ARCHIVÉE - Gilles Gauthier

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Gilles Gauthier fait part des conclusions d'un projet visant à étudier les effets des changements climatiques sur la faune de la toundra et sur la manière dont les chercheurs de sept nations circumpolaires s'attardent sur la chaîne alimentaire dans l'Arctique.

 

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Transcription du balado : Gilles Gauthier

NARRATION EN FRANÇAIS : Ce podcast a été enregistré à l'Année polaire internationale 2012.

NARRATION EN ANGLAIS : This podcast was recorded at the International Polar Year 2012 Conference.

NARRATION EN FRANÇAIS : IPY 2012.

NARRATION EN ANGLAIS : IPY 2012.

NARRATION EN ANGLAIS : From knowledge to action.

NARRATION EN FRANÇAIS : De la connaissance à l'action.

ANIMATEUR : Pendant de nombreuses années, les chercheurs polaires ont tenu pour acquis que ce qui conservait l'équilibre dans la chaîne alimentaire de l'Arctique était le bas de la pyramide alimentaire, ce que la plupart d'entre nous désignerait comme les plantes et les rongeurs. Mais encore, dans le cadre d'un projet qui observait les effets des changements climatiques sur la faune dans la toundra, des chercheurs de sept pays circumpolaires ont observé plus attentivement la chaîne alimentaire de l'Arctique. Ils ont découvert que les prédateurs jouent un rôle beaucoup plus important pour le maintien de l'équilibre de l'écosystème de l'Arctique que ce que l'on croyait auparavant. Gilles Gauthier, professeur à l'Université Laval, était un des chercheurs participant au projet nommé Arctic WOLVES. Il est ici avec moi pour en parler.

00:57

ANIMATEUR : Premièrement, à quoi ressemble une chaîne alimentaire qui n'est pas équilibrée?

INVITÉ : Lorsque les chaînes alimentaires ne sont pas équilibrées, certaines espèces peuvent devenir extrêmement abondantes. Par exemple, si les prédateurs ne contrôlent pas la population d'herbivores, ces derniers pourraient devenir extrêmement nombreux et brouter excessivement les pâturages et causer des dommages, au moins localement, à la végétation.

ANIMATEUR : Quelles ont été les découvertes surprenantes tirées du projet Arctic WOLVES?

INVITÉ : Un des résultats les plus surprenants a été de découvrir que les prédateurs semblent jouer un rôle beaucoup plus important pour contrôler la chaîne alimentaire, la chaîne alimentaire de la toundra, qu'on le croyait auparavant. Pendant longtemps, le point de vue dominant était que l'abondance des plantes était déterminée par l'abondance des herbivores et que même si des prédateurs étaient présents dans l'écosystème, on croyait qu'il n'y en avait qu'une faible densité et qu'ils avaient peu d'effets sur les herbivores. Au contraire, nous avons découvert pendant notre projet que les prédateurs sont très importants et qu'en fait, ils contrôlent probablement plusieurs espèces – notamment les lemmings, les petits rongeurs – dans de nombreuses régions, particulièrement dans le Nord du Canada. Même si on avait fait des suggestions en ce sens auparavant, je crois que notre projet était le premier à fournir une preuve solide que ceci se produit vraiment.
02:28

ANIMATEUR : Lorsque vous avez analysé les données recueillies, quelle a été la réaction de vos collègues en découvrant que la situation n'était pas exactement telle qu'on la croyait?

INVITÉ : Eh bien, nous étions en fait très heureux, car l'idée que les prédateurs soient plus importants qu'on le croyait auparavant était proposée depuis quelques années. Le débat à ce sujet s'intensifiait. En effet, on se demandait si les plantes, comme on a toujours pensé, déterminaient vraiment toutes les strates au-dessus d'elles ou si les prédateurs pouvaient aussi jouer un rôle. Il existait des preuves avant que nous commencions notre recherche qui suggéraient que les prédateurs pouvaient être importants. Alors, lorsque nous avons étendu notre recherche à de nombreux sites et que nous avons copié le protocole pour surveiller l'effet de ces prédateurs, nous avons été très heureux de voir que dans de nombreux cas, nous trouvions les mêmes tendances dans différents lieux.

03:26

ANIMATEUR : Wow! Quelles autres découvertes non attendues avez-vous faites quand vous suiviez ces prédateurs?

