Espèces préoccupantes

Autres composantes d'intérêt dans cette région :
Ours blanc | Baleine boréale | Baleines à dents | Omble chevalier anadrome | Oiseaux migrateurs |
Espèces préoccupantes | Activités traditionnelles d'exploitation | Pêche commerciale

Été
Espèces préoccupantes - éte

Hiver
Espèces préoccupantes - hiver

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L'Extrême Arctique

Caractéristiques des composantes valorisées

Justification du choix

Les organismes de réglementation, les Premières Nations et d'autres intervenants sont tout particulièrement préoccupés par les espèces en péril. Pour les besoins de ce rapport, il s'agit des espèces qui sont :

  1. inscrites à l'annexe 1 de la Loi sur les espèces en péril (LEP);
  2. évaluées par le COSEPAC comme étant en voie de disparition, menacées ou préoccupantes; et
  3. catégorisées par l'Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) comme étant en danger critique d'extinction, en danger, vulnérables ou quasi menacées. Les espèces préoccupantes revêtent souvent une importance écologique, culturelle et/ou économique supplémentaire.

Habitat essentiel

Ours blanc

L'ours blanc dépend, pour sa survie, de la glace de mer qui lui permet d'accéder aux espèces de phoques qui constituent l'essentiel de son alimentation. C'est pour cette raison que l'habitat de l'ours blanc présente, d'année en année, la même variabilité que la glace de mer. Lorsque cette variabilité est combinée à l'incertitude des effets que les changements climatiques ont sur le régime des glaces de l'Arctique, il devient très difficile de délimiter correctement les frontières spatiales de l'habitat clé de l'ours blanc, car elles changent d'année en année et d'une décennie à une autre. Les principaux habitats de l'ours blanc comprennent les eaux de glace active (chenaux, polynies) au printemps et au début de l'été, quand l'accès aux proies est d'une importance cruciale. La glace de rive sur la côte est de l'île de Baffin constitue aussi une importante zone d'alimentation pour l'ours blanc au printemps, quand les phoques et leurs petits sont dans leurs tanières de mise bas. Les ours blancs ont tendance à revenir aux mêmes tanières d'année en année ou à un habitat de qualité semblable (Lunn et al., 2004; Stirling et al., 2004). Dans la zone d'étude de l'est de l'Arctique, ces tanières sont concentrées le long de la côte est de l'île de Baffin, de l'île Devon et de l'île d'Ellesmere.

Baleine boréale

Les habitats essentiels sensibles de la baleine boréale, tels que définis par Laidre et al. (2008), sont les zones d'eaux peu profondes et le plateau continental. Les habitats importants comprennent la banquise annuelle serrée, la zone de cisaillement, les chenaux, les polynies, les eaux libres et les lisières des glaces (banquise et eaux libres). La banquise lâche et les régions du rebord continental sont aussi fréquentées par la baleine boréale (Laidre et al., 2008).

Béluga

Le béluga ne dépend pas directement du milieu terrestre pour son cycle de vie. L'été, il vit en général dans les zones côtières peu profondes et les estuaires; ainsi, le développement côtier (comme la construction de terminaux maritimes et, surtout, le trafic naval) pourrait éloigner le béluga de son habitat préféré (comportement d'évitement) et causer une contamination accrue de l'environnement. La planification pourrait tenir compte des périodes de l'année sensibles pour les bélugas, de sa fidélité à certains sites précis, de ses couloirs de migration et de ses aires de concentration locale (comme les estuaires).

Les facteurs physiques et biotiques de l'habitat essentiel du béluga comprennent les régions de banquise lâche, les polynies, les eaux peu profondes/le plateau continental, les zones d'interaction entre les polynies et les eaux peu profondes et les estuaires et lagunes. Les aires importantes pour le béluga comprennent les zones de cisaillement et les chenaux, les eaux libres, le rebord continental et l'interface entre la banquise et les eaux libres. Les bélugas utilisent aussi la banquise permanente (Laidre et al., 2008). Les régions non catégorisées comme étant importantes ou comme étant utilisées par les bélugas comprennent la glace de rive, la banquise saisonnière serrée, les bassins océaniques profonds et les zones d'interaction entre la banquise et le plateau continental peu profond (Laidre et al., 2008).

