Caribou de Peary

Autres composantes d'intérêt dans cette région :
Ours blanc | Baleines boréales | Bélugas | Phoques annelés | Caribou de Peary Oiseaux migrateurs | Chasse traditionnelle | Déversements

Été
Chasse traditionnelle - été

Hiver
Chasse traditionnelle - hiver

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Caractéristiques des composantes valorisées

Habitat essentiel

Le caribou de Peary préfère la toundra mésique et le désert polaire, où la végétation se compose de lichens, de graminées, de cypéracées et de plantes herbacées non graminoïdes (Parker et Ross, 1976). En hiver, il préfère les terrains élevés où il peut plus facilement s'alimenter en raison de la couverture neigeuse moins épaisse (Parker et Ross, 1976).

Selon Kevan (1974), les caribous de Peary de l'île Banks, accompagnés ou non de faons, préféraient notablement les terrains bien drainés des collines ou des pentes présentant des tertres (hummocks) peu développés, dominés principalement par le Dryas integrifolia et le Kobresia myosuroides (Kevan, 1974). Les caribous de Peary accompagnés de faons semblaient modérément préférer les zones humides où poussent des plantes comme l'Eriophorum scheuchzeri et le Carex aqatalis, ainsi que les terrains bien drainés des collines et des pentes présentant des tertres (Kevan, 1974). La végétation des tertres bien développés comprenaient le Dryas integrifolia et le Cassiope teragona. Les types d'habitat moins affectionnés comprenaient les terrains pierreux dénudés et les zones couvertes de neige (Kevan, 1974).

Île Banks

Les aires de mise bas essentielles sont situées dans les secteurs nord-est, sud-est et nord-ouest de l'île (Larter et Nagy, 2000a; Kevan, 1974). De fortes densités de caribous de Peary accompagnés de faons ont été observées dans le nord-est de l'île Banks en juin (Kevan, 1974). Kevan (1974) a indiqué que certaines zones précises de l'extrémité nord de l'île devraient être considérées comme essentielles pour la survie du caribou au printemps (figure 8-2). Larter et Nagy (2000a) ont observé que l'aire d'estivage du caribou de Peary se trouve dans le nord-ouest de l'île. Toutefois, ils ont aussi observé des caribous de Peary à l'extrémité sud-est de l'île en juillet 1998, tout comme à l'extrémité nord-ouest en juillet 1998 et 1999 (Larter et Nagy, 2000b). L'aire d'hivernage a été localisée dans le secteur sud-ouest de l'île (Larter et Nagy, 2000a).

Îles Reine-Elizabeth occidentales

Les données existantes concernant l'habitat essentiel du caribou de Peary dans les îles Prince-Patrick, Eglinton et Melville sont limitées (p. ex. Miller et al., 1977a; Miller et al., 1977b; Larter et Nagy, 2000b). Les zones d'estivage, d'hivernage et de mise bas n'ont pas été clairement repérées dans ces îles. La seule exception pourrait être l'extrémité sud de la péninsule Dundas (île Melville), où le caribou de Peary pourrait estiver (Larter et Nagy, 2000b). Des données recueillies par Miller et al. (1977a) en 1973 et 1974 laissent penser que de forts effectifs de caribous migrent de façon saisonnière et interchangeable entre ces îles. Une interprétation possible de ces données est que l'aire d'estivage d'un groupe donné de caribous pourrait servir d'aire d'hivernage pour un groupe différent, et vice versa.

Île Eglinton

Miller et al. (1977a) ont noté que les caribous semblaient être concentrés à l'extrémité sud de l'île Eglinton en juin et juillet 1974 (figure 8-2). Un total de 57 caribous ont été observés en groupes séparés dans ce secteur de l'île. En 1973, environ 87 % des caribous ayant hiverné dans l'île ont migré dans l'île Melville ou dans l'île Prince-Patrick au printemps ou au début de l'été (Miller et al., 1977a). Par contre, 50 % des caribous ayant hiverné dans l'île Prince-Patrick ont migré soit dans l'île Melville ou dans l'île Eglinton également au printemps ou au début de l'été (Miller et al., 1977a).

