Claire et son grand-père

Auteur : Affaires autochtones et Développement du Nord Canada
Date : 2011
ISSN : R3/157/2011
QS- : QS-6152-020-BB-A1

Format PDF (1,68 Mo, 44 pages)

Table des matières

Introduction

L'histoire de Claire et son grand-père a été imaginée en vue de sensibiliser les jeunes aux nombreuses contributions et inventions des Autochtones. Peu importe leur âge, les enfants sauront certainement apprécier l'histoire et ses illustrations. Cependant, le récit est destiné tout spécialement aux enfants âgés de 7 à 12 ans et est conçu pour servir d'outil pédagogique polyvalent. Il pourrait être l'amorce d'une étude approfondie sur les contributions historiques et contemporaines des Premières nations et des Inuits, tant au Canada que dans le monde entier.

On invite le personnel enseignant et les parents à communiquer avec les collectivités autochtones, les centres d'éducation culturelle et les centres d'amitié de leur région pour obtenir d'autres renseignements sur les Autochtones, leurs cultures et leurs défis. Ceux et celles qui désirent obtenir des renseignements précis relativement à leur région peuvent consulter la liste des principales organisations autochtones, à la fin de la présente publication.

Les dernières pages de la publication sont réservées à un glossaire, où on a défini certains termes utilisés dans le récit.

Le personnel enseignant est autorisé à reproduire l'histoire de Claire et son grand-père à des fins pédagogiques.

Les résultats d'apprentissage

Les élèves pourraient être appelés à :

En plus de lire le récit, les enfants peuvent s'amuser à colorier les illustrations qui égaient la publication. En outre, Claire et son grand-père sert de point de départ à d'autres activités connexes que les enseignants peuvent intégrer au programme pédagogique actuel. Il y a certes plusieurs façons de présenter ce sujet aux élèves afin de le rendre intéressant. Voici quelques activités que l'on suggère.

Autres activités connexes

Déterminer – Après la lecture du récit, l'élève doit déterminer la contribution ou l'invention qu'il considère comme la plus importante et décrire son utilisation au fil du temps. Il prépare ensuite une rédaction ou une présentation orale, dans laquelle il décrit ce qu'aurait été le Canada sans cette contribution ou cette invention.

Approfondir – L'élève effectue une recherche approfondie sur les noms de lieux autochtones dans sa région. On pourrait lui demander d'illustrer la signification du nom d'un lieu dans son cours d'arts plastiques; par exemple, certaines appellations se traduisent par « rivière qui coule » ou par « endroit jonché d'os de caribous ».

Comparer – L'élève compare sa famille à celle de Claire. Il détermine la contribution que sa propre culture a apportée au Canada. On peut aussi demander à l'élève de désigner des éléments et des traditions qui ont été transmis d'une génération à l'autre au sein de sa famille. Il doit arriver à comprendre la richesse patrimoniale de tous les groupes culturels – y compris celle des peuples autochtones.

Demander – L'élève répond à des questions qui lui sont posées après la présentation de chaque contribution ou invention. Exemples : En quoi notre mode de vie actuel a-t-il été influencé par cette contribution particulière? Pourquoi cette invention est-elle nécessaire et comment est-elle mise à profit aujourd'hui? Quels changements ont été apportés au mode de vie traditionnel avec l'arrivée des moyens de transport modernes? Comment fabrique-t-on les canoës de nos jours? En quoi la version moderne diffère-t-elle de la version originale? Pourquoi la conception de base est-elle demeurée la même?

Discuter – Que signifie le mot collectivité? Pourquoi la collectivité revêt-elle autant d'importance pour les Autochtones et les non-Autochtones? L'élève doit énumérer différentes collectivités auxquelles il appartient : la famille, la communauté religieuse, le voisinage, une équipe sportive, les milieux ethniques, culturels, linguistiques et autres. L'élève trouve des ressemblances et des distinctions entre sa collectivité et diverses collectivités autochtones.