Narval

Dans tout l'Arctique, les narvals préfèrent les eaux profondes ou extracôtières (Hay et Mansfield, 1989). Pendant l'hiver, les narvals canadiens se retrouvent, de façon prévisible, dans la banquise hivernale du détroit de Davis et de la baie de Baffin, le long de la pente continentale. Ces régions présentent des paramètres écologiques qui rendent cet habitat favorable, notamment des gradients élevés des températures de fond, des eaux libres prévisibles (< 5 %) et des densités relativement élevées de flétan noir (ou flétan du Groenland) (Laidre et al., 2004). L'hiver, les narvals se nourrissent intensivement dans les milieux benthiques, par contraste avec une activité d'alimentation réduite pendant l'été, ce qui fait que les milieux marins benthiques peuvent être considérés comme l'habitat le plus important pour les narvals (Laidre et Heide‑Jorgensen, 2005).

Les facteurs physiques et biotiques de l'habitat essentiel du narval comprennent la banquise saisonnière serrée, la zone de cisaillement et les chenaux, le rebord continental, les bassins océaniques profonds et les estuaires/lagunes/fjords. Les zones importantes pour le narval comprennent les eaux libres et l'interface entre les eaux libres et la banquise. On sait que les narvals utilisent aussi la banquise saisonnière lâche (Laidre et al., 2008). Les régions non catégorisées comme étant importantes ou comme étant utilisées par les narvals comprennent la glace de rive, la banquise permanente, les polynies, les eaux peu profondes/le plateau continental, les zones d'interaction entre la banquise et le plateau continental, et les zones d'interaction entre les polynies et les eaux peu profondes (Laidre et al., 2008).

Morse

Le morse dépend principalement de la glace de mer et des eaux libres peu profondes; cependant, pendant les mois d'été et d'automne, les individus ont tendance à se rassembler dans des « échoueries » terrestres qui se trouvent habituellement sur des rivages bas et rocheux. Cette utilisation terrestre saisonnière devrait être prise en compte dans la planification de l'aménagement.

Les mesures de conservation terrestres et marines de cette espèce devraient se concentrer sur les zones où les morses s'échouent en grand nombre. La figure 4‑17 présente les emplacements de concentrations estivales correspondant aux échoueries et à l'habitat essentiel de cette espèce.

Certaines échoueries sont actuellement protégées dans des terres gérées par le gouvernement du Canada, il s'agit notamment des zones suivantes :

  • Réserve nationale de faune de Espèces préoccupantes Pass
  • Réserve nationale de faune de Nirjutiqavvik, île Coburg
  • Refuge d'oiseaux migrateurs de l'île Bylot, îles Wallaston
  • Refuge d'oiseaux de la baie Est, île Southampton
  • Refuge faunique de la baie Bowman, île de Baffin
  • Côte nord‑est de l'île Bathurst, parc national dont la création a été proposée.

Ces aires de conservation offrent peu de protection, et seulement temporairement, à cette espèce.

Mouette blanche

La Mouette blanche a besoin d'une aire de nidification sûre qui soit à l'abri des prédateurs terrestres et située près des eaux qui sont libres de glace assez tôt en été pour s'alimenter. Ces exigences limitent considérablement les aires de nidification possibles de la Mouette blanche dans l'Arctique canadien. Par exemple, de vastes étendues de l'ouest de l'Arctique et de l'île d'Ellesmere ne sont pas propices à la nidification, parce qu'il est rare d'observer des zones libres de glace dans ces régions à la fin de mai et au début de juin, au moment où les mouettes arrivent pour nicher. De plus, la végétation persiste dans ces régions et, avec elle, le renard arctique (COSEPAC, 2006a).

