Baleine boréale

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Caractéristiques des composantes valorisées

Justification du choix

La baleine boréale est une espèce importante sur les plans culturel et écologique. Aujourd'hui, l'importance de la baleine boréale pour l'homme réside dans sa valeur esthétique et dans le fait qu'elle pourrait être une ressource de subsistance renouvelable (Reeves et Mitchell, 1990). La baleine boréale occupe une place peu élevée dans la chaîne trophique et s'alimente en filtrant de grandes quantités de zooplancton, ce qui la rend essentielle à l'écosystème en tant que consommatrice majeure de productivité primaire et secondaire. La baleine boréale est grandement influencée toute l'année par les glaces dont la répartition joue sur la productivité primaire et la présence offre une protection contre la prédation par les épaulards (Finley, 2001). On sait que la baleine boréale peut être attaquée par les épaulards, mais on ignore dans quelle mesure (c.‑à‑d. baleineaux tués, mortalités, blessures) (Burns et al., 1993; Higdon, 2007).

La chasse commerciale a été très importante et très lucrative des années 1600 jusqu'aux années 1900. Au Nunavut, la chasse à la baleine boréale par les Inuit est un événement historique, qui fait partie intégrante de leur culture. Les Inuit du Nunavut prennent actuellement une baleine boréale tous les deux ou trois ans, ce qui constitue toujours une économie appréciable dans ces collectivités. Au cours d'une période de cinq ans, soit de 1996 à 2001, quatre collectivités sur 28 ont participé à la chasse et le nombre moyen de prises était approximativement d'une baleine (Priest et Usher, 2004). Le muktuk de baleine est largement distribué et consommé.

Habitat essentiel

Les habitats essentiels sensibles de la baleine boréale, tels que définis par Laidre et al. (2008), sont les zones d'eaux peu profondes et le plateau continental. Les habitats importants comprennent la banquise annuelle serrée, la zone de cisaillement, les chenaux, les polynies, les eaux libres et les lisières des glaces (banquise et eaux libres). La banquise lâche et les régions du rebord continental sont aussi fréquentées par la baleine boréale (Laidre et al., 2008).

Facteurs de viabilité

Les menaces pour la baleine boréale comprennent la prédation, l'ingestion accidentelle, la contamination de l'environnement, les maladies, l'exploration pétrolière et gazière extracôtière, la navigation, la chasse illégale et le tourisme.

Le déclin sévère des populations de baleines boréales causé par la chasse commerciale est la principale raison de leur désignation comme espèce en voie de disparition dans plusieurs parties de son aire de répartition. Selon des rapports récents, les épaulards pourraient constituer la principale menace pour la baleine boréale dans l'est de l'Arctique canadien (Finley, 2001; Moshenko et al., 2003; Higdon, 2007). L'ingestion de matières étrangères au cours du processus de filtration de la nourriture est aussi une menace potentielle (Finley, 2001). Comme la baleine boréale peut vivre plus de 100 ans, elle est vulnérable à l'accumulation de toxines sur une longue période de temps.

Vulnérabilité aux activités pétrolières et gazières

L'intérêt grandissant pour l'exploitation extracôtière et le tourisme est une autre source de préoccupation, car l'accroissement du trafic, le bruit sous marin et les déversements possibles d'hydrocarbures associés à ces activités pourraient avoir une incidence sur les populations de baleines. La baleine boréale utilise les communications à longue distance et est sensible aux bruits industriels de basse fréquence (Burns et al., 1993). Dans la baie Isabella, la baleine boréale réagit fortement et à grande distance aux bateaux à moteur et aux navires et tente de fuir en se déplaçant vers les eaux peu profondes ou en parcourant de longues distances (Finley, 2001). On a observé des baleines boréales en migration qui se tenaient à 20 km des navires d'exploration sismique, des brise glaces, des navires de soutien et des navires de forage (Finley, 2001).

