Hal Mehaffey

Une entrevue avec Hal Mehaffey

Hal Mehaffey a fondé Mehaffey Consulting en 1992 après avoir occupé pendant huit ans le poste de gestionnaire de bande de la Première nation de Nacho Nyak Dun, à Mayo (Yukon). M. Mehaffey se spécialise dans la négociation des ententes sur les revendications territoriales et sur l'autonomie gouvernementale, des plans de mise en œuvre et des accords de transfert financier. Il a représenté la Première nation de Nacho Nyak Dun au cours de ses négociations et, en 1995, celle-ci est devenue une des quatre premières Premières nations du Yukon à mettre en œuvre son entente définitive et son entente sur l'autonomie gouvernementale. Depuis, M. Mehaffey a négocié pour d'autres Premières nations, dont la Première nation Selkirk, la Première nation Little Salmon/Carmacks et le gouvernement Tlicho aux Territoires du Nord-Ouest.

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Transcription

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MEAGAN PERRY (VOIX HORS CHAMP) : Hal Mehaffey est originaire de Philadelphie, mais il est venu s'établir au Yukon au début des années 1970 afin d'y gérer une ferme communautaire chrétienne. Lorsqu'il a quitté le Yukon, plus de 20 années plus tard, il était bien connu pour son action de soutien aux Premières nations du Yukon dotées de l'autonomie gouvernementale. Lors de nos nombreuses entrevues auprès de ceux et celles qui ont  participé à la mise en œuvre des ententes du Yukon sur les revendications territoriales et sur l'autonomie gouvernementale, le nom de Mehaffey est un de ceux qui revenaient régulièrement. En effet, Hal Mehaffey a commencé à s'intéresser à la question en 1984, alors qu'il a commencé à travailler comme administrateur de bande pour la Première nation des Nacho Nyak Dun, à Mayo. Robert Hager, qui a été chef des Nacho Nyak Dun, nous a raconté comment il avait rencontré Hal Mehaffey. 

ROBERT HAGER : C'est tout un personnage, vous savez! La première fois que j'ai rencontré Hal Mehaffey, c'était à Dawson. Il vendait des filets de poisson séché. Je me suis dit « Oh mon dieu, ce type a l'air pauvre. Je vais lui acheter du poisson. » Ce que je ne savais pas, c'est que Hal était un homme très instruit. Il en savait plus que nous tous sur tout – notamment sur la chose gouvernementale.

MEAGAN PERRY (VOIX HORS CHAMP) : Mehaffey a beaucoup aidé les Premières nations à opérer le passage entre le régime de la Loi sur les Indiens et le régime de l'autonomie gouvernementale. Voici ce que dit John Burdek, ancien président du Conseil des Ta'an Kwach'an : 

JOHN BURDEK : Avec le Conseil des Ta'an, nous en étions au processus de ratification, alors il y avait beaucoup de travail et quelques défis. Pensez que le vendredi on était une bande relevant de la Loi sur les Indiens et qu'après avoir voté on se réveille le lundi pour se retrouver en situation d'autonomie gouvernementale. Tout le monde jubile et se tape dans le dos. Une heure plus tard, on se retrouve autour d'une table et on se dit : « Ça alors! Et maintenant qu'est-ce qu'on fait? ». C'est tout un défi que de constituer un gouvernement. Heureusement, nous n'étions pas les premiers! On a donc pris le téléphone et on s'est mis à appeler des gens qui avaient fait ça avant nous et qui pouvaient nous conseiller et l'un des premiers que nous avons contactés a été Hal Mehaffey de la Première nation des Nacho Nyak Dun. Hal nous a fait gagner beaucoup de temps. 

MEAGAN PERRY : Si vous pouviez dire quelques mots à Hal Mehaffey au sujet de votre processus, que lui diriez-vous?

JOHN BURDEK : Je lui dirais « Merci beaucoup Hal, tu nous as fait gagner beaucoup de temps avec Ta'an et tu nous as vraiment mis dans la bonne voie. »

MEAGAN PERRY (VOIX HORS CHAMP) : Hal Mehaffey a travaillé avec douze des quatorze Premières nations du Yukon au cours des années qu'il a passées ici. Il a également joué un rôle dans l'élaboration de l'Accord-cadre définitif. C'est sur ce document que reposent toutes les ententes d'autonomie gouvernementales concernant le Yukon. Pendant que nous nous attelions à la réalisation de cette série, le Conseil des Premières nations du Yukon (CPNY) nous a suggéré de l'interviewer. Hal Mehaffey vit à Vancouver maintenant. Je l'ai donc appelé en janvier 2011 et nous avons parlé d'autonomie gouvernementale, de revendications territoriales et de l'histoire du Yukon.   

