Baleines à dents

Autres composantes d'intérêt dans cette région :
Ours blanc | Baleine boréale | Baleines à dents | Omble chevalier anadrome | Oiseaux migrateurs |
Espèces préoccupantes | Activités traditionnelles d'exploitation | Pêche commerciale

Été
Polar Bear - Summer

Hiver
Polar Bear - Winter

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Caractéristiques des composantes valorisées

Justification du choix

Les baleines à dents ont été choisies à titre de composante valorisée de l'écosystème (CVE) pour représenter les espèces qu'on trouve dans la zone d'étude de l'est de l'Arctique. L'information disponible sur les épaulards étant particulièrement limitée (mais en croissance), cette espèce n'a pas été incluse dans la désignation de l'habitat sensible des baleines à dents (mais elle est présentée ci‑après à des fins de mise en contexte).

Les bélugas et les narvals sont des espèces importantes sur les plans culturel et écologique dans l'est de l'Arctique canadien. Au cours d'une période de cinq ans, soit de 1996 à 2001, le nombre moyen annuel total de bélugas abattus par des chasseurs a été d'environ 1 339 individus; les bélugas sont chassés par de nombreuses collectivités (20 sur 28) (Priest et Usher, 2004). Selon le savoir traditionnel des Inuit, les bélugas seraient plus faciles à chasser que d'autres mammifères marins (comme les morses), parce qu'ils ne sont pas aussi méfiants et sont faciles d'approche (Richard, 2001). Le béluga est recherché pour sa chair, qui est principalement utilisée pour nourrir les chiens, et pour sa peau qui est appréciée et rentable pour les Inuit (Richard 2001). Les narvals sont chassés au Nunavut par plusieurs collectivités (18 sur 28) à des fins de subsistance (Dietz et al., 2001; Priest et Usher, 2004). Au cours d'une période de cinq ans, soit de 1996 à 2001, le nombre moyen annuel total de narvals tués par des chasseurs s'est élevé à environ 734 individus (Priest et Usher, 2004). Leur peau et leur graisse sont consommées, et leurs défenses, qui sont très précieuses, sont vendues (MPO, 1998a, b).

Du point de vue écologique, le béluga et le narval sont relativement différents, bien qu'ils subissent probablement la prédation de divers mammifères marins de l'Arctique, notamment l'ours blanc (COSEPAC, 2004b) et l'épaulard (Higdon, 2007). Dans l'est de l'Arctique, les bélugas semblent fréquenter les zones d'eaux peu profondes, tandis que les narvals préfèrent les eaux plus profondes. Les bélugas se déplacent en groupes nombreux, alors que les narvals se tiennent en groupes de 2 à 12 individus (MPO, 2005, site Internet). Les analyses de contenus stomacaux révèlent que les deux espèces ne chassent pas les mêmes proies : le béluga se nourrit principalement de morue polaire, alors que le narval chasse surtout le calmar et le flétan noir. Les deux espèces utilisent le bruit sous‑marin pour la communication et la détection de proies (écholocalisation).

Habitat essentiel

Béluga

Le béluga ne dépend pas directement du milieu terrestre pour son cycle de vie. L'été, il vit en général dans les zones côtières peu profondes et les estuaires; ainsi, le développement côtier (comme la construction de terminaux maritimes et, surtout, le trafic naval) pourrait éloigner le béluga de son habitat préféré (comportement d'évitement) et causer une contamination accrue de l'environnement. La planification pourrait tenir compte des périodes de l'année sensibles pour les bélugas, de sa fidélité à certains sites précis, de ses couloirs de migration et de ses aires de concentration locale (comme les estuaires).

Les facteurs physiques et biotiques de l'habitat essentiel du béluga comprennent les régions de banquise lâche, les polynies, les eaux peu profondes/le plateau continental, les zones d'interaction entre les polynies et les eaux peu profondes et les estuaires et lagunes. Les aires importantes pour le béluga comprennent les zones de cisaillement et les chenaux, les eaux libres, le rebord continental et l'interface entre la banquise et les eaux libres. Les bélugas utilisent aussi la banquise permanente (Laidre et al., 2008). Les régions non catégorisées comme étant importantes ou comme étant utilisées par les bélugas comprennent la glace de rive, la banquise saisonnière serrée, les bassins océaniques profonds et les zones d'interaction entre la banquise et le plateau continental peu profond (Laidre et al., 2008).