Île Melville

Larter et Nagy (2000b) ont observé que la concentration estivale de caribous de Peary dans l'île Melville en juillet 1998 et 1999 se trouvait à l'extrémité sud de la péninsule Dundas. Ces auteurs ont indiqué que la majorité des caribous de l'ouest de l'île Melville étaient rassemblés à cet endroit. En juin et juillet 1974, Miller et al. (1977a) ont repéré de petits groupes de caribous de Peary dans l'ensemble de l'île (figure 8-2). Les données recueillies dans le cadre d'une étude menée en 1973 ont révélé qu'il y avait dans l'île 40 % de plus de caribous durant l'été que durant l'hiver (Miller et al., 1977a).

Île Prince-Patrick

Miller et al. (1977) ont observé qu'en juin et juillet 1974, les caribous étaient rassemblés à l'extrémité centre-est de l'île Prince-Patrick, plus précisément sur les terres de l'île proches de la pointe Dames (14 caribous), de la pointe Manson (162 caribous) et de la pointe Wilkie (33 caribous) (figure 8-2). En 1973, environ 50 % des caribous ayant hiverné dans l'île Prince-Patrick ont migré dans l'île Melville ou dans l'île Eglinton au printemps ou au début de l'été (Miller et al., 1977a). Par contre, environ 87 % des caribous ayant hiverné dans l'île Eglinton ont migré dans l'île Melville ou dans l'île Prince-Patrick également au printemps ou au début de l'été (Miller et al., 1977a). En avril 1974, Miller et al. (1977b) ont observé 1234 hivernants dans l'île Prince-Patrick, et seulement 46 % y sont demeurés pour l'été.

Justification du choix

Le caribou de Peary a été choisi comme composante valorisée de l'environnement (CVE) principalement à cause de son importance culturelle et alimentaire pour les collectivités inuites (Tews et al.,  2007). À l'île Banks, il constitue un important aliment traditionnel pour les habitants de Sachs Harbour (Larter et Nagy, 2000). Le caribou de Peary est protégé par des accords de revendications territoriales passés avec les Inuvialuit (COSEPAC, 2004). De plus, le caribou est géré par des organisations de revendication territoriale et les gouvernements territoriaux.

Le caribou de Peary a aussi été choisi comme CVE en raison de leur inscription sur les listes d'espèces en péril des Territoires du Nord-Ouest et du gouvernement fédéral. Dans les Territoires du Nord-Ouest, il est désigné en péril (At Risk) (NWT, 2009a). La population de l'île Banks et celle du haut Arctique figurent à l'annexe 2 de la Loi sur les espèces en péril sur la liste des espèces en voie de disparition, tandis que la population du bas Arctique y figure sur la liste des espèces menacées (LEP, 2009).

Viabilité

Les effectifs de caribous de Peary des îles Reine-Elizabeth sont à la baisse (Miller et Gunn, 2003), comme l'a été celui de l'île Banks (Fraser et al., 1992; McLean et al., 1992). Depuis un certain nombre d'années, l'effectif de l'île Banks semble stable ou en croissance lente (J. Nagy, comm. pers., le 2 février 2004, dans COSEPAC, 2004). Les baisses d'effectifs peuvent s'expliquer par la chasse, la prédation naturelle ou de mauvaises conditions hivernales (McLean et Fraser, 1992). Dans leur étude, Miller et Gunn (2003) ont conclu que les mortalités massives observées ont été le plus probablement causées par de mauvaises conditions hivernales qui ont réduit l'accessibilité de la nourriture, d'où la malnutrition et la mort par inanition.

