu à Churchill pendant ces années, ils sont nombreux à dire qu'ils ont été traités comme les « plus inférieurs parmi les inférieurs ». Votre mode de vie a été altéré à jamais; la langue, la culture et les traditions dénées qui étaient si fortes avant 1956 ont dû être réenseignées, réapprises et renouvelées. Aucune personne, ni aucun peuple, n'aurait dû subir un tel traitement dans la société canadienne. Il est impossible de revenir en arrière et de supprimer le traumatisme collectif que vous avez subi pendant des années. Vous avez vécu et ressenti au plus profond de vous les effets des actions du gouvernement du Canada pendant six décennies; vous êtes les survivants du triste héritage de la réinstallation. Tout ce que nous pouvons faire à présent, c'est, avec humilité, offrir nos plus sincères excuses au peuple Dénés sayisi.

Nous nous excusons de vous avoir forcés à quitter Little Duck Lake. Nous nous excusons pour les conditions de vie difficiles, l'indignité et le racisme que votre communauté a subis tout au long des années passées à Churchill. Et nous nous excusons d'avoir pris tant de temps pour reconnaître nos actions et pour nous excuser.

Rien ne justifie de façon satisfaisante nos actions; elles découlent d'une méconnaissance, d'une perception erronée et d'un mauvais calcul. Le gouvernement du Canada n'avait pas compris que les Dénés sayisi avaient pu prospérer pendant des siècles sans poste de la Compagnie de la Baie d'Hudson pour les ravitailler. Nous n'avions pas pris conscience que les Dénés sayisi avaient chassé le caribou de façon durable depuis des temps immémoriaux et qu'ils ne constituaient pas une menace pour la harde de caribous. Et nous n'avons pas compris la profondeur du lien qui les unissait à leurs terres traditionnelles de Little Duck Lake.

Aujourd'hui, que le gouvernement du Canada dise qu'il s'excuse ne suffit pas. Les mots ne peuvent pas adéquatement exprimer la douleur, la souffrance, les privations et les pertes que votre communauté a subies au cours des 60 dernières années. Pour plusieurs, l'idée même de réconciliation entre le gouvernement et les peuples autochtones semble bien loin à l'horizon. Je respecte cela, et le comprends. Toutefois, en présentant des excuses aujourd'hui, je veux m'assurer que tous les Canadiens en apprennent davantage sur la réinstallation des Dénés sayisi afin que nous puissions veiller à ce qu'une telle chose ne se produise plus jamais.

Je crois qu'en prenant acte des injustices du passé, nous créons une occasion de regarder ensemble vers un avenir plus heureux, pour les 150 prochaines années de la Confédération. Je crois qu'il y a de l'espoir. Je crois que nous avons une occasion de reconstruire notre relation, de nation à nation, en nous fondant sur les principes que sont le respect des droits, la coopération, le partenariat et la confiance. Le sentier vers la réconciliation est devant nous, un sentier qui commence par la guérison et qui permettra de faire en sorte que les générations futures soient fortes et en santé.

En disant que nous nous excusons, j'ai l'espoir de pouvoir marcher sur ce sentier avec vous.

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