Exploration sismique

Les effets potentiels du bruit sismique sous marin sur les baleines boréales sont relativement bien documentés dans l'ouest de l'Arctique et la mer de Beaufort, et l'on devrait s'attendre à des effets semblables dans l'est de l'Arctique canadien. Ces effets comprennent l'évitement de l'habitat et des réductions temporaires des comportements alimentaires, sociaux et autres. Le masquage des communications de basse fréquence pourrait aussi être un effet potentiel sur cette espèce, d'autant que ces fréquences parcourent de plus grandes distances dans les glaces ou près des glaces. On pense actuellement que des effets temporaires ou permanents sur l'ouïe de la baleine boréale sont peu probables, mais on manque de données probantes.

Activités sur la glace

Pour la plupart, les activités sur la glace ne sont pas susceptibles d'avoir une incidence notable sur l'habitat de la baleine boréale, mais il faut souligner que la baleine boréale se retrouve régulièrement dans des régions à forte concentration de glace (concentration de 10/10), de sorte que cette conclusion générale n'est pas toujours exacte.

Navigation

Les principaux effets de la navigation sur les baleines boréales sont les collisions avec des navires (entraînant des blessures ou la mort) et le bruit sous marin. Il est possible d'éviter en partie les collisions entre les navires et les baleines boréales en imposant des limites de vitesse (généralement moins de 14 nœuds ou de 10 nœuds). Les brise glaces, par exemple, produisent des sons sous marins suffisants pour faire fuir la baleine boréale jusqu'à 30 km de son habitat préféré.

Rejets d'hydrocarbures

Les incidences potentielles d'un rejet d'hydrocarbures se traduiraient principalement par des effets chroniques, comme la contamination et la toxicité. Les effets aigus (exposition directe) comprennent la salissure des fanons (lamelles fibreuses utilisées par la baleine boréale pour filtrer l'eau et retenir les petites proies), l'irritation oculaire et, peut être, l'inhalation de vapeurs.

Effets potentiels des changements climatiques

Selon Tynan et DeMaster (1997), la baleine boréale pourrait constituer une espèce indicatrice des changements climatiques dans l'hémisphère nord et revêt donc un intérêt particulier du point de vue scientifique. Les changements climatiques sont susceptibles de modifier la distribution et l'état des glaces, les températures de surface, les courants marins et le mélange. Au Nunavut, de tels changements pourraient modifier les comportements migratoires et les aires d'alimentation des baleines boréales, et les rendre plus vulnérables à la prédation et à la chasse. Ces changements auront des effets directs et indirects sur la santé, les effectifs et la répartition des baleines boréales.

Par exemple, l'augmentation constante du nombre d'épaulards au Nunavut, décrite par Higdon (2007), pourrait entraîner des niveaux accrus de prédation de baleines boréales, ce qui pourrait avoir des effets néfastes sur la population, en particulier du fait que la prédation par les épaulards a été identifiée comme la principale cause de mortalité des baleines boréales au Nunavut (Finley, 2001). En outre, la productivité primaire est très variable et dépend de la disponibilité des nutriments. Ces processus étant grandement influencés par les changements climatiques, l'habitat d'alimentation de la baleine boréale pourrait être modifié (Finley, 2001). La fécondité de la baleine boréale est probablement liée à la production de zooplancton (calanus), de sorte que les changements climatiques sont susceptibles d'avoir une incidence sur la croissance (négative ou positive) des populations par suite de la modification de l'étendue de la glace de mer (Finley, 2001).

Selon Laidre et al. (2008), les changements climatiques pourraient avoir des effets sur trois types de vulnérabilités de la baleine boréale : sa répartition restreinte et son alimentation spécialisée; sa dépendance saisonnière à l'endroit des glaces, et sa dépendance à l'endroit de la glace de mer pour accéder aux proies et éviter les prédateurs.