Les caribous de Peary vivant à l'intérieur ou à proximité de la zone couverte par l'OGERP bénéficient d'une protection territoriale (NWT, 2009a) et fédérale (LEP, 2009) du fait de leur inscription sur les listes d'espèces en péril des gouvernements des Territoires du Nord-Ouest et du Canada (voir la section 8.2). Le caribou de Peary est aussi protégé par des accords de revendication territoriale passés avec les Inuvialuit (COSEPAC, 2004). De plus, dans l'île Banks, le parc national du Canada Aulavik, où l'on trouve de l'habitat essentiel pour le caribou de Peary, protège les caribous qui y vivent. En 2010, le caribou de Peary et son habitat se trouveront aussi protégés par la nouvelle Loi sur les espèces en péril (TNO) des Territoires du Nord-Ouest (NWT, 2009b).

On a avancé que la chasse pouvait avoir été une cause de la baisse de l'effectif de caribous de Peary dans l'île Banks (McLean et Fraser, 1992). En outre, selon Gunn et al. (2006), la réduction des limites de prises pourrait aider à rétablir les populations. En 1991, la population de l'île Banks a été évaluée comme en voie de disparition par le COSEPAC (COSEPAC, 2004). Ultérieurement, le caribou de Peary a été évalué séparément du caribou de la toundra dans un rapport de situation mis à jour, et en mai 2004, il a été désigné en voie de disparition parce que ses effectifs étaient encore en baisse (COSEPAC, 2004). Le gouvernement fédéral mène actuellement des consultations étendues en vue de l'inscription du caribou de Peary comme espèce en voie de disparition à l'annexe 1 de la Loi sur les espèces en péril. Le caribou de Peary est actuellement géré par des organisations de revendication territoriale et le gouvernement des Territoires du Nord-Ouest. Ces entités collaborent pour assurer la préservation du caribou de Peary tout en en permettant une récolte raisonnable. La seule chasse autorisée est la chasse de subsistance pratiquée par les Inuvialuit. Depuis 1991, le quota de chasse pour les résidants de Sachs Harbour est de 36 caribous (seulement un mâle) (Madsen, 2001). Une gestion soutenue de la chasse devrait permettre aux populations de caribous de Peary de se maintenir, là où cet animal est chassé (p. ex. dans l'île Banks) (COSEPAC, 2004). En général, les populations de caribous ne devraient pas être affectées par la chasse dans la mesure où les biologistes et les collectivités s'entendent pour en assurer la conservation (COSEPAC, 2004).

Il peut y avoir de façon intermittente croissance des populations de caribous de Peary sur de nombreuses années si les populations de loups demeurent stables et si les couverts de neige et de glace extrêmes se trouvent réduits par des conditions météorologiques favorables (Miller et Barry, 2009). On ne peut agir sur les conditions météorologiques, mais la gestion des populations de loups peut aider à maintenir les populations de caribous de Peary. Par exemple, en 2001, on a observé une croissance de la population de caribous de l'île Banks par suite de l'accroissement de la récolte de loups par les chasseurs inuits dans les années 1990 (J. Nagy, comm. pers., 2004, dans Gunn et al., 2006).

Les effets des changements climatiques sur le caribou de Peary sont actuellement incertains et pourraient être tant positifs que négatifs (voir la section 8.4).

Vulnérabilité au développement

Peu d'études sur les effets de l'activité humaine sur le caribou de Peary ont été effectuées (Beaks Consulting, 1975; Miller et Gunn, 1979; Gunn et Miller, 1980; Miller et Gunn, 1981). On a observé que les caribous de Peary semblent très bien tolérés les véhicules sismiques; cependant, ils sont dérangés par la les motoneiges passant à moins de 100 m (Beaks Consulting, 1975). Plusieurs études se sont penchées sur la réaction des caribous de Peary au dérangement par un hélicoptère (Miller et Gunn, 1979; Gunn et Miller, 1980; Miller et Gunn, 1981) : les femelles et les faons sont les plus affectés, mais ils reprennent rapidement leurs activités normales (Miller et Gunn, 1979; Gunn et Miller, 1980). En outre, les faons sont significativement plus enjoués et plus excités en présence d'un hélicoptère (Miller et Gunn, 1981). Les groupes de grande taille et les groupes renfermant des faons semblent plus affectés que les petits groupes (Miller et Gunn, 1979). Bien que l'impact de la présence d'un hélicoptère sur les caribous semble minime et temporaire, les dépenses énergétiques durant le dérangement et les effets à long terme sont inconnus (Miller et Gunn, 1979).