Raconter – Dans une présentation orale effectuée en groupe, les élèves font connaître des récits ou des légendes mémorables tirés de leur histoire familiale ou culturelle. On invite les élèves à s'enquérir d'anecdotes relatives à leurs antécédents familiaux auprès de leurs grands-parents ou d'autres membres de leur famille.

Rechercher – L'élève recherche des contributions contemporaines des Autochtones. Les sites Web suivants constituent de bons points de départ : le Carrefour jeunesse des Affaires autochtones et Développement du Nord Canada. L'élève dévoile le résultat de sa recherche au moyen d'une rédaction, d'une présentation devant la classe, d'une affiche ou d'un jeu de rôles.

Organiser – On prévoit une activité particulière pour souligner la Journée nationale des Autochtones, célébrée le 21 juin, ou on organise à l'école une semaine de sensibilisation à la culture autochtone.

Planifier une sortie éducative – L'élève participe à la visite d'un centre culturel, d'un centre d'amitié ou d'une collectivité autochtone. Il assiste à un exposé donné dans sa classe par un conférencier autochtone.

Échanger – Par l'entremise du programme des jeunes de Kanata (site Web non disponible en français), les élèves peuvent échanger des renseignements et des courriels avec des élèves fréquentant une école autochtone. Ce programme réunit trois écoles, dont l'une est autochtone.

Vous êtes intéressé à obtenir d'autres documents éducatifs sur les Autochtones? Vous apprécierez sûrement Le Cercle d'apprentissage, une série de publications que vous pouvez consulter dans le site d'Affaires autochtones et Développement du Nord Canada.

Claire et son grand-père

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Claire et son grand-père

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Dehors, les feuilles affichent de nouvelles couleurs, soulignant le début de l'année scolaire. Mme Okatsiak, notre enseignante, nous informe d'une activité que nous ferons en classe la semaine prochaine.

« Des personnes venant de tous les pays du monde se sont établies au Canada, nous explique-t-elle. Elles ont apporté avec elles des objets et des idées qui ont aidé à faire du Canada le pays que nous connaissons aujourd'hui. Je suis née dans un territoire que nous appelons le Nunavut et je suis Inuite. Ce peuple est l'un des premiers à s'être installés sur les terres qui forment maintenant le Canada. La semaine prochaine, j'aimerais que chacun de vous partage avec la classe ses origines et décrive ce que son peuple a apporté au Canada. »

À la récréation, j'interroge Paul Lambert sur ses origines.

Paul me répond : « Les parents de ma mère habitaient l'Irlande, tandis que la famille de mon père est venue de France il y a longtemps. Et toi, Claire, d'où vient ta famille? »

« J'appartiens à un peuple qui s'appelle les Odawas. »

« Ottawa? », réplique Paul, « mais c'est une ville, pas un pays! »

Je ne savais pas comment lui expliquer qu'Ottawa est à la fois le nom d'une ville et le nom de mon peuple.

En arrivant à la maison, je profite de l'heure du souper pour expliquer à mes parents le sujet dont nous allions parler en classe la semaine prochaine. Je leur raconte aussi la conversation que j'ai eue avec Paul au sujet d'Ottawa, qui est, selon lui, le nom d'une ville et non pas celui d'un peuple.

Le sourire aux lèvres, ma mère affirme: « J'ai bien l'impression que nous aurons besoin de l'aide de Grand-père. »

Toujours intéressé à mes activités, Grand-père est l'une des personnes que j'aime le plus au monde. Il a les cheveux blancs, et son visage est couvert de rides, parce que, selon Papa, il est toujours souriant et heureux. Maman croit que bien des gens aiment discuter avec Grand-père parce qu'il connaît beaucoup de choses.

Lorsque Grand-père arrive enfin, je lui parle du travail que je dois préparer pour l'école et de ce que Paul disait au sujet de la ville qui s'appelle Ottawa.