Les colonies de Mouettes blanches utilisent régulièrement deux types d'habitats prédominants comme aires de nidification. Le premier type est représenté par les falaises de granit du domaine glaciaire du sud‑est des îles d'Ellesmere et Devon. Ces falaises abruptes éliminent la prédation par le renard arctique et, en raison de leur hauteur et de la grande distance qui les sépare de la côte, il est rare que des oiseaux prédateurs y viennent (COSEPAC, 2006a). Le deuxième type d'habitat est constitué par les plateaux de gravier calcaire de la presqu'île Brodeur, dans le nord de l'île de Baffin, et des sites de l'île Cornwallis, de l'ouest de l'île Devon et du nord‑est de l'île Somerset (COSEPAC, 2006a). Ces plateaux étant dépourvus de végétation, les renards arctiques, qui s'en nourrissent, sont absents. Leur emplacement, loin à l'intérieur des terres, réduit le risque de prédation par des renards et des ours blancs, qui recherchent leur nourriture sur le littoral (COSEPAC, 2006a). D'autres parties de l'Arctique canadien offrent des aires de nidification semblables, mais elles semblent peu propices, car elles sont situées à plus de 100 km des polynies, qui constituent des aires d'alimentation essentielles à la Mouette blanche au début de la saison de reproduction (COSEPAC, 2006b).

Facteurs de Viabilité

Ours blanc

Les facteurs limitatifs influant sur les populations d'ours blancs comprennent une capacité reproductive relativement faible, la chasse, la contamination de l'environnement, l'exploration pétrolière et gazière côtière et extracôtière, le développement industriel et les changements climatiques.

Les femelles ont de faibles taux de reproduction, ce qui les rend vulnérables à toute menace susceptible d'avoir une incidence sur la santé et l'abondance des populations (COSEPAC, 2002).

L'ours blanc présente une vulnérabilité directe et indirecte aux polluants. Étant le prédateur de premier ordre des réseaux trophiques arctiques, il est sujet à la bioaccumulation dans cet écosystèmeFootnote 1. Les toxines contenues dans les proies consommées peuvent s'accumuler dans les tissus de l'ours blanc. Les polluants peuvent perturber la régulation hormonale, le fonctionnement du système immunitaire et éventuellement la reproduction (Stirling, 1990).

Baleine boréale

Les menaces pour la baleine boréale comprennent la prédation, l'ingestion accidentelle, la contamination de l'environnement, les maladies, l'exploration pétrolière et gazière extracôtière, la navigation, la chasse illégale et le tourisme.

Le déclin sévère des populations de baleines boréales causé par la chasse commerciale est la principale raison de leur désignation comme espèce en voie de disparition dans plusieurs parties de son aire de répartition. Selon des rapports récents, les épaulards pourraient constituer la principale menace pour la baleine boréale dans l'est de l'Arctique canadien (Finley, 2001; Moshenko et al., 2003; Higdon, 2007). L'ingestion de matières étrangères au cours du processus de filtration de la nourriture est aussi une menace potentielle (Finley, 2001). Comme la baleine boréale peut vivre plus de 100 ans, elle est vulnérable à l'accumulation de toxines sur une longue période de temps.

Béluga

Les menaces pour les bélugas comprennent la prédation, la contamination de l'environnement, le développement pétrolier et gazier extracôtier, la navigation, la chasse et la pêche commerciale (Huntington, sous presse).

Les ours blancs et les épaulards sont des prédateurs connus des bélugas (Smith et Sjare, 1990; Reeves et Mitchell, 1989, in COSEPAC, 2004b); cependant, les morses blessent ou tuent aussi des bélugas (Reeves et Mitchell, 1989, in COSEPAC, 2004b).

L'accumulation de contaminants dans les tissus des bélugas a été largement étudiée dans la population du fleuve Saint‑Laurent. Cette contamination est liée à une altération de la reproduction, à l'immunosuppression et à l'incidence de tumeurs (Becker, 2000; Hickie et al., 2000).

Les bélugas sont très fidèles à certains sites particuliers, ce qui fait d'eux des cibles faciles pour les chasseurs commerciaux et de subsistance (Francis, 1977; Reeves et Mitchell, 1987, in COSEPAC, 2004b). Depuis l'avènement de nouvelles technologies de chasse, les Inuit ont signalé une augmentation de la concurrence durant la chasse au béluga et indiquent que cela pourrait se traduire par un plus grand nombre de prises (Kilabuk, 1998).

Narval

Les menaces pour les narvals comprennent l'emprisonnement dans les glaces, la prédation par les épaulards et les ours blancs, les maladies et les parasites, les changements climatiques, la contamination de l'environnement, les activités d'exploration et d'exploitation pétrolières et gazières extracôtières, la navigation, la chasse et la pêche commerciale (COSEPAC, 2004a; Huntington, sous presse).