INVITÉ : Nous nous sommes posé la question à savoir comment ces prédateurs peuvent subvenir à leurs besoins pendant toute l'année, parce que certains de ces prédateurs doivent vivre dans l'Arctique toute l'année. Notamment des espèces comme le renard arctique, parmi les mammifères, ou le harfang des neiges, parmi les oiseaux prédateurs. Nous savons que les étés dans la toundra sont très productifs. Il y a beaucoup d'animaux, notamment les oiseaux migrateurs, qui s'y rendent l'été. Il y a beaucoup de nourriture pour ces prédateurs. Mais c'est une tout autre histoire en hiver, car bon nombre de ces animaux, les oiseaux insectivores ou certains oiseaux herbivores, comme l'oie, quittent la région. Les lemmings sont toujours là, mais bien sûr lorsqu'il y a de la neige l'hiver, il est plus difficile de les attraper. Il s'agit donc d'une période très difficile pour les prédateurs. Une des choses que nous avons découvertes, c'est qu'un bon nombre de ces prédateurs restent en Arctique – le renard, le harfang. En fait, ils quittent la toundra et passent beaucoup de temps sur la glace marine. On soupçonnait ce comportement, en fait, il y avait des preuves anecdotiques pour le renard, et nous avons pu renforcer les preuves avec nos nouvelles données. Mais pour le harfang, c'était une surprise totale. Personne n'avait cru que ces magnifiques oiseaux quitteraient la toundra pour se rendre sur la glace marine. Ce que nous avons observé, c'est que dans l'est de l'Amérique du Nord, au Nunavut, de nombreux oiseaux passent jusqu'à trois ou quatre mois sur la glace marine à se nourrir d'oiseaux marins qui passent l'hiver dans les polynies dans la glace marine très au nord. Ces résultats étaient vraiment inattendus et nous étions très contents de les obtenir.

05:23

ANIMATEUR : Qu'en est-il des connaissances traditionnelles? Comment sont-elles entrées en jeu dans vos travaux? Vous avez parlé de preuve anecdotique et …

INVITÉ : Eh bien, c'est un des exemples pour le renard, en fait. Les renards arctiques sont des animaux très importants pour les résidants du Nord. Ils sont trappés depuis très longtemps. Un de mes collègues a fait des travaux sur le renard et les connaissances traditionnelles. Des gens ont mentionné que bien évidemment, les Inuit savaient depuis longtemps que le renard se rendait sur la glace marine pendant l'hiver. Les Inuit savaient que, par exemple, les renards se nourrissaient des carcasses laissées par les ours polaires. Ces gens faisaient la distinction entre deux types de renards : ceux qui restaient sur terre pendant tout l'hiver et ceux qui passaient cette période sur la glace marine. En fait, certains pistages radioélectriques réalisés par mon collègue ont permis d'observer ce que les Inuit disaient. En effet, certains renards avaient tendance à rester sur la terre tout l'hiver, ils étaient donc plus des spécialistes de la terre, mais d'autres passaient de longues périodes sur la glace marine. Les scientifiques ne connaissaient pas du tout ce type de spécialisation parmi les individus d'une espèce.

06:39

ANIMATEUR : Comment croyez-vous que les changements climatiques toucheront la chaîne alimentaire au Canada maintenant que vous savez que ces animaux se rendent sur la glace marine? Prévoyez-vous des changements?

INVITÉ : Ces découvertes ont certainement des conséquences importantes sur les effets des changements climatiques sur la chaîne alimentaire dans la toundra et sur la faune de la toundra, car nous savons que certains animaux se rendront plus au nord. Par exemple, nous parlons des renards. Nous savons qu'une autre espèce de renard, le renard roux, habite plutôt dans les forêts boréales du Sud du Canada. Eh bien, cette espèce se dirige vers le nord et commence déjà à envahir la toundra. L'apparition de nouveaux prédateurs pourrait avoir un effet majeur sur la chaîne alimentaire, puisque nous avons démontré qu'effectivement, ces prédateurs sont importants. Par exemple, s'il y avait très peu de prédateurs fonctionnels, si les prédateurs n'étaient pas importants, cela signifierait que même si on ajoutait de nouveaux animaux dans l'écosystème, ces derniers auraient très peu d'effets sur les chaînes alimentaires. Mais plutôt, nos résultats suggèrent que ces nouveaux prédateurs pourraient avoir un effet majeur sur certaines proies, peut-être notamment sur les oiseaux de rivage, dont la population est actuellement en déclin. Nous pensons que la prédation pendant l'été pourrait être un facteur de la baisse de population. Donc, si de nouveaux prédateurs apparaissent ou que leur nombre augmente beaucoup, ces espèces peu nombreuses pourraient avoir un avenir difficile.

ANIMATEUR : Ce sont des travaux vraiment fascinants. Merci d'avoir discuté avec moi.

INVITÉ : C'est moi qui vous remercie.

08:19

ANIMATEUR : Vous avez entendu Gilles Gauthier. Il est parmi les chercheurs ayant travaillé à un projet sur l'étude des effets des changements climatiques sur la chaîne alimentaire dans la toundra. Ce projet de recherche international a été financé en partie par le gouvernement du Canada. Pour écouter d'autres balados ou visionner des vidéos de la Conférence de l'Année polaire internationale 2012, rendez-vous à l'adresse www.aadnc.gc.ca. Ce balado se trouve également sur iTunes. Merci de votre attention.

 

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