Narval

Dans tout l'Arctique, les narvals préfèrent les eaux profondes ou extracôtières (Hay et Mansfield, 1989). Pendant l'hiver, les narvals canadiens se retrouvent, de façon prévisible, dans la banquise hivernale du détroit de Davis et de la baie de Baffin, le long de la pente continentale. Ces régions présentent des paramètres écologiques qui rendent cet habitat favorable, notamment des gradients élevés des températures de fond, des eaux libres prévisibles (< 5 %) et des densités relativement élevées de flétan noir (ou flétan du Groenland) (Laidre et al., 2004). L'hiver, les narvals se nourrissent intensivement dans les milieux benthiques, par contraste avec une activité d'alimentation réduite pendant l'été, ce qui fait que les milieux marins benthiques peuvent être considérés comme l'habitat le plus important pour les narvals (Laidre et Heide‑Jorgensen, 2005).

Les facteurs physiques et biotiques de l'habitat essentiel du narval comprennent la banquise saisonnière serrée, la zone de cisaillement et les chenaux, le rebord continental, les bassins océaniques profonds et les estuaires/lagunes/fjords. Les zones importantes pour le narval comprennent les eaux libres et l'interface entre les eaux libres et la banquise. On sait que les narvals utilisent aussi la banquise saisonnière lâche (Laidre et al., 2008). Les régions non catégorisées comme étant importantes ou comme étant utilisées par les narvals comprennent la glace de rive, la banquise permanente, les polynies, les eaux peu profondes/le plateau continental, les zones d'interaction entre la banquise et le plateau continental, et les zones d'interaction entre les polynies et les eaux peu profondes (Laidre et al., 2008).

Épaulard

Bien que l'utilisation des habitats varie probablement d'une population à une autre, les épaulards semblent généralement utiliser et tolérer des habitats très diversifiés (dont la variabilité est fonction de la profondeur de l'eau, de la taille de l'étendue d'eau, de la température de l'eau) (COSEPAC, 2001). On croit généralement que les épaulards ne fréquentent pas les régions de banquise (en raison de leur grande nageoire dorsale), mais cette hypothèse n'a pas été vérifiée. Les épaulards se déplacent occasionnellement dans les eaux douces, mais habituellement seulement pour de courtes périodes (heures ou jours) (Higdon, 2007).

Facteurs de viabilité

Béluga

Les menaces pour les bélugas comprennent la prédation, la contamination de l'environnement, le développement pétrolier et gazier extracôtier, la navigation, la chasse et la pêche commerciale (Huntington, sous presse).

Les ours blancs et les épaulards sont des prédateurs connus des bélugas (Smith et Sjare, 1990; Reeves et Mitchell, 1989, in COSEPAC, 2004b); cependant, les morses blessent ou tuent aussi des bélugas (Reeves et Mitchell, 1989, in COSEPAC, 2004b).

L'accumulation de contaminants dans les tissus des bélugas a été largement étudiée dans la population du fleuve Saint‑Laurent. Cette contamination est liée à une altération de la reproduction, à l'immunosuppression et à l'incidence de tumeurs (Becker, 2000; Hickie et al., 2000).

Les bélugas sont très fidèles à certains sites particuliers, ce qui fait d'eux des cibles faciles pour les chasseurs commerciaux et de subsistance (Francis, 1977; Reeves et Mitchell, 1987, in COSEPAC, 2004b). Depuis l'avènement de nouvelles technologies de chasse, les Inuit ont signalé une augmentation de la concurrence durant la chasse au béluga et indiquent que cela pourrait se traduire par un plus grand nombre de prises (Kilabuk, 1998).

Narval

Les menaces pour les narvals comprennent l'emprisonnement dans les glaces, la prédation par les épaulards et les ours blancs, les maladies et les parasites, les changements climatiques, la contamination de l'environnement, les activités d'exploration et d'exploitation pétrolières et gazières extracôtières, la navigation, la chasse et la pêche commerciale (COSEPAC, 2004a; Huntington, sous presse).

Épaulard

Une cause naturelle probable de mortalité est la propension de cette espèce à s'échouer en masse (ce qui est peu fréquent) ou à se retrouver emprisonnée dans les glaces (à Terre‑Neuve et dans l'Arctique canadien) (COSEPAC, 2001). Étant donné que les populations sont généralement petites, même les occurrences peu fréquentes de tels événements peuvent avoir des incidences graves sur les populations (COSEPAC, 2001).