Morse

La contamination de l'environnement, la chasse, les activités pétrolières et gazières extracôtières, la navigation, la pêche commerciale et les changements climatiques peuvent constituer des facteurs limitatifs ou des menaces pour les populations canadiennes de morses de l'Atlantique (Huntington, sous presse). En raison de leur préférence pour les eaux côtières peu profondes et de leur répartition saisonnière restreinte, les morses sont relativement faciles à chasser, en plus d'être vulnérables aux changements environnementaux.

L'analyse de tissus de morses a révélé la présence de contaminants tels que le plomb, le mercure, le cadmium, le nickel, le cobalt, le cuivre, le strontium, le dichlorodiphényltrichloroéthane (DDT) et les biphényles polychlorés (BPC), ce qui prouve que des contaminants peuvent s'accumuler dans les tissus de cette espèce; cependant, les effets de la contamination de l'environnement sont inconnus (Wiig et al., 2000).

Mouette blanche

Plusieurs menaces pour la population de Mouettes blanches ont été reconnues. Les concentrations de mercure dans les œufs de Mouettes blanches recueillis dans l'île Seymour ont augmenté constamment depuis 1976, au point où, dans cinq des six œufs ramassés en 2004, les concentrations égalaient ou dépassaient le seuil réputé entraver le succès reproducteur (COSEPAC, 2006b). La chasse illégale des adultes au Groenland est à l'origine de la vaste majorité (81 %) des bagues d'identification récupérées (Stenhouse et al., 2004). Les études au sujet de la sensibilité de la Mouette blanche nicheuse aux perturbations ne sont pas concluantes. Selon certains rapports, l'espèce serait très sensible aux perturbations causées par le trafic aérien et terrestre à proximité des colonies nicheuses, tandis que d'autres rapports laissent entendre que les Mouettes blanches seraient plus tolérantes aux perturbations que d'autres oiseaux marins (COSEPAC, 2006a). Il faut mener d'autres recherches pour déterminer la sensibilité de la Mouette blanche aux facteurs anthropiques.

La Mouette blanche produit généralement une couvée de deux œufs, comparativement à la nichée plus typique de trois œufs de la plupart des autres mouettes, ce qui indique un taux de productivité relativement faible (COSEPAC, 2006a). De plus, certaines années, des colonies de Mouettes blanches ont niché de façon intermittente et n'ont produit aucun jeune. La prédation et la perturbation par les humains pourraient aussi influer sur la productivité des colonies nicheuses (COSEPAC, 2006a).

Il existe encore un risque considérable de mortalité attribuable à la chasse. Bien que les Inuit canadiens soient autorisés à récolter un certain nombre de mouettes, la chasse se pratique surtout au Groenland durant les migrations printanière et automnale (COSEPAC, 2006a).

Vulérabilité aux activités pétrolières et gazières

Ours blanc

L'ours blanc ne semble pas être repoussé par le bruit associé aux activités pétrolières extracôtières (même quand il nage en eaux libres), à la construction ou à la circulation des brise‑glaces ou des navires (Richardson et al., 1995).

Baleine boréale

L'intérêt grandissant pour l'exploitation extracôtière et le tourisme est une autre source de préoccupation, car l'accroissement du trafic, le bruit sous‑marin et les déversements possibles d'hydrocarbures associés à ces activités pourraient avoir une incidence sur les populations de baleines. La baleine boréale utilise les communications à longue distance et est sensible aux bruits industriels de basse fréquence (Burns et al., 1993). Dans la baie Isabella, la baleine boréale réagit fortement et à grande distance aux bateaux à moteur et aux navires et tente de fuir en se déplaçant vers les eaux peu profondes ou en parcourant de longues distances (Finley, 2001). On a observé des baleines boréales en migration qui se tenaient à 20 km des navires d'exploration sismique, des brise‑glaces, des navires de soutien et des navires de forage (Finley, 2001).