Cotes de sensibilité

Les cotes de sensibilité des baleines boréales de l'est de l'Arctique ont été établies à partir de deux principaux types d'informations : i) l'aire de répartition/distribution connue et probable de cette espèce (déterminée à partir des sources documentaires disponibles [p. ex. : les rapports de situation du Comité sur la situation des espèces en péril au Canada/COSEPAC] et l'expérience professionnelle dans cette région); et ii) la sensibilité écologique décrite récemment par Laidre et al. (2008). Ainsi, l'application des éléments de sensibilité écologique inclus par Laidre et al. (2008) pourrait ne pas toujours être cohérente avec les emplacements connus des habitats de la baleine boréale. Il est important de souligner que la définition de l'hiver (de novembre à juin) et de l'été (de juillet à octobre) influe grandement sur les couches de sensibilité, étant donné la très grande influence de la glace dans cette région. Pour tenir compte de l'extrême variabilité imposée par la dynamique des glaces, des cartes illustrant la médiane sur 30 ans de la concentration des glaces, produites par le Service canadien des glaces, ont été utilisées pour appliquer les sensibilités écologiques (décrites par Laidre et al., 2008, et d'autres) et la répartition connue des glaces.

Enfin, une approche de sensibilité maximum a été utilisée pour différencier les types d'habitats sensibles de la baleine boréale. En d'autres termes, si une région peut être considérée comme ayant deux cotes de sensibilité différentes (pour un mois ou plus), seule la cote de sensibilité la plus élevée a été cartographiée.

Les cotes de sensibilité d'hiver sont présentées à la figure 4‑5 et les cotes de sensibilité d'été sont présentées à la figure 4‑6.

Sensibilité élevée (5)

La baie Isabella et la Réserve nationale de faune de Ninginuaik, dont la création a été proposée, sont une aire d'alimentation essentielle bien connue de la baleine boréale et sont donc désignées comme étant de sensibilité élevée.

Les habitats de sensibilité élevée de la baleine boréale comprennent aussi d'importantes aires d'alimentation durant la période d'estivage et des aires reconnues comme des habitats d'hivernage principaux.

Bien que des baleines boréales de l'est de l'Arctique canadien aient été observées dans la polynie des eaux du Nord, cette région ne peut probablement pas être considérée comme un habitat d'hivernage principal; le détroit d'Hudson est un habitat d'hivernage, mais comme il n'est pas compris dans la zone d'étude de ce projet, aucun habitat de sensibilité élevée n'est désigné ici.

Sensibilité modérée à élevée (4)

La cote de sensibilité modérée à élevée a été attribuée à des zones qui offrent aux baleines boréales un habitat saisonnier important. Cela comprend les eaux peu profondes (profondeur approximative de 10 m à 100 m) et le plateau continental (profondeur approximative de 100 m à 300 m) qui procurent un habitat toute l'année, et la zone de cisaillement, les chenaux, les polynies et les eaux libres proches de la banquise qui offrent un habitat pendant l'hiver. Les zones adjacentes à l'habitat d'hivernage sont aussi considérées comme étant de sensibilité modérée à élevée.

La majeure partie de l'habitat d'estivage du plateau continental et des eaux peu profondes dans la zone d'étude de l'est de l'Arctique est classifiée comme étant un habitat de sensibilité modérée à élevée pour la baleine boréale. La région du détroit de Lancaster a été désignée comme un habitat d'estivage de sensibilité modérée à élevée pour le nombre accru d'individus dans cette région en juillet. Quatre types d'habitats de sensibilité modérée à élevée ont été répertoriés dans la zone d'étude de l'est de l'Arctique :

  • Les régions avoisinant la principale zone de cisaillement et le chenal au large de l'île de Baffin;
  • Deux régions adjacentes à des aires d'hivernage connues de la baleine boréale (la baie Cumberland et la baie Frobisher);
  • Le détroit de Lancaster et le nord de la baie de Baffin. Il est bien connu que de grands nombres de baleines boréales fréquentent le détroit de Lancaster en juin, et certaines données indiquent qu'on trouve de nombreuses baleines dans les zones d'eaux libres proches de la banquise dans le nord de la baie de Baffin à la fin de l'hiver (juin);
  • La polynie des eaux du Nord.