« Toi, Claire Whiteduck, tu descends du peuple des Odawas, l'une des Premières nations ayant habité la partie est des terres qui forment aujourd'hui le Canada. Les Inuits et les Premières nations sont des peuples autochtones qui vivaient au pays bien avant l'arrivée des pionniers. Assieds-toi, Claire, me suggère Grand-père, et permets-moi de t'en apprendre un peu plus sur le Canada. »

Grand-père étale alors sur la table une immense carte géographique sur laquelle se trouvent toutes les provinces, tous les territoires et toutes les villes du Canada.

Pendant que j'examine la carte, Grand-père me montre des lieux dont le nom est autochtone.

« Quand les Européens sont arrivés au Canada, les Inuits et les membres des Premières nations les ont aidés en leur indiquant des directions à suivre ou en leur donnant des conseils pour leurs déplacements au pays. Les colons donnaient parfois aux villes et aux rivières le nom d'endroits qu'ils avaient connus en Europe. Mais d'autres fois, ils demandaient aux Autochtones comment ils avaient baptisé ces lieux. La carte du Canada compte plusieurs endroits qui portent encore un nom autochtone. Peux-tu en repérer quelques-uns? »

En regardant la carte, je remarque que plusieurs villes, provinces ou territoires portent un nom autochtone. C'est le cas, par exemple, de Kamloops, de Toronto, de Québec, de Maniwaki, d'Oromocto, d'Iqaluit, de la Saskatchewan et du Nunavut.

« Les colons traduisaient parfois en français ou en anglais le nom des endroits qu'ils visitaient. Peux-tu m'indiquer quelques-uns de ces noms traduits? », me demande Grand-père.

Je consulte encore une fois la carte, et mon regard se pose sur Rivière-du-Loup, Medecine Hat et Moose Jaw.

« Bravo, s'exclame Grand-père. Tu sais, même le nom Canada a été emprunté aux Premières nations. Il vient du mot Kanata, qui signifie « village » dans les langues mohawk et huronne. À partir de maintenant, lorsque tu observeras la carte du Canada, tu y découvriras une foule de lieux dont le nom rappelle la contribution des Autochtones. »

« Que signifie le mot contribution? »

« Tu te rappelles quand Mme Okatsiak a raconté que les gens avaient apporté des objets et des idées de leur pays? Eh bien, ces objets et ces idées qui ont permis au Canada d'être ce qu'il est aujourd'hui sont des contributions. Il peut s'agir de connaissances, d'objets ou même d'habitudes de vie qui ont encore leur place dans le monde d'aujourd'hui. Comme c'est le cas des noms de lieux autochtones. »

« Connais-tu d'autres exemples qui expliquent la contribution des peuples autochtones? »

« Les arts, voilà un bon exemple, me répond-il. Lorsqu'il est question de l'art canadien, la plupart des gens venant de partout dans le monde pensent aussitôt à l'art autochtone. C'est par l'art que les Inuits et les membres des Premières nations expriment ce qu'ils pensent et montrent leur respect pour les merveilles de la nature. Les artistes autochtones réalisent des masques, des peintures, des sculptures, des paniers, des produits tissés et de superbes vêtements. De nos jours, au Canada, on conçoit des vêtements, des meubles et même des bâtiments en s'inspirant des artistes autochtones. On peut reconnaître des formes et des idées autochtones dans la façon dont a été construit le Musée canadien des civilisations, à Hull, au Québec. »

« Beaucoup de gens ne savent pas qu'il existe plusieurs styles d'art autochtones, poursuit Grand-père. Tu sais, les peuples autochtones ne sont pas tous identiques. Par exemple, les Inuits sont très différents des membres des Premières nations. Or, le Canada compte 610 bandes, qui se regroupent en 52 Premières nations. Chacune de ces Premières nations a sa propre façon de vivre et de comprendre le monde. »

Grand-père se met ensuite à parler des outils qu'employaient les Autochtones.