MEAGAN PERRY : Pouvez-vous me dire comment vous en êtes venu à vous intéresser aux questions d'autonomie gouvernementale et de revendications territoriales et comment ces ententes ont été appliquées, comment elles ont été « mises en œuvre », comme on dit.

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HAL MEHAFFEY : J'ai commencé à travailler pour la Première nation en 1984. J'étais administrateur de bande. Le processus de négociation des revendications territoriales était engagé et j'ai compris comment la situation pourrait changer et affecter la Première nation. La manière dont ça marchait est que chaque Première nation devait examiner l'entente et décider de ses priorités. On ne pouvait pas tout faire en même temps; il fallait d'abord que chacun évalue ses priorités et détermine par où il fallait commencer. Presque toutes les Premières nations ont commencé par l'élaboration de lois et de politiques, puis elles ont établi des relations avec le Canada et le Yukon et ont entrepris de renforcer leurs propres capacités pour pouvoir mettre en œuvre leurs ententes.

MEAGAN PERRY : Ces documents sont fort complexes et les négociations sont très laborieuses. Qu'est-ce qui vous a amené à vous intéresser à ces questions?

HAL MEHAFFEY : Je pense que c'est en bonne partie du fait qu'en tant qu'administrateur de bande je voyais comment les choses se passaient. Je voyais que ces ententes permettraient d'améliorer les choses et qu'en ayant des ententes on pourrait apporter des changements qui nous permettraient d'améliorer la situation et d'être plus efficaces.

MEAGAN PERRY : D'accord. Ainsi, vous pouviez voir que les ententes sur l'autonomie gouvernementale faciliteraient votre gestion.

HAL MEHAFFEY : Et bien, je n'étais pas sûr que cela faciliterait mon travail, mais je pensais que cela améliorerait la situation. Alors oui, il y avait place à l'amélioration et, à titre de gestionnaire de bande, je le voyais clairement.

MEAGAN PERRY : D'accord. Alors quand vous avez eu la chance de participer à la mise en œuvre des ententes sur l'autonomie gouvernementale, qu'en pensiez-vous? Est-ce que cela vous a emballé?

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HAL MEHAFFEY : Oui, je pense que c'était une excellente occasion de faire avancer les choses et d'établir des relations gouvernementales, surtout lorsque est venu de temps de discuter du plan de mise en œuvre et des autres questions connexes. C'était vraiment une belle occasion d'améliorer les choses.

MEAGAN PERRY : La réalisation de l'autonomie gouvernementale est un processus qui exige un engagement à long terme et la participation de toutes les parties concernées, à tous les paliers de gouvernement. Qu'est-ce que vous avez retenu de ce qui se disait pendant ces années où vous avez travaillé avec les Premières nations du Yukon? Que disaient de tout cela les Premières nations pour lesquelles vous avez travaillé?

HAL MEHAFFEY : Bien, j'ai beaucoup entendu parler de la vision des aînés, de ce qu'ils souhaitaient comme gouvernement, de la manière dont il devrait fonctionner et des relations qu'il faudrait établir avec les autres gouvernements. Et puis j'ai vu tout le dévouement et la détermination du chef, des conseils et des autres personnes qui ont soutenu le processus pendant longtemps. Ce fut un processus extrêmement ardu et laborieux, et il a fallu un dévouement extraordinaire et beaucoup de persévérance pour atteindre cette vision qui a été mise de l'avant par les Premières nations et les aînés. 

MEAGAN PERRY : Cela semble avoir été difficile.

HAL MEHAFFEY : Très difficile, oui. Il a fallu beaucoup de temps ne serait-ce que pour l'élaboration des ententes.

MEAGAN PERRY : Et comment vous sentez-vous par rapport à ces années où vous avez contribué au développement de l'autonomie gouvernementale dans le contexte du Yukon? Que pensez-vous de ces années-là?

HAL MEHAFFEY : Bien, ce qui me revient spontanément à l'esprit quand je pense à ce temps-là, ce sont les gens; comme je l'ai dit, j'ai commencé en 1984 et, à ce moment-là, il y avait les gens, les aînés qui avaient une vision – il y en a un, par exemple, qui venait me voir alors que je venais à peine d'arriver; il s'assoyait dans mon bureau et me racontait des histoires, non pas pour me divertir, mais pour passer un message, pour me dire comment les choses allaient se passer. Et aujourd'hui, je vois certains de leurs petits-enfants qui mettent ces choses en place et quand je pense à cela, à toutes ces réunions qui ont été tenues avec le Conseil des Premières nations, au caucus du CPNY, aux négociations que nous avons eues et aux relations qui se sont établies entre tous ces gens, j'ai vraiment beaucoup d'admiration pour leur persistance et leur détermination, et pour les bonnes relations qu'ils ont établies avec les gens du gouvernement. Il a vraiment fallu travailler ensemble et je pense qu'en général il y a eu beaucoup de bonne volonté de la part du Yukon et du gouvernement fédéral pour mettre tout cela en place, compte tenu des limites et des contraintes auxquelles ils étaient confrontés.     