La principale cause de mortalité des épaulards est la chasse, surtout par les Inuit du Groenland. Historiquement, les épaulards ont été sporadiquement chassés par les Inuit canadiens, mais les prises sont probablement nulles actuellement (Higdon, 2007).

Dans le Pacifique, les épaulards sont parmi les mammifères marins les plus gravement contaminés de la planète (Ross, 2006, in Higdon, 2007); cependant, les études des concentrations de contaminants dans les épaulards de l'Arctique sont encore très préliminaires. Les effets des contaminants sur les épaulards de l'Arctique constituent une priorité de la recherche (Higdon, 2007).

Vulnérabilité aux activités pétrolières et gazières

Béluga

Les réactions des bélugas aux activités pétrolières et gazières extracôtières et à la navigation varient d'une grande tolérance à une sensibilité extrême (Richardson et al., 1995). Les réactions sensibles comportent des déplacements à court terme et pourraient modifier la répartition locale (Richardson et al., 1995). L'éventail relativement étendu des réactions des bélugas pourrait découler de leur capacité de s'adapter aux bruits anthropiques continus et répétés (Richardson et al., 1995). Cependant, il arrive souvent que les bélugas fuient les bateaux se déplaçant rapidement et de façon erratique, et certains ont été observés s'éloignant jusqu'à 2,4 km (Richard, 2001). En outre, des Inuit ont vu des bélugas réagir négativement (comportement d'évitement) à des sources de bruits anthropiques (bateaux) et croient que cela a causé un déclin de leurs nombres à Pangnirtung (Kilabuk, 1998, in COSEPAC, 2004b). Selon les Inuit, ce comportement d'évitement aurait un effet négatif sur la santé des bélugas (qui sont plus maigres) (Kilabuk, 1998).

Narval

La contamination de l'environnement pourrait perturber les fonctions biologiques; l'exploration pétrolière et gazière extracôtière pourrait éloigner le narval de son habitat préféré et de ses couloirs de migration et accroître le risque de déversements d'hydrocarbures; la navigation pourrait aussi perturber le comportement migratoire; la chasse pourrait réduire les stocks; et, la pêche commerciale pourrait altérer les réseaux d'alimentation en réduisant les proies disponibles (Huntington, sous presse).

Des augmentations potentielles de la navigation et du développement pétrolier et gazier pourraient entraîner des modifications temporaires ou à long terme de l'habitat, de la répartition et de la migration (Richard, 2001; Huntington, sous presse).

Un accroissement du trafic maritime et des activités de développement pétrolier extracôtier pourrait aussi avoir des effets négatifs sur les populations de narvals, à cause de l'empiètement sur leur habitat et/ou de collisions avec des navires (bien que les collisions soient moins probables dans le cas de baleines qui se déplacent rapidement comme le narval). Les études comportementales des réactions du narval indiquent qu'il fige, se repliant vers les eaux peu profondes et demeurant immobiles, quand des navires les approchent (Finley et al., 1983; 1984; 1990; Miller et Davis, 1984, in COSEPAC, 2004a). En outre, selon des chasseurs inuits, les narvals sont sensibles au bruit des machines industrielles et des explosions et les fuient (Remnant et Thomas, 1992; Stewart et al., 1995; Gonzalez, 2001, in COSEPAC, 2004a).

Épaulard

Les épaulards ne dépendent du milieu terrestre pour aucun élément de leur cycle de vie ni pour leurs besoins en matière d'habitat. Cependant, ils sont extrêmement sujets à la bioaccumulation de contaminants, de sorte que les activités de développement côtier provoquant des rejets dans l'environnement marin doivent être prises en compte.

La vulnérabilité des baleines à dents à des activités pétrolières et gazières bien précises est semblable à celle qui a été décrite pour la baleine boréale (section 4.2.2.4).