« Pour beaucoup d'Autochtones, la pêche a été et demeure une activité très importante. C'est à l'aide de bois que plusieurs Autochtones arrivaient à concevoir de grands pièges à poisson appelés bordigues. Dans le Nord, région où les arbres se font rares, on se servait plutôt de la pierre. Les bordigues ressemblent à un labyrinthe : les poissons empruntent des chemins sinueux qui les mènent jusqu'à un lieu central, généralement un grand étang, où il est facile de les attraper. De nos jours, les pêcheurs dressent les bordigues près du rivage et dans les cours d'eau afin de diriger le poisson jusqu'à eux. »

« Savais-tu que les Autochtones n'utilisaient pas le métal pour fabriquer leurs outils? », me demande Grand-père.

« Mais voyons, Grand-père! Presque tous les outils sont faits de métal. Difficile à croire que les peuples autochtones ont pu vivre sans le métal. »

« N'oublie jamais, Claire, que les Inuits et les membres des Premières nations ont vécu pendant des milliers d'années sans utiliser le métal. La pierre, le bois et les os étaient tout ce dont ils avaient besoin pour fabriquer des couteaux tranchants, des racloirs, des marteaux, des têtes de lance et des alènes. Certains outils que les Autochtones créaient étaient aussi coupants que les instruments qu'emploient les chirurgiens d'aujourd'hui. »

Intéressée par le sujet, Maman décide de prendre part à la discussion.

« Mme Okatsiak vous expliquera que, pour éviter d'être aveuglés par la blancheur de la neige, les Inuits ont conçu des lunettes à partir d'os, indique-t-elle. De plus, les Inuits fabriquaient un genre de couteau rond appelé ulu. Les femmes inuites se servaient de cet outil pour préparer la nourriture et nettoyer les peaux. L'ulu est encore utilisé aujourd'hui, bien qu'il soit maintenant fait de métal. »

Pendant ce temps, Alex, mon frère aîné, s'est joint à nous pour écouter les enseignements de Grand-père.

« Grand-père, expliquez à Claire comment les Inuits et les autres résidants du Nord ont réussi à vivre dans un climat aussi froid. »

Grand-père nous raconte alors que les Inuits ont découvert comment utiliser les peaux d'animaux en vue de garder leur famille bien au chaud et au sec.

« Par exemple, si le capuchon d'un manteau d'hiver était enveloppé de la fourrure du loup, il ne gelait ni ne collait au visage. Souvent, les Inuits confectionnaient des manteaux ou des parkas d'hiver au moyen de quatre sortes de peaux. En effet, certaines peaux sont utilisées pour leur imperméabilité, alors que d'autres savent garder la chaleur. Sans aucun doute, les Inuits sont des experts dans l'art de se maintenir au chaude et au sec. »

« Les Autochtones ont influencé la façon dont nous concevons aujourd'hui les vêtements d'hiver, ajoute mon frère Alex. Ils portent plusieurs épaisseurs de vêtements et savent combattre l'humidité. Bien que l'on se serve aujourd'hui d'autres sortes de tissus, on continue de prendre exemple sur les Inuits et les membres des Premières nations pour fabriquer des parkas, des pantalons de neige et de longues bottes de cuir lacées à l'avant. »

Grand-père reprend la parole : « Les peuples autochtones utilisaient surtout les matériaux qu'ils trouvaient dans la nature pour confectionner leurs abris et leurs vêtements. Savais-tu qu'à partir de l'écorce de cèdre, on arrive à fabriquer bien des choses? Les Premières nations vivant sur la côte Ouest assouplissaient de longs morceaux d'écorce puis les tissaient pour en faire des vêtements, des récipients et même des bijoux. À l'aide d'os, de cornes, de piquants de porc-épic et d'autres matériaux, les artistes autochtones ont créé certains des plus beaux bijoux modernes. »

Au moment où je questionnais encore une fois Grand-père au sujet des contributions des peuples autochtones, mon père décide de participer à la conversation.

« Aujourd'hui, plusieurs familles canadiennes aiment faire du canoë ou du kayak. Ces deux embarcations s'inspirent d'inventions des peuples autochtones », fait-il remarquer.

