Espèces préoccupantes

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Caractéristiques des composantes valorisées

Justification du choix

Les organismes de réglementation, les Premières Nations et d'autres intervenants sont tout particulièrement préoccupés par les espèces en péril. Pour les besoins de ce rapport, il s'agit des espèces qui sont :

  1. inscrites à l'annexe 1 de la Loi sur les espèces en péril (LEP);
  2. évaluées par le COSEPAC comme étant en voie de disparition, menacées ou préoccupantes; et
  3. catégorisées par l'Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) comme étant en danger critique d'extinction, en danger, vulnérables ou quasi menacées. Les espèces préoccupantes revêtent souvent une importance écologique, culturelle et/ou économique supplémentaire. Dans la zone d'étude de l'Extrême Arctique, les espèces préoccupantes comprennent l'ours blanc, le narval, le morse, le caribou de Peary et la Mouette blanche.

Habitat essentiel

Morse

Le morse dépend principalement de la glace de mer et des eaux libres peu profondes; cependant, pendant les mois d'été et d'automne, les individus ont tendance à se rassembler dans des « échoueries » terrestres qui se trouvent habituellement sur des rivages bas et rocheux. Cette utilisation terrestre saisonnière devrait être prise en compte dans la planification de l'aménagement.

Les mesures de conservation terrestres et marines de cette espèce devraient se concentrer sur les zones où les morses s'échouent en grand nombre.

Certaines échoueries sont actuellement protégées dans des terres gérées par le gouvernement du Canada, il s'agit notamment des zones suivantes :

  • Réserve nationale de faune de Polar Bear Pass
  • Réserve nationale de faune de Nirjutiqavvik, île Coburg
  • Refuge d'oiseaux migrateurs de l'île Bylot, îles Wallaston
  • Refuge d'oiseaux de la baie Est, île Southampton
  • Refuge faunique de la baie Bowman, île de Baffin
  • Côte nord-est de l'île Bathurst, parc national dont la création a été proposée.

Ces aires de conservation offrent peu de protection, et seulement temporairement, à cette espèce.

Caribou de Peary

Le caribou de Peary exploite un habitat sec à humide portant une végétation rare à modérée (Miller, 1991). Les lichens terricoles et corticoles constituent la principale source de nourriture hivernale des caribous. Après la fonte des neiges, les caribous se nourrissent de verdure, de carex, de saule et d'autres arbustes, et de fleurs. Les caribous sont vulnérables lorsqu'ils se regroupent dans les aires de mise bas et de rut; par conséquent, ces zones constituent probablement un habitat critique (COSEPAC, 2004d). De plus, l'apport ininterrompu en nourriture dans ces zones est essentiel au cycle de croissance et pour le maintien de la condition physique et la croissance des faons.

Mouette blanche

La Mouette blanche a besoin d'une aire de nidification sûre qui soit à l'abri des prédateurs terrestres et située près des eaux qui sont libres de glace assez tôt en été pour s'alimenter. Ces exigences limitent considérablement les aires de nidification possibles de la Mouette blanche dans l'Arctique canadien. Par exemple, de vastes étendues de l'ouest de l'Arctique et de l'île d'Ellesmere ne sont pas propices à la nidification, parce qu'il est rare d'observer des zones libres de glace dans ces régions à la fin de mai et au début de juin, au moment où les mouettes arrivent pour nicher. De plus, la végétation persiste dans ces régions et, avec elle, le renard arctique (COSEPAC, 2006a).

Les colonies de Mouettes blanches utilisent régulièrement deux types d'habitat prédominants comme aires de nidification. Le premier type comprend les falaises de granit du domaine glaciaire du sud-est des îles d'Ellesmere et Devon. Ces falaises abruptes éliminent la prédation par le renard arctique et, en raison de leur hauteur et de la grande distance qui les sépare de la côte, il est rare que des oiseaux prédateurs y viennent (COSEPAC, 2006a). Le deuxième type d'habitat est constitué des plateaux de gravier calcaire de la presqu'île Brodeur de l'île de Baffin, de certaines parties de l'île Cornwallis, de l'ouest de l'île Devon et du nord-est de l'île Somerset (COSEPAC, 2006a). Ces plateaux étant dépourvus de végétation, les renards arctiques en sont absents. Leur emplacement, loin à l'intérieur des terres, réduit le risque de prédation par des renards et des ours blancs, qui recherchent leur nourriture sur le littoral (COSEPAC, 2006a). D'autres parties de l'Arctique canadien offrent des aires de nidification semblables, mais elles semblent peu appropriées, car elles sont situées à plus de 100 km des polynies, qui constituent des aires d'alimentation essentielles à la Mouette blanche au début de la saison de reproduction (COSEPAC, 4628).