Cotes de sensibilité

Les cotes de sensibilité des baleines à dents de l'est de l'Arctique ont été établies à partir de deux principaux types d'information : i) l'aire de répartition/distribution connue et probable de ces espèces (déterminée à partir des sources documentaires disponibles [p. ex. : les rapports de situation du Comité sur la situation des espèces en péril au Canada/COSEPAC] et de l'expérience professionnelle dans cette région); et ii) la sensibilité écologique décrite récemment par Laidre et al. (2008). Ainsi, l'application des éléments de sensibilité écologique inclus par Laidre et al. (2008) pourrait ne pas toujours être cohérente avec les emplacements connus des habitats des baleines à dents. Il est important de souligner que la définition de l'hiver (de novembre à juin) et de l'été (de juillet à octobre) influe grandement sur les couches de sensibilité, étant donné la très grande influence de la glace dans cette région. Pour tenir compte de l'extrême variabilité imposée par la dynamique des glaces, des cartes des glaces illustrant la médiane sur 30 ans de la concentration des glaces, produites par le Service canadien des glaces, ont été utilisées pour appliquer les sensibilités écologiques (décrites par Laidre et al., 2008, et d'autres) et la distribution connue des glaces.

Enfin, une approche de sensibilité maximum a été utilisée pour différencier les types d'habitats sensibles des baleines à dents. En d'autres termes, si une région peut être considérée comme ayant deux cotes de sensibilité différentes (pour un mois ou plus), seule la cote de sensibilité la plus élevée a été cartographiée. Les cotes de sensibilité des habitats de baleines à dents dans la zone d'étude de l'est de l'Arctique sont résumées à la figure 4‑8 (hiver) et à la figure 4‑9 (été).

Sensibilité élevée (5)

Les secteurs répertoriés comme étant de sensibilité élevée pour les baleines à dents comprennent les zones désignées comme étant essentielles pour toutes les espèces de baleines à dents ainsi qu'une région spatialement limitée (< 100 km) durant les mois d'été qui assure une fonction écologique spécifique essentielle aux baleines à dents. Au cours des mois d'hiver, cette cote a également été attribuée aux zones suivantes :

  • Les régions connues pour contenir systématiquement de grandes concentrations de baleines à dents.
  • Les polynies qui demeurent ouvertes tout au long de l'hiver.
  • Les régions qui ont été identifiées comme étant des habitats d'hivernage principaux pour les bélugas.
  • Les zones du détroit de Davis ou de la baie de Baffin ayant des eaux libres limitées tout au long de l'hiver pour les narvals.

Aucun habitat d'estivage de sensibilité élevée n'a été répertorié pour les baleines à dents dans la zone d'étude de l'est de l'Arctique. Cependant, un habitat d'hivernage de sensibilité élevée a été décrit comme représentant une zone connue d'hivernage pour les bélugas près de la baie Cumberland et de l'embouchure de la baie Frobisher ainsi que le détroit de Lancaster et le nord de la baie de Baffin (où l'on trouve de grands nombres de baleines à dents en juin).

Sensibilité modérée à élevée (4)

Pendant l'été, les régions de sensibilité modérée à élevée comprennent les habitats de banquise annuelle lâche (béluga) ou serrée (narval), le plateau continental peu profond, les estuaires, les lagunes et les fjords pour les bélugas, et la zone de cisaillement/les chenaux, les fjords, le rebord continental et les bassins océaniques profonds pour les narvals. L'hiver, ce sont les régions où l'on retrouve de grandes concentrations de bélugas ou de narvals, les polynies, les zones peu profondes ou côtières avec couvert de glace léger ou très mobile pour les bélugas ou les habitats proches de sites d'hivernage connus des bélugas.

Pendant l'hiver, les zones de sensibilité modérée à élevée comprennent les régions extracôtières profondes de la pente continentale du détroit de Davis et de la baie de Baffin pour les narvals (avec des eaux libres limitées pendant une partie de l'hiver).

Pour les baleines à dents, les habitats d'estivage de sensibilité modérée à élevée ont été déterminés principalement pour refléter les aires de répartition connues des bélugas et des narvals (la côte nord‑est de l'île de Baffin, le détroit de Lancaster et l'île Devon), leur préférence pour les fjords (pour les bélugas et les narvals), les régions peu profondes du plateau continental (pour les bélugas à l'intérieur de leur aire de répartition) et les régions de rebord continental (pour les narvals).

