ARCHIVÉE - Max Friesen

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Max Friesen préside le Polar Archaeology Network, une organisation dont l'objectif est de trouver le meilleur moyen de préserver les données archéologiques du Nord.

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Transcription du balado

NARRATION EN FRANÇAIS : Ce podcast a été enregistré à l'Année polaire internationale 2012.

NARRATION EN ANGLAIS : This podcast was recorded at the International Polar Year 2012 Conference.

NARRATION EN FRANÇAIS : IPY 2012.

NARRATION EN ANGLAIS : IPY 2012.

NARRATION EN ANGLAIS : From knowledge to action.

NARRATION EN FRANÇAIS : De la connaissance à l'action.

ANIMATEUR : Les changements climatiques mettent en péril les données archéologiques de l'Arctique. Max Friesen est le président du Polar Archaeology Network, une organisation dont les travaux visent à trouver la meilleure façon de préserver les données archéologiques du Nord. Dans le cadre de la conférence de l'API de 2012, tenue à Montréal, nous avons rencontré monsieur Friesen afin de parler de ce qui peut être fait.

00:37

ANIMATEUR : Dites-moi, quelles sont les données archéologiques qui risquent d'être perdues en raison des changements climatiques?

INVITÉ : Eh bien, l'Arctique est un endroit très complexe avec une préhistoire et une histoire qui remontent à loin. Certaines données archéologiques sur l'histoire culturelle de nombreux groupes différents remontent à des milliers d'années. Dans de nombreux cas, bien entendu, les peuples n'avaient pas d'histoire écrite, alors, dans certains cas, ces données sont les seules que nous avons. Mais, en plus, même pour ce qui est des périodes plus récentes – comme l'expansion et l'exploration européenne – on doit souvent consulter les données archéologiques afin de comprendre ce que les gens faisaient réellement par rapport à ce qui a été écrit à ce sujet plus tard. En plus de l'histoire culturelle, dans les données archéologiques, on trouve des informations indispensables au sujet d'organismes biologiques. Autrement dit, dans certains sites, les gens faisaient de la chasse et de la cueillette de plantes, ce qui créait une concentration de matériaux biologiques qui étaient alors congelés dans le sol. Ces matériaux sont donc ainsi parfaitement congelés depuis ce temps. On ne constate ce phénomène nulle part ailleurs. Autrement dit, les biologistes peuvent venir examiner les matériaux des sites archéologiques et trouver des échantillons datés de centaines, voire même de milliers d'années. Ils peuvent ainsi étudier les changements qui ont eu lieu dans la dynamique des populations, les systèmes écologiques, etc. Toutes ces données sont maintenant en grave danger de destruction.

01:57

ANIMATEUR : Quels sont les facteurs liés aux changements climatiques qui ont les effets les plus néfastes sur ces données?

INVITÉ : Eh bien, les changements climatiques ont peut-être trois ou quatre effets potentiels importants. Premièrement, en raison des températures de plus en plus clémentes, le pergélisol est en train de fondre. Les sites archéologiques, dans bon nombre de cas, sont congelés depuis que les gens les ont quittés – ce qui signifie que des matériaux organiques, comme même des plumes, des peaux et des poils, y sont parfaitement préservés. Mais maintenant que le pergélisol est en train de fondre et que la couche active s'épaissit d'été en été, ces matériaux sont tout à coup exposés à l'activité microbienne et risquent d'être détruits. De plus, dans le passé, presque tout le monde qui s'installait dans l'Arctique s'installait sur la côte maritime. Aujourd'hui, la côte est l'objet d'une très importante érosion, et ce, pour deux raisons. D'abord, le niveau de la mer a augmenté et on prévoit qu'il continuera d'augmenter en raison de la fonte de la calotte glacière, etc. Ensuite, la météo est en train de changer, ce qui peut mener à une augmentation du nombre de tempêtes. Alors si on combine ces deux éléments et on tient compte du fait qu'il y a plus d'impacts de vagues sur les côtes, entre autres, on comprend que ces sites archéologiques sont en train d'être détruits. Il ne faut pas non plus oublier les activités de l'humain moderne et leurs répercussions. Avec la fonte des glaces marines, il y a plus de transport de marchandises par navire – qui entraîne plus d'impacts de vagues provenant de gros navires – plus de construction de ports et de mines, et même plus d'écotourisme, donc plus de gens qui visitent les sites archéologiques. Tous ces facteurs mis ensemble sont la recette parfaite pour la destruction des sites archéologiques.