Aucune étude sur les effets à long terme des activités industrielles sur le caribou de Peary n'a été effectuée. Miller et Gunn (1979) ont formulé plusieurs commentaires concernant les effets anticipés de l'activité humaine sur cet animal. Par exemple, les activités humaines pourraient avoir un effet négatif sur l'alimentation quotidienne des caribous, les migrations et déplacements interinsulaires, le flux génique et le repeuplement des îles. En outre, selon Parker et al. (1975), les effets des activités industrielles se déroulant à proximité de populations de caribous mal nourris pourraient être significatifs. De plus, Miller et al. (1977a) ont avancé que les effets d'un pipeline dans l'Arctique serait difficile à déterminer en raison des déplacements interinsulaires saisonniers des caribous de Peary. De nouveaux travaux de recherche devront être réalisés pour déterminer les effets à long terme des activités humaines sur les populations de caribous de Peary.

Effets résiduels potentiels des perturbations industrielles

Les perturbations industrielles à court ou à long terme peuvent avoir des impacts résiduels sur les populations de caribous de Peary. Les activités industrielles se déroulant à terre ou entre les îles de la Reine-Elizabeth occidentales auraient probablement un plus grand impact sur les caribous que les activités se déroulant dans la mer de Beaufort ou le détroit de McClure. Dans l'avenir, le trafic maritime et le déglaçage au début et à la fin de la saison de navigation pourraient perturber la migration des caribous de Peary entre les îles Banks et Victoria.

Les effets résiduels des activités industrielles pourraient se solder par une perte réelle d'habitat, communément associée à l'« empreinte » de ces activités, ou par une perte effective d'habitat, les caribous se trouvant alors à éviter les milieux voisins des les lieux d'activité industrielle. Les activités industrielles peuvent aussi obliger les caribous de Peary à emprunter des voies migratoires qu'ils aiment moins ou plus longues. De plus, les perturbations industrielles peuvent accroître les dépenses énergétiques des caribous. Les effets résiduels potentiels du développement industriel à long terme sur le caribou de Peary à l'intérieur ou à proximité de la zone couverte par l'OGERP comprennent :

  • la perturbation ou la perte d'aires de mise bas essentielles;
  • la perturbation ou la perte de zones d'hivernage et d'estivage essentielles;
  • des entraves aux déplacements et migrations entre zones d'habitat essentiel;
  • des dépenses énergétiques accrues découlant de l'accroissement des perturbations industrielles.

Les caribous de Peary sont le plus vulnérables à la fin de l'hiver (Miller et al., 1982), particulièrement quand l'hiver est rigoureux (Miller et Gunn, 2003). Durant les hivers rigoureux, l'accroissement des dépenses énergétiques lié à un accroissement des perturbations industrielles pourrait menacer la survie d'une population. Par conséquent, des mesures d'atténuation et des restrictions additionnelles visant les activités industrielles pourraient être nécessaires près des zones d'habitat essentiel et des voies migratoires à la fin de l'hiver et au début du printemps.

Mesures d'atténuation

Selon la documentation consultée, les caribous de Peary sont le plus vulnérables durant les migrations hivernales interinsulaires, durant la période de mise bas et à leurs zones d'hivernage et d'estivage essentielles. Les activités pouvant avoir un impact négatif sur le caribou de Peary comprennent :

  • toute activité ayant lieu en hiver (p. ex. trafic maritime et déglaçage au début et à la fin de la saison de navigation) entre les îles Banks et Victoria et près des îles Prince-Patrick et Eglinton;
  • les vols d'aéronefs à basse altitude près de zones d'habitat essentiel (figure 8-2);
  • les activités en eau libre près du littoral;
  • les activités à terre (p. ex. campements, chemins d'accès, pipelines, concessions, bandes d'atterrissage, postes d'avitaillement en carburant des aéronefs, etc.) près de zones d'habitat essentiel et entre les voies migratoires.