MEAGAN PERRY : Y a-t-il eu un moment au cours de votre travail où vous avez senti que l'autonomie gouvernementale avait fait une percée, un moment où vous avez pu voir que l'autonomie gouvernementale avait des effets positifs sur la vie des résidents du Yukon?

00:08:10

HAL MEHAFFEY : Il ne me vient à l'esprit aucune situation en particulier en ce qui touche au développement culturel, politique et économique où ces ententes n'ont pas été positives. Lorsqu'une communauté obtient l'autonomie gouvernementale, c'est très positif pour tout le monde. Il ne peut en être autrement, parce que c'est la vie de 25 pour cent des gens qui s'en trouve améliorée.

MEAGAN PERRY : Il est parfois difficile pour les plus jeunes de réaliser les changements que l'autonomie gouvernementale a apportés dans leur vie de tous les jours. Pouvez-vous nous donner un exemple concret des bienfaits quotidiens que l'autonomie gouvernementale a pu apporter aux gens qui ne le réalisent peut-être pas?

HAL MEHAFFEY : Bien il s'est produit des changements dans pas mal de secteurs. Premièrement, lorsque les Premières nations ont établi leur constitution et leur nouveau gouvernement, elles ont presque toutes prévues un poste permanent pour un jeune au sein du conseil. L'objectif était de donner la parole à un jeune lorsque vient le temps d'établir des politiques, des procédures et des règles de fonctionnement, tout en lui montrant en quoi consiste un gouvernement et comment cela fonctionne. Donc, chaque Première nation a un jeune conseiller, ce qui est bien, et les ententes donnent de bien meilleures possibilités en ce qui a trait au soutien de l'éducation et de la formation des jeunes.

MEAGAN PERRY : Vous avez travaillé avec de nombreuses Premières nations du Yukon au fil des ans. Les priorités concernant les ententes sur l'autonomie gouvernementale et les revendications territoriales varient-elles beaucoup d'une Première nation à une autre? Avez-vous remarqué de grandes différences ou si les points de vue des Premières nations se rejoignent? 

HAL MEHAFFEY : Leurs points de vue sont assez similaires. Leurs objectifs généraux se rejoignent en ce qui touche la protection et la reconnaissance de leur culture et la reconnaissance de leur gouvernement. Mais la capacité de mise en œuvre diffère à certains égards. Non pas tant dans les objectifs que dans les moyens de mise en œuvre – la situation géographique fait toute la différence. Si une Première nation se trouve dans un endroit isolé, vraiment isolé, comme Old Crow, par exemple, ou dans une région rurale, elle voudra mettre davantage l'accent sur le développement des ressources et la création de nouvelles sources d'activité économique, qu'une Première nation située près de Whitehorse, par exemple, où les possibilités de développement économique et les occasions d'affaires sont plus nombreuses et plus facilement accessibles.

La taille de la Première nation a également une incidence sur le plan des capacités. Une Première nation de très petite taille peut présenter des problèmes de capacité car elle n'a pas  suffisamment de personnel pour tout faire, alors elle doit développer des synergies sans quoi il faudra laisser tomber certaines choses. Les Premières nations de plus grande taille sont mieux à même d'assurer car elles ont davantage de capacités ou de ressources. Donc c'est vraiment dans les moyens d'application que dans les objectifs et la vision des ententes qu'il y a des différences. 

MEAGAN PERRY : Les documents portant sur les revendications territoriales et sur l'autonomie gouvernementale des Premières nations du Yukon, à l'instar de l'Accord-cadre définitif, sont volumineux et complexes. Comment les expliquez-vous en termes simples aux gens qui ne sont pas très au courant de ces questions?

00:11:17

HAL MEHAFFEY : En fait, j'ai conçu une sorte de grille, que je ne peux évidemment pas très bien vous expliquer au téléphone, mais elle présentait les ententes dans leur application concernant  trois grands secteurs : gestion des ressources; développement des relations gouvernementales; gestion et prestation de programmes. Les Premières nations peuvent négocier leurs priorités à partir de ces trois secteurs – C'est difficile d'en dire davantage. C'est complexe.