Deux habitats d'hiver de sensibilité modérée à élevée ont été répertoriés pour les baleines à dents : i) la polynie des eaux du Nord (où des bélugas ont été observés en mars); et ii) la région du plateau continental dans la partie sud‑ouest de la zone d'étude, qui est adjacente à un habitat d'hivernage connu des bélugas (et qui pourrait aussi comprendre les zones de cisaillement en juin et des eaux libres limitées pendant une partie de l'hiver).

Sensibilité modérée (3)

Pendant les mois d'été, la cote de sensibilité modérée a été attribuée aux zones d'eaux libres, au rebord continental et à la lisière des glaces (banquise adjacente aux eaux libres). Cette cote s'appliquerait aussi aux régions contenant des nombres modérés à élevés de baleines à dents ainsi que les zones de cisaillement et les chenaux qui sont utilisés par les bélugas.

Durant les mois d'hiver, la cote de sensibilité modérée a été attribuée aux régions qui renferment des concentrations modérées de narvals ou de bélugas, aux chenaux côtiers (< 50 km du rivage) dans la banquise côtière ou près de la banquise côtière (< 20 km), et près de la glace de rive ou de la lisière des glaces. Les eaux profondes, la zone de cisaillement, les chenaux et les polynies sont aussi cotés comme étant de sensibilité modérée pour les narvals.

L'habitat d'été de sensibilité modérée pour les baleines à dents a été décrit principalement comme englobant la région de lisière des glaces (la banquise adjacente aux eaux libres) du nord‑ouest de la baie de Baffin. Des nombres modérés à élevés de baleines à dents pourraient se trouver dans la région du détroit de Lancaster en juillet, de sorte que ce secteur a aussi été désigné comme étant un habitat d'été de sensibilité modérée.

L'habitat d'hiver de sensibilité modérée des baleines à dents correspond à la zone de cisaillement/chenaux qui prédomine au large de l'île de Baffin (supposée importante pour les narvals) et les régions comportant des lisières de glaces (à proximité de la banquise) en juin, dans le nord‑est de la baie de Baffin.

Sensibilité faible à modérée (2)

La banquise annuelle lâche ou la banquise permanente en été et les eaux libres (> 20 km de la banquise, de la glace de rive or de la lisière des glaces) en hiver sont considérées comme un habitat de sensibilité faible à modérée pour les baleines à dents. Cette cote de sensibilité s'applique aussi aux zones présentant de faibles concentrations de baleines à dents et les zones de banquise permanente en hiver.

L'habitat côtier d'été des baleines à dents dans le coin sud‑ouest de la zone d'étude de l'est de l'Arctique a été coté comme étant un habitat de sensibilité faible à modérée, principalement en raison de la probabilité raisonnable d'une présence de bélugas dans cette région.

Un habitat d'hiver de sensibilité faible à modérée pour les baleines à dents a été recensé dans la partie sud‑est de la zone d'étude de l'est de l'Arctique, principalement en raison du fait que cette région est éloignée de la lisière de glaces (glace de rive et banquise) et est en grande partie libre de glace en novembre.

Faible sensibilité (1)

Les habitats de faible sensibilité comprennent les régions où aucun habitat d'été du béluga ou du narval n'a été recensé, les habitats d'été situés loin au large (> 100 km), en eaux profondes (ailleurs qu'au rebord continental) et en eaux libres, ou les régions caractérisées, en hiver, par une concentration de glace toujours très serrée et par la présence de banquise côtière.

Selon Laidre et al. (2008), l'habitat d'été du narval est principalement de nature côtière, tandis qu'il utilise les eaux profondes du large surtout pendant les mois d'hiver. De même, les bélugas préfèrent les environs côtiers pendant l'été. Par conséquent, un habitat d'été de faible sensibilité pour les baleines à dents a été identifié dans la majeure partie de la portion extracôtière de la zone d'étude de l'est de l'Arctique. Une étroite bande d'habitat côtier de faible sensibilité, s'étendant du sud de Clyde River jusqu'à la péninsule Cumberland, a été répertoriée, étant donné que les aires de répartition des narvals et des bélugas n'englobent pas cette région.

En hiver, deux régions de faible sensibilité ont été répertoriées : i) une étroite région côtière s'étendant de Pond Inlet à la péninsule Cumberland (pour tenir compte de la présence de glace de rive dans cette région pendant la majeure partie de l'hiver); et ii) les régions au large de la baie de Baffin et du détroit de Davis qui présentent systématiquement une grande concentration de glace pendant tous les mois d'hiver (selon les cartes illustrant la médiane sur 30 ans de la concentration des glaces).