Sensibilité modérée (3)

Les habitats de sensibilité modérée comprennent les zones de banquise annuelle serrée et les aires d'estivage où l'on retrouve des zones de cisaillement, des chenaux, des eaux libres et des eaux libres adjacentes à la banquise.

En été (principalement en juillet), la région extracôtière comprise dans la zone d'étude qui joint la baie de Baffin et le détroit de Davis contient une banquise annuelle serrée, ce qui justifie la cote de sensibilité modérée attribuée à cette région. L'habitat hivernal de sensibilité modérée comprend la majeure partie de la zone d'étude de l'est de l'Arctique, et cette cote est principalement basée sur la présence de banquise annuelle épaisse dans ces régions.

Sensibilité faible à modérée (2)

Les régions qui chevauchent des habitats connus de la baleine boréale ou qui sont adjacentes à des habitats connus ont été cotées comme étant de sensibilité faible à modérée. Cette cote a également été attribuée aux zones où la banquise est lâche l'été et l'hiver ainsi qu'au rebord continental pendant l'été.

En été, l'habitat de la baleine boréale coté de sensibilité faible à modérée (4) est défini comme étant la banquise lâche extracôtière du sud de la baie de Baffin et du nord du détroit de Davis. Cela vaut principalement pour les mois de juillet et août, du fait que la glace est largement absente de cette région (médiane sur 30 ans) en septembre et en octobre. Les cartes illustrant la médiane sur 30 ans de la concentration des glaces indiquent que, pendant la majeure partie de l'hiver, la banquise lâche et l'habitat de sensibilité faible à modérée sont absents.

Faible sensibilité (1)

La cote de faible sensibilité a été attribuée aux régions qui ne sont pas habitées par la baleine boréale, mais où il existe un habitat potentiel. Cela comprend des zones au cours des mois d'été, comme la glace de rive, les bassins océaniques profonds, les estuaires et les lagunes. Cela englobe aussi les eaux de profondeur inférieure à 5 m et la banquise côtière en hiver.

En été, l'habitat de faible sensibilité dans le nord de la baie de Baffin a été défini principalement en fonction des eaux plus profondes et de la distance de la banquise. Le nord‑ouest de la baie de Baffin a donc été coté comme étant de faible sensibilité en raison de la présence d'eaux libres extracôtières en juillet. Bien qu'une grande partie de la région côtière (à moins de 30 km) de la zone d'étude de l'est de l'Arctique présente une banquise côtière et/ou de la glace de rive pendant la majeure partie de l'hiver (et pourrait donc être considérée comme étant de faible sensibilité), les cartes illustrant la médiane sur 30 ans de la concentration des glaces indiquent que cela n'est pas le cas en novembre.

Mesures d'atténuation

La mesure d'atténuation la plus efficace consiste à planifier pour éviter, le plus possible, les habitats spatiaux et saisonniers de la baleine boréale. D'autres mesures d'atténuation courantes comprennent l'emploi d'observateurs de mammifères marins qualifiés à bord de navires, la désignation d'une zone d'exclusion de mammifères marins autour des ensembles de sismographes, la limitation de vitesse des navires et la limitation de l'altitude minimum des aéronefs. Malheureusement, dans l'est de l'Arctique, la connaissance des habitats sensibles et biologiquement importants est très rudimentaire (il n'existe que quelques études). La réalisation de relevés spécialisés de ces mammifères avant tout contact potentiel avec des activités industrielles aidera les promoteurs à mieux planifier les projets et les gouvernements à approuver leur mise en œuvre avec plus de certitude.

Références

Voir les références utilisées pour l'information des baleines boréales