On peut envisager diverses stratégies dans la planification des mesures d'atténuation propres à chaque projet en se basant sur le sommaire des effets résiduels des projets, l'habitat essentiel, la saisonnalité des déplacements des caribous et les critères utilisés pour la cotation des mailles du quadrillage. Les stratégies suivantes ne doivent pas être comprises comme des mesures devant être prises de façon imminente, mais elles peuvent s'avérer précieuses dans la planification de projets.

  • Le gouvernement fédéral et le gouvernement du territoire concerné pourraient de façon concertée exiger des permis si des activités industrielles sont proposées dans l'habitat du caribou.
  • Éviter les perturbations des caribous de Peary issues des activités industrielles. Les conditions des permis interdisent habituellement de telles perturbations.
  • Plan d'intervention en cas de déversement et plan d'urgence.
  • Réduire ou éliminer les perturbations ou activités humaines près des aires de mise bas d'avril à août.
  • Réduire ou éliminer les perturbations ou activités humaines près des zones d'estivage et d'hivernage essentielles.
  • Éviter de nuire aux déplacements et aux migrations des caribous.

Des restrictions et des mesures d'atténuation supplémentaires pour les activités industrielles pourraient être nécessaires près des zones d'habitat essentiel et des voies migratoires à la fin de l'hiver et au début du printemps.

Changements climatiques

On prévoit des changements climatiques notables dans l'Arctique canadien. Par exemple, des modèles ont prévu un accroissement de la température moyenne de l'air et des précipitations ainsi qu'une réduction du couvert de neige et de glace (Kattsov et Kallen, 2005). L'accroissement des températures entraîne un accroissement de la biomasse végétale, une réduction de la qualité nutritionnelle de la végétation, et un accroissement des populations d'insectes (Gunn et al., 2009). En plus de températures plus élevées, on prévoit un accroissement du niveau de la mer (Church et White, 2006) et une réduction ou une disparition du couvert de glace (Stroeve et al., 2007). Malgré les avertissements concernant les changements climatiques futurs, il existe peu d'études portant sur les effets de ces derniers sur les espèces sauvages (Tews et al., 2007).

Les changements climatiques passés ont eu un impact sur les populations de caribous de Peary, et celles-ci se sont adaptées (Ferguson, 1996). Les changements climatiques futurs devraient aussi avoir des effets, négatifs ou positifs, sur ces populations (Tews et al., 2007). Une seule étude de modélisation a été effectuée concernant les effets des changements climatiques sur le caribou de Peary (Tews et al., 2007). Dans cette étude, les paramètres du modèle étaient les suivants : 1) accroissement des événements perturbateurs, 2) accroissement de la difficulté d'accès à la nourriture, et 3) accroissement de la biomasse. Les résultats de l'étude ont montré qu'il pourrait y avoir une réduction significative des pertes d'effectifs de caribous en hiver dans les années présentant des conditions difficiles si la biomasse augmente de 50 % et si les événements perturbateurs n'avaient pas d'effet sur l'alimentation. De même, Harding (2004) pense que l'accroissement des températures et la réduction des durées du couvert neigeux pourraient avoir un effet positif sur les populations de caribous de Peary. Par contre, des impacts négatifs sur les populations sont prévus si des conditions hivernales rigoureuses entraînaient une réduction de la disponibilité alimentaire de plus de 30 % sur les 100 prochaines années (Tews et al., 2007). De façon générale, il ressort que les changements climatiques prévus pourraient avoir sur le caribou de Peary des effets tant positifs que négatifs (tableau 8-1) (p. ex. COSEPAC, 2004; Harding, 2004; Tews et al., 2007).