Facteurs de viabilité

Morse

La contamination de l'environnement, la chasse, les activités pétrolières et gazières extracôtières, la navigation, la pêche commerciale et les changements climatiques peuvent constituer des facteurs limitatifs ou des menaces pour les populations canadiennes de morses de l'Atlantique (Huntington, sous presse). En raison de leur préférence pour les eaux côtières peu profondes et de leur répartition saisonnière restreinte, les morses sont relativement faciles à chasser, en plus d'être vulnérables aux changements environnementaux.

L'analyse de tissus de morses a révélé la présence de contaminants tels que le plomb, le mercure, le cadmium, le nickel, le cobalt, le cuivre, le strontium, le dichlorodiphényltrichloroéthane (DDT) et les biphényles polychlorés (BPC), ce qui prouve que des contaminants peuvent s'accumuler dans les tissus de cette espèce; cependant, les effets de la contamination de l'environnement sont inconnus (Wiig et al., 2000).

Caribou de Peary

Le caribou est sensible aux déclins démographiques et s'en remet lentement en raison de son faible taux de reproduction. Les principaux facteurs entraînant un déclin de la population de caribous sont la perte, la dégradation et la fragmentation de l'habitat ainsi que la prédation et la maladie. Les loups sont considérés comme le principal prédateur du caribou. Certaines meutes de loups suivent les hardes de caribous en migration à longueur d'année. Au nombre des autres prédateurs du caribou, on compte le grizzli, l'ours noir, le carcajou, le lynx et l'Aigle royal (Miller, 1982).

La disponibilité de nourriture en hiver est le principal facteur limitatif du caribou de Peary. La nourriture peut être plus difficile à atteindre en raison de l'épaisseur de neige, de la glace fixée au sol et de la neige tassée par le vent; ainsi, les conditions de neige et de glace ont des répercussions directes sur la mortalité, l'alimentation et la reproduction (Gunn, 1998; Toews et al., 2007). En ce qui concerne les populations de l'ouest de l'Extrême‑Arctique, l'incertitude liée aux tendances climatiques constitue actuellement une source de préoccupation. Les déplacements entre les îles l'été et l'hiver doivent être répertoriés et documentés. On considère que la chasse pourrait être un facteur limitatif, et la prédation des loups et les perturbations causées par l'activité humaine pourraient aussi contribuer au déclin de la population. Dans l'Arctique, les facteurs limitatifs se combinent : une série de perturbation, un approvisionnement insuffisant en nourriture ou une intensification de la chasse après un hiver rude pourraient avoir des effets dévastateurs sur les populations de caribous de Peary.

Mouette blanche

Plusieurs menaces pour la population de Mouettes blanches ont été reconnues. Les concentrations de mercure dans les œufs de Mouettes blanches recueillis dans l'île Seymour ont augmenté constamment depuis 1976, au point où, dans cinq des six œufs ramassés en 2004, les concentrations égalaient ou dépassaient le seuil réputé entraver le succès reproducteur (COSEPAC, 2006b). La chasse illégale des adultes au Groenland est à l'origine de la vaste majorité (81 %) des bagues d'identification récupérées (Stenhouse et al., 2004). Les études au sujet de la sensibilité de la Mouette blanche nicheuse aux perturbations ne sont pas concluantes. Selon certains rapports, l'espèce serait très sensible aux perturbations causées par le trafic aérien et terrestre à proximité des colonies nicheuses, tandis que d'autres rapports laissent entendre que les Mouettes blanches seraient plus tolérantes aux perturbations que d'autres oiseaux marins (COSEPAC, 2006a). Il faut mener d'autres recherches pour déterminer la sensibilité de la Mouette blanche aux facteurs anthropiques.

La Mouette blanche produit généralement une couvée de deux œufs, comparativement à la nichée plus typique de trois œufs de la plupart des autres mouettes, ce qui indique un taux de productivité relativement faible (COSEPAC, 2006a). De plus, certaines années, des colonies de Mouettes blanches ont niché de façon intermittente et n'ont produit aucun jeune. La prédation et la perturbation par les humains pourraient aussi influer sur la productivité des colonies nicheuses (COSEPAC, 2006a).

Il existe encore un risque considérable de mortalité attribuable à la chasse. Bien que les Inuit canadiens soient autorisés à récolter un certain nombre de mouettes, la chasse se pratique surtout au Groenland durant les migrations printanière et automnale (COSEPAC, 2006a).