« C'est exact, confirme Grand-père. Le canoë peut supporter un poids très lourd. Mais il est assez léger pour être transporté jusqu'à un endroit sécuritaire s'il est difficile de naviguer sur certaines parties d'un cours d'eau. »

« Et les pagaies le rendent aussi facile à diriger! », d'ajouter Alex.

Quelle joie de me rappeler les visites d'été chez Grand-père et les promenades en canoë.

« Je crois qu'aujourd'hui, les gens font du canoë, car ils en retirent beaucoup de plaisir! »

« Imaginez que vous naviguez en kayak sur l'océan Arctique, loin du rivage, indique Maman. Quelle façon sécuritaire de chasser pour nourrir votre famille! »

« Aujourd'hui, des gens de partout dans le monde aiment faire du kayak et du canoë, avoue Grand-père. D'ailleurs, ces deux activités sont devenues des disciplines olympiques! »

« Claire, qu'as-tu mangé pour souper hier soir? », ajoute-t-il. Maman et Papa sourient.

« Euh… J'ai mangé de la courge, du maïs, du riz sauvage, de la dinde et des pommes de terre en purée… puis de la tarte à la citrouille. Mon dessert favori! »

Grand-père se met à rire. « Eh bien, presque tous les aliments que tu as mangés hier soir étaient très appréciés par les Premières nations des centaines d'années avant la venue des Européens au pays. Seules les pommes de terre font exception, car ce sont principalement les Autochtones vivant en Amérique du Sud qui nous les ont fait connaître. »

Grand-père m'informe que les Premières nations nous ont également initiés au sirop d'érable et au saumon fumé. Je suis incapable de m'imaginer que l'on puisse manger des crêpes au déjeuner sans les arroser d'abord de sirop d'érable!

Grand-père poursuit : « Les Premières nations, comme les Cayugas, les Mohawks et les Sénécas, cultivaient les « Trois Sours », c'est-à-dire le maïs, le haricot et la courge. Elles plantaient le maïs et le haricot sur une même butte afin de permettre au haricot grimpeur de s'agripper à la tige du maïs. Puis, elles plantaient la courge, qui poussait sur le sol plat entre les buttes, ses larges feuilles éloignant les mauvaises herbes. Les Autochtones ont beaucoup à nous apprendre sur la culture et la nature. »

À force de parler de nourriture, mon estomac se met à gargouiller bruyamment.

Grand-père éclate de rire. « La cuisine de Grand-mère m'a toujours donné mal à l'estomac. Heureusement, Grand-mère connaissait presque toutes les plantes qui pouvaient me soulager! Les Inuits et les membres des Premières nations connaissent très bien les plantes et les animaux. Ils utilisaient de nombreuses plantes comme nourriture ou comme médicaments. Ces connaissances, transmises d'une génération à l'autre, sont encore utiles de nos jours. »

« Personne ne connaît les plantes autant que ta grand-mère, me confie Papa. Grand-mère connaissait même une sorte de mousse que portaient les bébés en guise de couche. »

Maman me jette alors un coup d'oeil. « Te rappelles-tu quand Grand-mère avait fait bouillir du thé des bois pour soulager les maux d'estomac de ton frère? »

« Moi, je m'en souviens, fait remarquer Papa. Alex s'est vite remis sur pied, et nous avons enfin pu dormir! »

« Les plantes semblaient donner à Grand-mère le pouvoir de guérir toutes les maladies, avoue Grand-père. Tout ce dont elle avait besoin, elle le trouvait dans les plantes. Pas nécessaire d'avoir une trousse de premiers soins! »

« Claire, savais-tu que ce sont les Premières nations qui ont inventé l'un des sports nationaux? », me demande Alex.

« Le hockey? », dis-je, surprise.

« En fait, ce sport s'appelait la crosse! », réplique Alex en riant.

