ARCHIVÉE - Obtenir un portrait clair des effets des changements climatiques

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Un récent projet de surveillance photo démontre comment l'efficacité de la surveillance dans le Nord est optimale lorsque la collectivité y participe activement


Lors d'une sortie participative de photo-cartographie à l'ouest de Tuktoyaktuk, Emmanuel Adam et Cole Felix photographient un glissement de terrain régressif (Territoires du Nord-Ouest). (Photo par : T. D. Bennett, 2010).

En septembre 1999, une intense tempête dans l'ouest de l'Arctique canadien a créé un mur d'eau de mer qui a déferlé sur les terres basses du delta du Mackenzie. Le coup de vent produit a été un des plus forts jamais enregistrés et a causé un des plus hauts niveaux d'eau jamais mesurés au front du delta. Lorsque l'eau s'est retirée, une « zone morte » d'au moins 110 km2 a été créée dans le delta du Mackenzie. En effet, la végétation y est morte en raison du sel laissé par la mer.

Des tempêtes comme celle-ci deviennent de plus en plus fréquentes. À mesure que la glace de l'océan Arctique disparaît, les vagues profitent de plus grandes étendues d'eau pour prendre de l'amplitude, ce qui amène les ondes de tempête sur la terre et dans les deltas des rivières d'eau douce.

Des changements marquants dans la faune et la flore ont d'abord été remarqués par les Inuvialuit de la région plusieurs années avant que leur importance soit reconnue par les scientifiques et les chargés de réglementation. « Des aînés de la région du delta avaient eu connaissance de la zone morte, ils savaient qu'elle était apparue environ huit ans auparavant, a dit Doug Esagok, du Comité des chasseurs et des trappeurs d'Inuvik. Le sol a gelé, c'est pourquoi le sel n'a pas été emporté. Il n'est pas normal qu'une houle salée causée par la tempête tue des plantes et des saules sur de grands territoires. Les utilisateurs des terres ont remarqué qu'il y avait moins d'oies dans ces régions en raison de la diminution de végétation. »


Les collectivités côtières de l'Arctique sont vulnérables aux ondes de tempête et à l'érosion des côtes. (Photo par : Tuktoyaktuk, T.N.-O. NRCan, 2000.).

En 2009, l'environnement s'est un peu rétabli. Cependant, les Inuvialuit ont convaincu les scientifiques que la houle avait des répercussions durables sur l'écosystème du delta du Mackenzie. Les scientifiques ont compris qu'il était essentiel de réaliser des études dans la région pour la planification de l'écosystème régional, ainsi que pour évaluer et surveiller les effets cumulatifs du développement et des changements climatiques.

Un financement tiré du Programme de surveillance des effets cumulatifs dans les Territoires du Nord-Ouest a permis aux chercheurs de l'Université de Victoria (Bennett et Lantz) et d'Affaires autochtones et Développement du Nord Canada (Marchildon) de collaborer avec les comités de chasseurs et de trappeurs d'Inuvik, d'Aklavik et de Tuktoyaktuk à plusieurs initiatives communautaires de surveillance.

Projet participatif de surveillance photo

Pendant l'été 2010, Trevor Bennett, un étudiant à la maîtrise à l'Université de Victoria, a accompagné des aînés et des jeunes Inuvialuit dans des expéditions sur les terres. Équipés d'appareils photo numériques et d'appareils GPS portatifs, ils ont participé à un exercice de surveillance afin d'enregistrer leurs observations sur les conditions environnementales.

Les participants ont consigné les changements environnementaux, y compris l'évolution dans la faune et la flore (étendue et distribution), les lacs drainés, les glissements dus au dégel, les glissements de terrain, l'érosion des berges d'une rivière, l'augmentation de l'eau de ruissellement, l'augmentation des trop-pleins, le changement dans le pergélisol, ainsi qu'une augmentation des conditions dangereuses de déplacement. Ils ont aussi noté des dommages causés aux infrastructures (routes, cabanes, camps, édifices), à d'importants sites historiques (camps utilisés traditionnellement, routes de déplacement, sites funéraires) et à des zones importantes pour la cueillette de nourriture.

Les photos et les vidéos captées ont été utilisées lors d'entrevues au sujet des observations. Les histoires détaillées recueillies lors de ces entrevues, ainsi que les photos de géoréférencement et les vidéos, ont été organisées pour en faire une carte en ligne. À la base du mémoire de maîtrise de M. Bennett sont l'élaboration du protocole de surveillance et le test de l'utilité de la méthode auprès de divers intervenants.

Créer une « langue » partagée


Les abords du delta du Mackenzie après 1999 – la zone morte causée par l'onde de tempête apparaît en brun.

L'environnement qui change rapidement aura des répercussions difficilement prévisibles sur les collectivités du Nord. Les chercheurs ont conclu dans leur rapport que ce projet pilote démontre comment la surveillance communautaire peut contribuer de façon significative à la planification locale. En retour, cette planification augmentera la résilience des collectivités face aux transformations apportées par les changements climatiques et aux autres effets cumulatifs liés au développement. « Dans certaines zones, les changements sur la couverture terrestre surviennent si rapidement qu'il est difficile de maintenir un inventaire juste. En raison des changements environnementaux et de l'incertitude, il est essentiel de tirer profit des connaissances et des observations des résidants locaux afin d'éclairer la prise de décisions. Dans la région du delta du Mackenzie, les chasseurs et les trappeurs Inuvialuit sont dans une position unique pour évaluer les changements continus dans l'environnement régional et de faire l'inventaire des effets cumulatifs. » (Bennett, T.D., Lantz, T.C. et Esagok, D. dans Community-based Environmental Monitoring in the Inuvialuit Settlement Region)

En fait, le succès du projet découle de la façon dont il a été mené. En incluant la photographie (le support visuel), les entrevues-photos (les histoires), le temps passé sur le terrain à voyager et à observer, et le jumelage des jeunes de la région avec des experts du coin, le projet a créé une « langue » partagée entre la science et les connaissances traditionnelles. Ainsi, on a dégagé une compréhension commune des processus des changements climatiques dont on peut directement tirer profit pour les stratégies visant l'adaptation des collectivités.

La recherche suggère que ce type d'efforts de surveillance communautaire améliorera considérablement la capacité de détecter rapidement les changements environnementaux qui ont des répercussions sur les collectivités du Nord. Les collectivités ont un outil pour partager les connaissances entre elles, dans les réseaux du Nord et lors de réunions avec des chercheurs, des chargés de la réglementation et des décideurs.

Même si le financement versé dans le cadre de l'Année polaire internationale pour des initiatives similaires de recherche a pris fin en 2010, le Canada reconnaît l'importance des initiatives de surveillance communautaire dans le Nord et il s'engage à financer, par le truchement du Programme de surveillance des effets cumulatifs, des projets de surveillance qui font participer les collectivités et répondent à des questions pertinentes pour les résidants du Nord et les décideurs.

 

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