Béluga

Les réactions des bélugas aux activités pétrolières et gazières extracôtières et à la navigation varient d'une grande tolérance à une sensibilité extrême (Richardson et al., 1995). Les réactions sensibles comportent des déplacements à court terme et pourraient modifier la répartition locale (Richardson et al., 1995). L'éventail relativement étendu des réactions des bélugas pourrait découler de leur capacité de s'adapter aux bruits anthropiques continus et répétés (Richardson et al., 1995). Cependant, il arrive souvent que les bélugas fuient les bateaux se déplaçant rapidement et de façon erratique, et certains ont été observés s'éloignant jusqu'à 2,4 km (Richard, 2001). En outre, des Inuit ont vu des bélugas réagir négativement (comportement d'évitement) à des sources de bruits anthropiques (bateaux) et croient que cela a causé un déclin de leurs nombres à Pangnirtung (Kilabuk, 1998, in COSEPAC, 2004b). Selon les Inuit, ce comportement d'évitement aurait un effet négatif sur la santé des bélugas (qui sont plus maigres) (Kilabuk, 1998).

Narval

La contamination de l'environnement pourrait perturber les fonctions biologiques; l'exploration pétrolière et gazière extracôtière pourrait éloigner le narval de son habitat préféré et de ses couloirs de migration et accroître le risque de déversements d'hydrocarbures; la navigation pourrait aussi perturber le comportement migratoire; la chasse pourrait réduire les stocks; et, la pêche commerciale pourrait altérer les réseaux d'alimentation en réduisant les proies disponibles (Huntington, sous presse).

Des augmentations potentielles de la navigation et du développement pétrolier et gazier pourraient entraîner des modifications temporaires ou à long terme de l'habitat, de la répartition et de la migration (Richard, 2001; Huntington, sous presse).

Un accroissement du trafic maritime et des activités de développement pétrolier extracôtier pourrait aussi avoir des effets négatifs sur les populations de narvals, à cause de l'empiètement sur leur habitat et/ou de collisions avec des navires (bien que les collisions soient moins probables dans le cas de baleines qui se déplacent rapidement comme le narval). Les études comportementales des réactions du narval indiquent qu'il fige, se repliant vers les eaux peu profondes et demeurant immobiles, quand des navires les approchent (Finley et al., 1983; 1984; 1990; Miller et Davis, 1984, in COSEPAC, 2004a). En outre, selon des chasseurs inuits, les narvals sont sensibles au bruit des machines industrielles et des explosions et les fuient (Remnant et Thomas, 1992; Stewart et al., 1995; Gonzalez, 2001, in COSEPAC, 2004a).

Morse

Les perturbations (bruit, navigation ou activités humaines) pourraient inciter les morses à abandonner leurs échoueries et causer des mouvements de panique. Cet effet peut provoquer des mortalités, accroître les dépenses énergétiques (en particulier chez les petits), masquer les communications, nuire à la thermorégulation et accroître le niveau de stress (Born et al., 1995, in COSEPAC, 2006a). Les morses peuvent abandonner leurs échoueries si les perturbations sont prolongées ou répétitives (Mansfield et St. Aubin, 1991; Richardson et al., 1995).

Au niveau actuel d'activité industrielle, les menaces potentielles pour les morses sont faibles. Le bruit des navires et les opérations d'exploration pétrolière et gazière pourraient chasser les morses de leurs échoueries et entraver leurs communications (Stewart, 2002).

Mouette blanche

Les activités industrielles constituent une menace pour les aires de nidification de la Mouette blanche dans la presqu'île Brodeur de l'île de Baffin. En plus des perturbations physiques et sensorielles qui leur sont associées, les activités humaines pourraient attirer des mammifères et des oiseaux prédateurs auparavant rares ou absents qui exploiteront aussi d'autres sources locales d'alimentation, y compris les colonies de mouettes (COSEPAC, 2006b).

Tous les oiseaux marins, en particulier les mouettes, seraient très sensibles à la pollution par les hydrocarbures. La Mouette blanche, espèce plus pélagique que la plupart des autres oiseaux marins, pourrait être particulièrement vulnérable. Aucun cas de mouette mazoutée n'a été signalé, mais comme l'espèce se tient souvent loin au large des côtes, on peut penser que les mouettes mazoutées ne pourraient pas atteindre le rivage ni être récupérées, de sorte que l'espèce est considérée comme étant très vulnérable à la pollution par les hydrocarbures (COSEPAC, 2006a).