Des changements climatiques sont déjà observables dans l'Arctique, et ils devraient avoir un impact sur les populations de caribous de Peary. Par exemple, les arbustes ont connu dans l'Arctique une expansion de leur aire de 320 km2 au cours des 50 dernières années (Sturm et al., 2001). Par conséquent, les couverts de neige et de glace extrêmes pourraient ne plus constituer un problème si des espèces végétales plus hautes et plus fortes commencent à pousser dans les aires d'alimentation du caribou de Peary. Par ailleurs, le niveau de la mer augmente lentement (Church et White, 2006), ce qui pourrait forcer les caribous à gagner des terrains plus élevés (COSEPAC, 2004). De plus, l'étendue de la glace de mer arctique serait en diminution (Stroeve et al., 2007), ce qui pourrait limiter ou empêcher les déplacements interinsulaires des caribous de Peary. On ne sait pas très bien quels seront les effets futurs des changements climatiques sur le caribou de Peary, effets qui apparaissent très variables, mais il appert que cet animal s'est adapté aux changements climatiques passés (Ferguson, 1996).

Niveaux de sensibilité et cotes

Les zones présentant la plus grande sensibilité sont habituellement les zones offrant une alimentation de qualité ainsi que les corridors de déplacement et de migration nécessaires pour assurer la survie des caribous d'année en année. Comme pour les autres CVE, dans l'évaluation de la sensibilité au développement des mailles du quadrillage, toutes les périodes doivent être prises en compte. Les habitats supportant des stades vitaux essentiels doivent être considérés sans égard à la saison dans laquelle ils sont le plus utilisés, parce que les impacts d'une perte d'habitat se produisant dans une saison donnée peuvent s'étendre au-delà de cette saison.

Été : sensibilité pour la période allant du 1er mai au 31 octobre (figure 8-3)

Dans la zone d'étude, les aires de mise bas essentielles se trouvent dans les secteurs nord-est, sud-est et nord-ouest de l'île Banks (Larter et Nagy, 2000a; Kevan, 1974). Kevan (1974) a indiqué que certaines zones précises de l'extrémité nord de l'île devraient être considérées comme essentielles pour la survie du caribou au printemps (figure 8-2). Des zones d'estivage pour le caribou de Peary sont présentes dans le nord-ouest de l'île (Larter et Nagy, 2000a; Kevan, 1974).

Sensibilité faible à modérée (2) :

Toutes les parties de l'île Banks qui ne sont pas identifiées comme aires de mise bas et zones d'estivage et d'hivernage sont considérées comme présentant une sensibilité faible à modérée en raison de la migration des caribous entre ces lieux au printemps et à l'automne. Ces parties présenteraient la plus forte sensibilité durant la migration printanière (avril à juin) et la migration automnale (août à octobre). Des caribous de Peary peuvent aussi être dispersés en faibles densités dans l'ensemble de l'île.

Sensibilité modérée (3) :

Zones d'hivernage essentielles connues.

Sensibilité modérée à élevée (4) :

Zones d'estivage situées dans le nord-ouest de l'île Banks.

Sensibilité élevée (5) :

Aires de mise bas des secteurs nord-est, sud-est et nord-ouest de l'île Banks. Ces aires présenteraient la plus forte sensibilité de mai à août.

Hiver : sensibilité pour la période allant du 1er novembre au 30 avril (figure 8-4)

Dans la zone d'étude, l'aire d'hivernage a été localisée dans le secteur sud-ouest de l'île Banks (Larter et Nagy, 2000a). Les caribous de Peary sont le plus vulnérables à la fin de l'hiver (Miller et al., 1982), particulièrement quand l'hiver est rigoureux (Miller et Gunn, 2003). Durant les hivers rigoureux, l'accroissement des dépenses énergétiques lié à un accroissement des perturbations industrielles pourrait menacer la survie d'une population. Par conséquent, un risque plus élevé est associé à l'important habitat d'hivernage.