Mesures d'atténuation

Les mesures d'atténuation visant à réduire les effets potentiels sur les baleines boréales (section 4.2.4) s'appliquent également aux baleines à dents. Les sources de données utilisées pour déterminer les habitats du narval et du béluga sont présentées à la figure 4 7. La répartition des narvals et des bélugas dans l'est de l'Arctique n'est pas très certaine, et cela découle en partie de la nature très dynamique de la glace de mer dans cette région et de la difficulté d'étudier des mammifères marins relativement petits, qui sont sous l'eau pendant plus de 90 % du temps, dans de vastes régions.

Effets potentiels des changements climatiques

Béluga

Les effets des changements climatiques sur les bélugas sont incertains. Les bélugas sont extrêmement bien adaptés aux eaux arctiques, tout en étant capables de survivre loin des glaces de mer : ils choisissent parfois des habitats en eaux libres au moins pendant une partie de l'année (Moore et Huntington, 2008). Les changements climatiques entraîneront vraisemblablement des modifications de l'étendue et de la durée de la glace de mer, ce qui pourrait perturber les migrations des bélugas et les pousser à pénétrer plus avant dans l'environnement arctique, leur permettant peut‑être d'exploiter de nouvelles aires d'alimentation (Huntington, sous presse).

La modification des régimes de glace de mer sous l'effet des changements climatiques aura une incidence sur le moment et l'étendue de la production primaire, ce qui pourrait avoir des effets négatifs sur les proies des bélugas ou modifier l'emplacement de ces proies (Moore et Huntington, 2008).

On a également imputé aux changements climatiques des augmentations du nombre d'épaulards le long des côtes du Nunavut (Higdon, 2007). De tels changements dans l'aire de répartition des épaulards pourraient accroître la prédation des bélugas, entraînant ainsi des incidences plus élevées de mortalités, de blessures et de comportements d'évitement (Higdon, 2007). Cela, couplé à la réduction des refuges glaciels disponibles, pourrait avoir des effets négatifs sur la population de bélugas (Higdon, 2007; Moore et Huntington, 2008; Huntington, sous presse).

Narval

En raison de leur forte association avec la glace, les changements climatiques pourraient provoquer des modifications de l'habitat, des habitudes migratoires et des taux de prédation. Les changements de la productivité primaire pourraient modifier l'emplacement des proies et entraîner l'occupation de nouvelles aires d'alimentation (Moore et Huntington, 2008). Les narvals suivent les lisières des glaces durant la migration, et des changements quant au moment où surviennent la débâcle et le gel pourraient modifier leur cycle migratoire saisonnier (Moore et Huntington, 2008). Des changements dans l'étendue et la durée de la glace de mer ont entraîné une présence accrue des épaulards au Nunavut (Laidre et al., 2006). En raison de leur prédation des narvals, il est probable que, si cette tendance se maintient, davantage de narvals seront tués par des épaulards. De tels changements climatiques pourraient aussi réduire l'habitat ou le couvert d'abri, augmentant ainsi le risque de prédation par les épaulards, les ours blancs et les chasseurs, et exposant les narvals au rude milieu marin de la baie de Baffin (Moore et Huntington, 2008).

Selon Laidre et al. (2008), les narvals semblent être l'une des trois espèces de mammifères marins arctiques les plus sensibles aux changements climatiques (principalement en raison de leur dépendance de la glace de mer et de leur alimentation spécialisée).

Épaulard

Au cours des dernières années, des chasseurs inuits ont remarqué une augmentation du nombre d'épaulards dans tout le Nunavut, en particulier dans la baie d'Hudson, où ils n'avaient jamais été observés avant le milieu des années 1900 (Reeves et Mitchell, 1988). Cette augmentation a été liée à une réduction de la glace de mer dans le détroit d'Hudson, ce qui donne à croire que la réduction du couvert de glace a influé sur les déplacements et la répartition des épaulards, leur permettant à la fois d'étendre leur aire de répartition et de demeurer plus longtemps dans les régions arctiques (Higdon, 2007). Cela a des répercussions sur l'écosystème arctique, car la hausse du nombre d'épaulards au Nunavut accroîtra probablement les taux de prédation (Higdon, 2007).

Références