Effets potentiels des changements climatiques

Ours blanc

Les changements climatiques constituent une menace importante pour l'ours blanc, car il dépend de la glace pour se déplacer, s'alimenter et mettre bas. L'ours blanc dépend directement de la glace de mer pour se déplacer dans l'Arctique et, indirectement, du fait qu'elle constitue l'habitat de ses proies (phoques annelés et phoques barbus) (Stirling et Øritsland, 1995). Il est fidèle à des sites locaux et a des domaines vitaux fixes, ce qui le rend particulièrement vulnérable aux modifications de son habitat (Derocher et al., 2004). Les changements survenant dans le moment de formation, la durée, l'étendue et la qualité de l'épaisseur de la glace attribuables aux changements climatiques et leurs effets sur la santé, sur les effectifs et sur l'aire de répartition de l'ours blanc ont reçu une attention considérable de la part de plusieurs chercheurs (Derocher et al., 2004; Stirling et Parkinson, 2006; Stirling et Derocher, 2007; Stirling et al., sous presse). La principale menace systématiquement répertoriée est la perte d'habitat de glace de mer causée par les changements climatiques (Stirling et Derocher, 2007).

À cause de l'évolution de l'état des glaces, l'ours blanc pourrait être forcé de se replier sur les terres côtières plus tôt pendant l'été (Stirling et Parkinson, 2006). Cela pourrait réduire la période de temps qu'il passe à chasser le phoque et le forcer à passer plus de temps sans s'alimenter et à dépendre de ses réserves de graisse (Stirling et Parkinson, 2006). Des changements survenant dans la formation et la durée de la glace de mer pourraient aussi avoir un effet indirect sur l'ours blanc en modifiant la répartition des phoques annelés et en le forçant à chercher d'autres sources d'alimentation (Stirling et Parkinson, 2006). L'ours blanc pourrait être forcé de se déplacer vers des zones terrestres côtières où il y a davantage d'activités humaines. Au Nunavut, des chasseurs inuits ont indiqué qu'au cours des dernières années ils voyaient davantage d'ours blancs près des zones habitées durant la saison des eaux libres (Stirling et Parkinson, 2006). Tous ces changements accroîtraient la difficulté de survivre dans un environnement déjà très rude (Derocher et al., 2004).

Baleine boréale

Selon Tynan et DeMaster (1997), la baleine boréale pourrait constituer une espèce indicatrice des changements climatiques dans l'hémisphère nord et revêt donc un intérêt particulier du point de vue scientifique. Les changements climatiques sont susceptibles de modifier la distribution et l'état des glaces, les températures de surface, les courants marins et le mélange. Au Nunavut, de tels changements pourraient modifier les comportements migratoires et les aires d'alimentation des baleines boréales, et les rendre plus vulnérables à la prédation et à la chasse. Ces changements auront des effets directs et indirects sur la santé, les effectifs et la répartition des baleines boréales.

Par exemple, l'augmentation constante du nombre d'épaulards au Nunavut, décrite par Higdon (2007), pourrait entraîner des niveaux accrus de prédation de baleines boréales, ce qui pourrait avoir des effets néfastes sur la population, en particulier du fait que la prédation par les épaulards a été identifiée comme la principale cause de mortalité des baleines boréales au Nunavut (Finley, 2001). En outre, la productivité primaire est très variable et dépend de la disponibilité des nutriments. Ces processus étant grandement influencés par les changements climatiques, l'habitat d'alimentation de la baleine boréale pourrait être modifié (Finley, 2001). La fécondité de la baleine boréale est probablement liée à la production de zooplancton (calanus), de sorte que les changements climatiques sont susceptibles d'avoir une incidence sur la croissance (négative ou positive) des populations par suite de la modification de l'étendue de la glace de mer (Finley, 2001).

Selon Laidre et al. (2008), les changements climatiques pourraient avoir des effets sur trois types de vulnérabilités de la baleine boréale : sa répartition restreinte et son alimentation spécialisée; sa dépendance saisonnière à l'endroit des glaces, et sa dépendance à l'endroit de la glace de mer pour accéder aux proies et éviter les prédateurs.