Vulnérabilité aux activités pétrolières et gazières

Morse

Les perturbations (bruit, navigation ou activités humaines) pourraient inciter les morses à abandonner leurs échoueries et causer des mouvements de panique. Cet effet peut provoquer de la mortalité, accroître les dépenses énergétiques (en particulier chez les petits), masquer les communications, nuire à la thermorégulation et accroître le niveau de stress (Born et al., 1995, in COSEPAC, 2006a). Les morses peuvent abandonner leurs échoueries si les perturbations sont prolongées ou répétitives (Mansfield et St. Aubin, 1991; Richardson et al., 1995).

Au niveau actuel d'activité industrielle, les menaces potentielles pour les morses sont faibles. Il se peut que la pêche commerciale soit en concurrence pour les ressources et qu'elle cause des dommages au plancher océanique, en plus de perturber temporairement leur habitat (COSEPAC, 2006b). Le bruit des navires et les opérations d'exploration pétrolière et gazière pourraient chasser les morses de leurs échoueries et entraver leurs communications (Stewart, 2002).

Caribou de Peary

Des perturbations telles que le mouvement des aéronefs à basse altitude et des véhicules motorisés, et la construction des installations au sol peuvent gêner le déplacement vers de meilleures aires d'alimentation. Les perturbations anthropiques croissantes dans l'Extrême Arctique, qui incluent les activités de déglaçage et l'intensification du trafic maritime, auront une incidence sur les populations de caribous de Peary.

Mouette blanche

Les activités industrielles constituent une menace pour les aires de nidification de la Mouette blanche dans la presqu'île Brodeur de l'île de Baffin. L'exploration diamantifère et les activités connexes y ont lieu depuis 2002; or, leurs effets sur la nidification de la Mouette blanche ne sont pas documentés (COSEPAC, 2006a). La plupart des colonies de nidification sont isolées et non perturbées, mais dans la presqu'île Brodeur de l'île de Baffin, on assiste depuis peu à une croissance considérable de l'exploration diamantifère; celle-ci coïncide avec une diminution importante de l'occupation des colonies (COSEPAC, 2006 n° 4628). En plus des perturbations physiques et sensorielles associées aux activités humaines, ces dernières peuvent attirer des mammifères et des oiseaux prédateurs, auparavant rares ou absents, qui chasseront d'autres espèces locales, y compris les colonies de mouettes (COSEPAC, 2006 n° 4628).

Tous les oiseaux marins, en particulier les mouettes, seraient très sensibles à la pollution par les hydrocarbures. La Mouette blanche, espèce plus pélagique que la plupart des autres oiseaux marins, pourrait être particulièrement vulnérable. Aucun cas de mouette mazoutée n'a été signalé, mais comme l'espèce se tient souvent loin au large des côtes, on peut penser que les mouettes mazoutées ne pourraient pas atteindre le rivage ni être récupérées, de sorte que l'espèce est considérée comme étant très vulnérable à la pollution par les hydrocarbures (COSEPAC, 2006a).

Effets potentiels des changements climatiques

Morse

Il est possible que les effets directs d'un réchauffement ou d'un refroidissement climatique sur les morses soient vraisemblablement limités et pas nécessairement négatifs (Moore et Huntington, 2008). Born et al. (2003) ont avancé l'hypothèse qu'une diminution de l'étendue et de la durée de la glace de mer dans l'Arctique, en réponse au réchauffement, pourrait accroître la disponibilité de la nourriture pour les morses. En effet, cette diminution provoquerait une augmentation de la production de bivalves et élargirait l'accès aux aires d'alimentation dans les eaux côtières peu profondes (COSEPAC, 2006 n° 3666). D'autres ont avancé que les populations de morses déclineront en termes de recrutement et de santé par suite des changements climatiques, car les morses dépendent de la glace de mer en tant que plate-forme de chasse, de reproduction et repos (Moore et Huntington, 2008). Laidre et al. (2008) ont démontré que la santé des morses était positivement corrélée avec la glace de mer. En outre, la North Atlantic Marine Mammal Commission (NAMMCO) (2006) a indiqué que la pression de la chasse sur les morses augmentera probablement à mesure que l'étendue et la durée des glaces dans l'Arctique diminueront (COSEPAC, 2006b). La prédation par les épaulards et les ours blancs pourrait également s'accroître en l'absence de glace, les morses étant alors obligés d'occuper des refuges terrestres (COSEPAC, 2006b).

Les impacts indirects des changements climatiques pourraient représenter une menace plus importante pour les morses que les changements eux-mêmes. Dans l'éventualité d'un réchauffement, les populations humaines nordiques pourraient s'accroître et s'étendre vers des régions autrefois inhabitées; dans l'éventualité d'un refroidissement, les morses seraient forcés de se déplacer vers le sud, plus près des collectivités en place (COSEPAC, 2006b).