Sensibilité faible à modérée (2) :

Zones d'estivage situées dans le nord-ouest de l'île Banks. Toutes les parties de l'île Banks qui ne sont pas identifiées comme aires de mise bas et zones d'estivage et d'hivernage sont considérées comme présentant une sensibilité faible à modérée en raison de la migration des caribous entre ces lieux au printemps et à l'automne. Ces parties présenteraient la plus forte sensibilité durant la migration printanière (avril à juin) et la migration automnale (août à octobre). Des caribous de Peary peuvent aussi être dispersés en faibles densités dans l'ensemble de l'île.

Sensibilité modérée (3) :

Aires de mise bas des secteurs nord-est, sud-est et nord-ouest de l'île Banks.

Sensibilité modérée à élevée (4) :

Zones d'hivernage situées dans le secteur sud-ouest de l'île Banks (octobre à avril).

Résumé

Le caribou de Peary a été choisi comme CVE en grande partie à cause de son importance culturelle et alimentaire pour les collectivités inuites. Dans les Territoires du Nord-Ouest, il est désigné en péril (At Risk) (NWT, 2009a). Au fédéral, la population de l'île Banks et celle du haut Arctique figurent à l'annexe 2 de la Loi sur les espèces en péril sur la liste des espèces en voie de disparition, tandis que la population du bas Arctique y figure sur la liste des espèces menacées (LEP, 2009). Dans la zone d'étude, des caribous de Peary sont présents dans l'île Banks toute l'année. Les aires de mise bas essentielles, utilisées de mai à août, sont situées dans les secteurs nord-est, sud-est et nord-ouest de l'île. Les zones d'estivage sont situées dans le nord-ouest de l'île et les zones d'hivernage, dans le sud-ouest. Dans la zone d'étude, les caribous se déplacent entre les aires de mise bas et les zones d'estivage et d'hivernage au printemps et à l'automne. On observe aussi une migration entre l'île Banks et le nord-ouest de l'île Victoria. On n'a pas rapporté de migration entre l'île Banks et les îles Reine-Elizabeth occidentales.

Une seule étude de modélisation a été effectuée concernant les effets des changements climatiques sur le caribou de Peary (Tews et al., 2007). Des impacts négatifs sur les populations sont prévus si des conditions hivernales rigoureuses entraînaient une réduction de la disponibilité alimentaire de plus de 30 % sur les 100 prochaines années; cependant, l'accroissement des températures et la réduction des durées du couvert neigeux pourraient avoir un effet positif sur les populations de caribous de Peary.

L'activité industrielle peut avoir des impacts liés au bruit anthropique, aux aéronefs volant à basse altitude, aux activités de développement dans l'île Bank, et au trafic maritime durant la période de couverture glacielle entre les îles entre lesquelles les caribous se déplacent. Les activités industrielles se déroulant à l'intérieur ou à proximité des aires de mise bas, des zones d'hivernage et des voies migratoires pendant que les caribous les utilisent pourraient éventuellement avoir un impact négatif à long terme sur la population.

Les niveaux de sensibilité établis pour le caribou de Peary reflètent la sensibilité environnementale des zones concernées aux activités humaines qui pourraient s'y dérouler. L'étendue spatiale, la durée et l'intensité des divers types de projets possibles sont variables, d'où une variété correspondante dans l'ampleur de leurs impacts potentiels. Dans la partie de l'île Banks se trouvant dans la zone d'étude couverte par l'OGERP, les zones présentant la plus forte sensibilité comprendraient des aires de mise bas pour la période allant de mai à août et des aires d'hivernage pour la période allant d'octobre à avril.

On peut envisager diverses stratégies dans la planification des mesures d'atténuation propres à chaque projet en se basant sur le sommaire des effets résiduels des projets, l'habitat essentiel, la saisonnalité des déplacements des caribous et les critères utilisés pour la cotation des mailles du quadrillage. Ces stratégies ne constituent pas nécessairement des mesures devant être prises de façon imminente, mais elles peuvent s'avérer précieuses dans la planification de projets.

Références

Voir les références utilisées pour l'information des chasses traditionnelles