Béluga

Les effets des changements climatiques sur les bélugas sont incertains. Les bélugas sont extrêmement bien adaptés aux eaux arctiques, tout en étant capables de survivre loin des glaces de mer : ils choisissent parfois des habitats en eaux libres au moins pendant une partie de l'année (Moore et Huntington, 2008). Les changements climatiques entraîneront vraisemblablement des modifications de l'étendue et de la durée de la glace de mer, ce qui pourrait perturber les migrations des bélugas et les pousser à pénétrer plus avant dans l'environnement arctique, leur permettant peut‑être d'exploiter de nouvelles aires d'alimentation (Huntington, sous presse).

La modification des régimes de glace de mer sous l'effet des changements climatiques aura une incidence sur le moment et l'étendue de la production primaire, ce qui pourrait avoir des effets négatifs sur les proies des bélugas ou modifier l'emplacement de ces proies (Moore et Huntington, 2008).

On a également imputé aux changements climatiques des augmentations du nombre d'épaulards le long des côtes du Nunavut (Higdon, 2007). De tels changements dans l'aire de répartition des épaulards pourraient accroître la prédation des bélugas, entraînant ainsi des incidences plus élevées de mortalités, de blessures et de comportements d'évitement (Higdon, 2007). Cela, couplé à la réduction des refuges glaciels disponibles, pourrait avoir des effets négatifs sur la population de bélugas (Higdon, 2007; Moore et Huntington, 2008; Huntington, sous presse).

Narval

En raison de leur forte association avec la glace, les changements climatiques pourraient provoquer des modifications de l'habitat, des habitudes migratoires et des taux de prédation. Les changements de la productivité primaire pourraient modifier l'emplacement des proies et entraîner l'occupation de nouvelles aires d'alimentation (Moore et Huntington, 2008). Les narvals suivent les lisières des glaces durant la migration, et des changements quant au moment où surviennent la débâcle et le gel pourraient modifier leur cycle migratoire saisonnier (Moore et Huntington, 2008). Des changements dans l'étendue et la durée de la glace de mer ont entraîné une présence accrue des épaulards au Nunavut (Laidre et al., 2006). En raison de leur prédation des narvals, il est probable que, si cette tendance se maintient, davantage de narvals seront tués par des épaulards. De tels changements climatiques pourraient aussi réduire l'habitat ou le couvert d'abri, augmentant ainsi le risque de prédation par les épaulards, les ours blancs et les chasseurs, et exposant les narvals au rude milieu marin de la baie de Baffin (Moore et Huntington, 2008).

Selon Laidre et al. (2008), les narvals semblent être l'une des trois espèces de mammifères marins arctiques les plus sensibles aux changements climatiques (principalement en raison de leur dépendance de la glace de mer et de leur alimentation spécialisée).

Morse

Il est possible que les effets directs d'un réchauffement ou d'un refroidissement climatique sur les morses soient vraisemblablement limités et pas nécessairement négatifs (Moore et Huntington, 2008). Selon Born et al. (2003), une diminution de l'étendue et de la durée de vie de la glace de mer dans l'Arctique à la suite d'un réchauffement climatique pourrait accroître l'abondance de la nourriture des morses, en augmentant la production de bivalves et en facilitant l'accès aux aires d'alimentation dans les eaux côtières peu profondes (COSEPAC, 2006a). D'autres ont avancé que les populations de morses déclineront en termes de recrutement et de santé par suite des changements climatiques, car les morses dépendent de la glace de mer en tant que plate‑forme de chasse, de reproduction et repos (Moore et Huntington, 2008). Selon Laidre et al. (2008), la santé des morses présente une corrélation positive avec la glace de mer. En outre, la North Atlantic Marine Mammal Commission (NAMMCO) (2006) a indiqué que la pression de la chasse sur les morses augmentera probablement à mesure que l'étendue et la durée des glaces dans l'Arctique diminueront (COSEPAC, 2006b). La prédation par les épaulards et les ours blancs pourrait également s'accroître en l'absence de glace, les morses étant alors obligés d'occuper des refuges terrestres (COSEPAC, 2006b).

Les impacts indirects des changements climatiques pourraient représenter une menace plus importante pour les morses que les changements eux‑mêmes. Dans l'éventualité d'un réchauffement, les populations humaines nordiques pourraient s'accroître et s'étendre vers des régions autrefois inhabitées; dans l'éventualité d'un refroidissement, les morses seraient forcés de se déplacer vers le sud, plus près des collectivités en place (COSEPAC, 2006b).