MEAGAN PERRY : Oui. [Rires]

HAL MEHAFFEY : Sans cette grille c'est difficile à expliquer.

MEAGAN PERRY : Les ententes relatives à l'autonomie gouvernementale sont uniques au Canada et dans le monde, je crois, et leur mise en œuvre exige beaucoup de temps. Avez-vous une idée de la manière dont les gouvernements vont surmonter les difficultés inhérentes à toutes ces nouvelles approches?

HAL MEHAFFEY : Bien, j'ai pensé un peu à cela et, comme je l'ai déjà mentionné, les aînés, les chefs et les conseillers ont fait preuve d'une vision hors du commun et d'un dévouement extraordinaire lors des négociations sur les revendications territoriales. Certains sont décédés depuis, et si vous avez remarqué, il semble maintenant y avoir plus de jeunes chefs et de jeunes parmi les membres des conseils. Ils sont actuellement en période de transition et essaient de voir comment mettre les ententes en application et comment faire tout cela en collaboration avec les gouvernements fédéral et territorial. Donc on peut dire que les Premières nations et les autres ordres de gouvernement sont encore en période d'apprentissage et qu'il faut mettre beaucoup de temps pour finir par bien comprendre le fonctionnement de tout cela, à la fois pour les Premières nations et pour les autres gouvernements.   

Donc, je vois cela comme une période de transition actuellement et je pense qu'une troisième génération prendra la relève. Il faudra une troisième génération pour que tout cela soit mis en œuvre. Mais ce qui va vraiment nous amener à aller de l'avant, je pense que c'est cette persistance que j'ai vu chez les aînés, les chefs et les conseils qui négociaient les ententes et ces gens sont dans une phase de transition en quelque sorte et je pense qu'elle durera jusqu'à la prochaine génération. C'est un lent processus. Cela ne se fait pas – je veux dire, qu'il faille 15 ans ou peu importe le nombre d'années, cela va prendre encore un certain temps avant que tout soit mis en place. Mais comme je l'ai dit, j'étais à la réunion à Whitehorse, en octobre, et j'ai été témoin de cette même vision, de ce même dévouement de la part des Premières nations en autonomie gouvernementale et j'ai entendu les anciens, alors je pense que cela finira par se matérialiser.

MEAGAN PERRY : Comment vous sentez-vous après avoir participé à moment historique ?

HAL MEHAFFEY : Bien je suis simplement – je suis très heureux de m'être trouvé là au moment où cela a eu lieu. Ce fut une expérience vraiment enrichissante, comme je l'ai mentionné plus tôt. Vous savez, des relations très étroites ont été établies avec les gens là-bas. Nous avons passé des heures et des heures à travailler ensemble sur ces questions. Je suis vraiment heureux d'avoir pu le faire.

MEAGAN PERRY : D'accord. Merci de m'avoir accordé cet entretien aujourd'hui.

HAL MEHAFFEY : Merci.

MEAGAN PERRY (VOIX HORS CHAMP) : C'était Hal Mehaffey qui nous a parlé des ententes de règlement des revendications territoriales et d'autonomie gouvernementale du Yukon en janvier 2011. Cette série de fichiers balados vise à mieux faire connaître les ententes sur les revendications territoriales et l'autonomie gouvernementale des Premières nations du Yukon et les idées exprimées au cours de cette entrevue sont celles de M. Hal Mehaffey. La présente série de fichiers balados a été produite par le Groupe de travail sur la mise en œuvre, de concert avec le Conseil des Premières nations du Yukon, le gouvernement du Yukon, le gouvernement du Canada et les Premières nations autonomes du Yukon.






Le contenu de ces entrevues en balado vise à mieux faire connaître l'histoire des revendications territoriales et le processus de mise en œuvre de l'autonomie gouvernementale au Yukon en présentant les opinions et les idées d'une personne interviewée sur le sujet.

La série de balados Voix de la vision : Autonomie gouvernementale des Autochtones au Yukon a été créée en partenariat avec le Conseil des Premières nations du Yukon, le gouvernement du Yukon, le gouvernement du Canada et les Premières nations autonomes du Yukon.

  • Première nation Carcross/Tagish
  • Champagne and Aishihik First Nations
  • Conseil des Premières nations du Yukon
  • Première nation Kluane
  • Première nation Kwanlin Dun
  • Première nation Little Salmon/Carmacks
  • Première nation des Nacho Nyak Dun
  • Première nation Selkirk
  • Conseil Ta'an Kwach'an
  • Conseil Teslin Tlingit
  • Tr'ondëk Hwëch'in
  • Première nation Vuntut Gwitchin
  • gouvernement du Yukon
  • gouvernement du Canada