« Exactement, confie Grand-père. Il s'agit d'un sport rapide qui se joue avec un bâton recourbé muni d'un filet pour attraper une balle faite de caoutchouc dur. On a créé des ligues de crosse partout au Canada, aux États-Unis et dans d'autres pays. »

« De bien des façons, ajoute Maman, la crosse ressemble au hockey, à la différence que les participants ne jouent pas sur glace et que la balle touche rarement le sol. Plusieurs croient que le hockey dérive du jeu de la crosse. Selon certains sages, le mot hockey vient de aki (prononcé « agui »), un terme mohawk qui signifie « aille! » ou « ça fait mal! », cris que les joueurs de crosse mohawks poussaient quand la balle dure les heurtait. »

« Les Mi'kmaqs vivant en Nouvelle-Écosse pratiquaient le ricket, jeu qui ressemble beaucoup au hockey, » poursuit Grand-père.

« On compte de nombreux joueurs de hockey célèbres parmi les Autochtones. Il y a plusieurs années, on applaudissait George Armstrong, le capitaine du Maple Leafs de Toronto, ainsi que Johnny Bucyk, qui a remporté deux coupes Stanley et compté plus de 500 buts! Et on trouve, au nombre des joueurs plus jeunes, Gino Odjick, Chris Simon, Blair Atcheynum, Craig Berube et bien d'autres. »

« Aux Jeux olympiques de 2000 à Sydney, en Australie, Waneek Horn-Miller était capitaine adjointe de l'équipe canadienne de water-polo », fait observer Maman. Comme d'autres athlètes autochtones de calibre international, elle a marqué l'histoire des Jeux olympiques. « Nous pouvons, par exemple, être fiers de Tom Longboat, d'Alwyn Morris et d'Angela Chalmers, qui ont tous gagné des médailles olympiques. »

Grand-père me raconte aussi que les Salishs du littoral participaient à des courses en canoë le long de la côte de la province appelée aujourd'hui Colombie-Britannique. Même à cette époque, on connaissait de grands athlètes chez les Autochtones.

« Les Jeux olympiques représentent un événement bien connu, poursuit Grand-père. Plusieurs personnes connaissent aussi les Jeux autochtones de l'Amérique du Nord, qui ont lieu tous les ans. Des milliers d'athlètes autochtones de partout en Amérique du Nord se réunissent en vue d'apprendre les habitudes des autres participants. Ils s'affrontent dans des sports modernes, mais aussi dans des sports de compétition traditionnels, comme le coup de pied simple, une discipline inuite. »

« Grand-père, vous devriez raconter à Claire pourquoi la collectivité est si importante pour les peuples autochtones » suggère Maman.

« Bien sûr, la collectivité est essentielle pour tous les Autochtones, déclare Grand-père. Mais chaque peuple a sa propre façon de définir ce qu'est une collectivité. Les Autochtones, par exemple, croient que, pour rester forte, une collectivité doit être formée de personnes qui souhaitent le bien-être des autres. »

« Chez les Inuits et les membres des Premières nations, précise-t-il, un groupe formé d'un grand nombre de membres ressemble souvent à une vaste famille. Les membres s'entraident et aiment à passer du temps ensemble. »

« Le rôle du sage est très important dans les collectivités autochtones. En plus d'être une personne cultivée, le sage est souvent choisi parmi les personnes les plus âgées de la collectivité. On le consulte surtout pour obtenir des conseils. Les scientifiques se fient au savoir traditionnel des sages pour mieux comprendre la nature. Le sage donne des conseils et transmet des traditions à d'autres membres de la collectivité. Il possède une bonne qualité d'écoute et beaucoup d'expérience. »

« Claire, tu dois aussi savoir que la contribution des anciens combattants autochtones et les sacrifices qu'ils ont faits ont une importante signification, poursuit Grand-père. À l'occasion de la première et de la deuxième guerres mondiales, de la Guerre de Corée et d'autres conflits, plus de 7 000 Autochtones se sont engagés dans les forces armées en vue de défendre le Canada. »

« Vraiment? », dis-je, d'un air étonné.