Mouette blanche

Les changements climatiques pourraient aussi avoir un impact sur la Mouette blanche, tout dépendant de leurs effets sur la distribution des eaux libres au début de la saison de reproduction (COSEPAC, 2006b). Compte tenu de l'association étroite entre la Mouette blanche et la banquise tout au long de l'année, il est possible qu'une augmentation de l'étendue ou de l'épaisseur de la couverture de glace diminue sa capacité à rechercher de la nourriture et ait des effets sur son taux de productivité. À l'inverse, une réduction de l'étendue ou de l'épaisseur du couvert de glace pourrait augmenter la disponibilité de l'habitat d'alimentation et avoir un effet positif sur le taux de productivité pendant la saison de reproduction (COSEPAC, 2006a).

Cotes de sensibilité

Les cotes de sensibilité des espèces préoccupantes sont basées sur la présence ou l'absence de populations, de colonies ou d'habitats saisonniers importants pour toute espèce désignée vulnérable par le COSEPAC, la LEP ou l'UICN. Les cotes de sensibilité sont présentées à la figure 4‑18 (hiver) et à la figure 4‑19 (été).

Sensibilité élevée (5)

Une cote de sensibilité élevée indique que les aires ainsi cotées sont répertoriées comme étant des « habitats essentiels », conformément à la Loi sur les espèces en péril, et qu'elles constituent des habitats nécessaires à la survie d'au moins une des espèces comprises dans cette CVE. Aucune aire de ce type n'a été répertoriée dans la zone d'étude.

Une cote de sensibilité élevée correspond aussi à des zones qui chevauchent l'aire de répartition de toute espèce classifiée comme étant « en danger critique d'extinction » par l'UICN.

Sensibilité modérée à élevée (4)

Une cote de sensibilité modérée à élevée a été attribuée aux zones qui chevauchent l'aire de répartition de toute espèce classifiée comme étant « en voie de disparition » par la LEP ou le COSEPAC ou « en danger » par l'UICN.

Sensibilité modérée (3)

La cote de sensibilité modérée a été attribuée aux zones qui chevauchent l'aire de répartition de toute espèce classifiée comme étant « menacée » par la LEP ou le COSEPAC ou « vulnérable » par l'UICN.

Sensibilité faible à modérée (2)

Une cote de sensibilité faible à modérée a été attribuée aux régions qui chevauchent l'aire de répartition de toute espèce classifiée comme étant « préoccupante » par la LEP ou le COSEPAC ou « quasi menacée » par l'UICN.

Faible sensibilité (1)

Une cote de faible sensibilité a été attribuée aux régions qui chevauchent l'aire de répartition de toute espèce classifiée comme appartenant à la catégorie « Données insuffisantes » selon la LEP, le COSEPAC ou l'UICN, ou à la catégorie « Préoccupation mineure » selon l'UICN, ou encore aux régions où l'on ne retrouve aucune espèce préoccupante.

Mesures d'atténuation

Les stratégies d'atténuation propres aux différentes espèces sont résumées dans les sections 4.1.4 (ours blanc), 4.2.4 (baleine boréale), 4.3.4 (béluga et narval) et 4.5.4 (Mouette blanche). Les mesures d'atténuation supplémentaires nécessaires pour les morses comprennent la limitation de la vitesse des navires, les restrictions concernant le bruit et la limitation de l'altitude minimum des aéronefs à proximité des échoueries connues.

Comme pour la plupart des espèces de l'Arctique, les connaissances sur les habitats sensibles et biologiquement importants sont très rudimentaires (il n'existe que quelques études). La réalisation de relevés spécialisés de ces animaux avant tout un contact potentiel avec des activités industrielles aidera les promoteurs à mieux planifier les projets et les gouvernements à approuver leur mise en œuvre avec plus de certitude.

Références

Voir les références utilisées pour l'information des espèces préoccupantes

Notes en bas de page :

Footnote 1

La bioaccumulation est le processus d'accumulation d'une substance menant à des concentrations progressivement plus élevées d'un contaminant au fur et à mesure qu'on remonte la chaîne alimentaire, ce qui est le cas des prédateurs qui ingèrent des proies ayant déjà accumulé des contaminants dans leurs tissus.

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