Caribou de Peary

Les changements climatiques causeront possiblement des chutes de neige plus abondantes, des fontes printanières plus rapides, des étés plus chauds et de la pluie verglaçante. L'importante variabilité annuelle de tous ces facteurs pourrait avoir une incidence sur la capacité du caribou à prospérer dans son environnement.

Mouette blanche

Les changements climatiques pourraient également avoir une incidence sur la Mouette blanche, selon la façon dont ils modifient la répartition des eaux libres au début de la saison de reproduction (COSEWIC, 2006 n° 4628). Compte tenu de l'association étroite entre la Mouette blanche et la banquise tout au long de l'année, il est possible qu'une augmentation de l'étendue ou de l'épaisseur de la couverture de glace diminue sa capacité à chercher de la nourriture et ait des effets sur son taux de productivité. À l'inverse, une réduction de l'étendue ou de l'épaisseur du couvert de glace pourrait augmenter la disponibilité de l'habitat d'alimentation et avoir un effet positif sur le taux de productivité pendant la saison de reproduction (COSEPAC, 2006a).

Cotes de sensibilité

Les cotes de sensibilité des espèces préoccupantes sont basées sur la présence ou l'absence de populations, de colonies ou d'habitats saisonniers importants pour toute espèce désignée vulnérable par le COSEPAC, la LEP ou l'UICN. Les cotes de sensibilité sont présentées à la figure 4-11 (hiver) et à la figure 4-12 (été).

Sensibilité élevée (5)

Une cote de sensibilité élevée indique que ces zones sont identifiées comme des aires d'habitat essentiel, telles que définies dans la Loi sur les espèces en péril et qu'elles correspondent à des habitats d'une importance cruciale pour la survie d'au moins une espèce comprise dans cette CVE. Aucune aire de ce type n'a été répertoriée dans la zone d'étude.

Une cote de sensibilité élevée correspond aussi à des zones qui chevauchent l'aire de répartition de toute espèce classifiée comme étant « en danger critique d'extinction » par l'UICN.

Sensibilité modérée à élevée (4)

Une cote de sensibilité modérée à élevée a été attribuée aux zones qui chevauchent l'aire de répartition de toute espèce classifiée comme étant « en voie de disparition » par la LEP ou le COSEPAC ou « en danger » par l'UICN.

Sensibilité modérée (3)

La cote de sensibilité modérée a été attribuée aux zones qui chevauchent l'aire de répartition de toute espèce classifiée comme étant « menacée » par la LEP ou le COSEPAC ou « vulnérable » par l'UICN.

Sensibilité faible à modérée (2)

Une cote de sensibilité faible à modérée a été attribuée aux régions qui chevauchent l'aire de répartition de toute espèce classifiée comme étant « préoccupante » par la LEP ou le COSEPAC ou « quasi menacée » par l'UICN.

Faible sensibilité (1)

Une cote de sensibilité faible a été attribuée aux zones qui chevauchent l'aire de répartition de toute espèce classifiée comme étant dans la catégorie « données insuffisantes » par la LEP, le COSEPAC ou l'UICN, ou « préoccupation mineure » par l'UICN.

Mesures d'atténuation

Les stratégies d'atténuation propres aux différentes espèces sont résumées dans les sections 4.1.4 (ours blanc), 4.2.4 (narval) et 4.3.4 (Mouette blanche). Les mesures d'atténuation supplémentaires nécessaires pour les morses comprennent la limitation de la vitesse des navires, les restrictions concernant le bruit et la limitation de l'altitude minimum des aéronefs à proximité des échoueries connues. Tout développement dans l'aire de répartition du caribou de Peary devra être atténué afin d'épargner les stades vulnérables du cycle de vie et d'éviter la perturbation par le bruit des aéronefs, des véhicules terrestres et des activités de construction. Comme on comprend mal l'utilisation spécifique saisonnière de l'habitat par le caribou de Peary dans les îles de l'Arctique, il serait nécessaire d'effectuer des études supplémentaires.

Comme pour la plupart des espèces de l'Arctique, les connaissances sur les habitats sensibles et biologiquement importants sont très rudimentaires (il n'existe que quelques études). La réalisation de relevés spécialisés de ces animaux avant tout un contact potentiel avec des activités industrielles aidera les promoteurs à mieux planifier les projets et les gouvernements à approuver leur mise en œuvre avec plus de certitude.

Références

Voir les références utilisées pour l'information des espèces préoccupantes