03:33

ANIMATEUR : Il y a donc matière à inquiétude à ce sujet dans le Nord canadien. Est-ce aussi matière à inquiétude ailleurs dans le monde?

INVITÉ : C'est effectivement une question qui inquiète sur le plan international. Je représente le Polar Archaeology Network, et nous comptons des membres de toutes les nations circumpolaires du Nord. Nous représentons donc la région arctique et subarctique, et même la région subantarctique. Par exemple, nous avons une équipe qui travaille à la Terre de Feu. Certains éléments varient en haute altitude, mais dans tous les cas, certaines répercussions se font bel et bien sentir. C'est donc effectivement un problème d'envergure internationale.

04:04

ANIMATEUR : De toute évidence, bon nombre de ces données archéologiques viennent de collectivités inuites. Que disent les Inuit au sujet de vos travaux? Sont-ils inquiets quant à la perte de ces sites archéologiques?

INVITÉ : Un des problèmes avec lequel nous devons composer est qu'étant donné le nombre effarant de sites archéologiques, à savoir des dizaines de milliers, qui sont en danger, comment allons-nous décider lesquels doivent être sauvés? Parce que la majorité des sites seront détruits peu importe les efforts que nous déploierons. Alors, tant les collectivités que les gouvernements du Nord y tirent un intérêt. Par exemple, je mets actuellement sur pied un projet avec les Inuvialuit du delta du Mackenzie. Nous collaborons avec une importante organisation sociale et culturelle inuvialuite afin de trouver réponse à cette question de comment établir un ordre de priorité parmi les sites qui leur importent le plus.

04:54

ANIMATEUR : Que peut-on faire, alors?

INVITÉ : Vous savez, comme j'ai dit, nous ne pouvons malheureusement pas tout faire. Mais je crois que la première chose à faire, c'est de sensibiliser les gens parce que, malheureusement, comme c'est souvent le cas, l'enjeu ultime, c'est l'argent. Nous devons aussi élaborer les méthodes d'établissement de modèles. Par exemple, quelles régions de l'Arctique sont le plus à risque en raison, par exemple, de la fonte du pergélisol et des changements du niveau de la mer partout dans l'Arctique. Nous devons collaborer avec les scientifiques qui étudient le pergélisol, les niveaux marins, l'activité microbienne ainsi que d'autres domaines afin de produire des modèles informatiques des endroits les plus touchés afin d'examiner ceux-ci en premier. Ensuite, c'est en grande partie une question de mener les travaux traditionnels d'archéologie, ce qui veut dire faire la couverture, trouver les sites et déterminer les parties à sauver. Il est important ici de souligner que dans certains de ces endroits, la côte subit des mètres d'érosion chaque année. Certains sites peuvent donc réellement disparaître en quelques années. On ne peut donc pas prendre ça à la légère. On doit décider rapidement.

06:09

ANIMATEUR : Vous êtes ici à la conférence de l'Année polaire internationale. Quel est le lien entre vos travaux et ceux d'autres scientifiques présents?

INVITÉ : Le thème général de la conférence est « De la connaissance à l'action ». Donc la raison pour laquelle nous voulions communiquer notre message particulier ici est que, vous savez, nous travaillons depuis des décennies à amasser ces connaissances sur les données archéologiques et les effets du changement climatique, alors il est maintenant grand temps d'agir. Je crois donc que nous abordons pas mal les mêmes thèmes. Bon nombre des séances auxquelles j'ai participé ont porté sur les divers types de vulnérabilité, soit la vulnérabilité des collectivités face au déclin des infrastructures ou la vulnérabilité des chasseurs qui sont incapables de chasser certaines espèces en raison des changements aux configurations de la glace. C'est donc un autre type de vulnérabilité dans les régions du Nord sur lequel nous devons nous pencher. Ça semble en fait bien s'harmoniser avec bien des autres choses qui se passent ici.

ANIMATEUR : Merci.

INVITÉ : C'est moi qui vous remercie.

07:02

ANIMATEUR : Max Friesen est professeur d'archéologie à l'Université de Toronto. Ce projet de recherche a été financé en partie par le gouvernement du Canada. Pour écouter d'autres balados ou visionner des vidéos de la Conférence de l'Année polaire internationale 2012, rendez-vous à l'adresse www.aadnc.gc.ca. Ce balado se trouve également sur iTunes. Merci de votre attention.

 

 
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