« Oh oui. Certains de mes amis ont pris part à la bataille. Lors de la Première Guerre mondiale, les Autochtones ont été si nombreux à s'engager que certaines réserves ne comptaient plus que quelques hommes. »

« Plusieurs Autochtones de partout au Canada ont reçu des médailles et des félicitations pour leur héroïsme et leur habileté au combat. Pense à Tommy Prince, un héros bien connu. Aux yeux des combattants autochtones, la fierté de servir le pays compensait la difficulté d'être séparés de leur famille. C'est pour cette raison que certains d'entre eux ont choisi de travailler aujourd'hui comme gardiens de la paix dans divers pays », affirme Grand-père.

« Grand-père, n'oubliez pas d'expliquer à Claire la façon dont les Autochtones se gouvernent », souligne Papa.

« Bien sûr!, répond Grand-père. Les peuples autochtones ont toujours adopté leur propre forme de gouvernement. Avant l'arrivée des Européens, les nations iroquoiennes avaient déjà formé une confédération. »

L'air interrogateur, je demande aussitôt : « Qu'est-ce qu'une confédération? »

« Une confédération est un groupe de plusieurs nations qui travaillent ensemble tout en gardant leur indépendance, m'explique Grand-père. La Ligue des Iroquois était une confédération rassemblant cinq peuples : les Mohawks, les Oneidas, les Onandagas, les Cayugas et les Sénécas. Par la suite, un sixième groupe, appelé les Tuscaroras, s'est joint à eux. Réunies, les six nations étaient devenues plus fortes et pouvaient plus facilement faire du commerce, voyager et sortir gagnantes de la guerre. »

« Les représentants de chaque nation se réunissaient dans une maison longue, où chacun avait sa place, comme c'est le cas aujourd'hui au Parlement du Canada », précise Maman.

« Au sein de la confédération, les diverses nations discutaient de leurs problèmes et votaient sur l'adoption de solutions. C'est de cette façon que six groupes distincts ont réussi, malgré leurs différences, à former une nation plus forte. »

« Tout comme leurs ancêtres, les peuples autochtones ont, encore aujourd'hui, leurs propres lois et leur propre forme de gouvernement. »

Il y avait quelque chose que je n'arrivais toutefois pas à comprendre. Je lève les yeux vers Grand-père et demande : « Mais comment des groupes différents qui parlent des langues différentes arrivaient-ils à se comprendre? »

Grand-père sourit. « Parfois, les Autochtones communiquaient en faisant des gestes avec les mains. C'est ainsi qu'a été inventé l'un des premiers langages gestuels. Les spécialistes ont pris exemple sur les Autochtones lorsqu'ils ont créé le langage gestuel pour les malentendants. On choisit parfois d'améliorer une idée, en sachant qu'elle aidera à changer la vie des gens. »

Je n'avais jamais réalisé à quel point les Autochtones avaient contribué à notre vie de tous les jours!

Le lendemain, je répète à Mme Okatsiak les enseignements de Grand-père au sujet des Autochtones. Puis, je lui suggère d'inviter Grand-père à venir en classe pour faire connaître ma Première nation.

Mme Okatsiak me donne aussitôt son accord. « Quelle idée merveilleuse, Claire! Ton grand-père est le bienvenu. »

La semaine suivante, Grand-père se présente à l'école, apportant avec lui des raquettes à neige et des outils. Il nous parle de la médecine traditionnelle, de la façon dont on fabrique un canoë et de l'importance pour plusieurs Autochtones d'en arriver à un consensus avant de prendre une décision. Il nous explique que le consensus permet à un groupe de faire des choix qui conviennent à chacun des membres.

Puis, Grand-père parle à la classe des modèles de comportement chez les Autochtones et des Prix nationaux d'excellence décernés aux Autochtones. Il nomme aussi certains de nos athlètes célèbres.

« Peu importe où vous regardez, vous découvrirez la contribution des peuples autochtones, affirme-t-il. En étant bien attentifs, vous remarquerez que les Autochtones ont influencé ce qui vous entoure. »

Sur ces mots, je déclare à la classe : « Maintenant, je suis capable de répondre à la question de Paul au sujet de mes origines. Je m'appelle Claire Whiteduck et je suis membre du peuple des Odawas, une des Premières nations au Canada! »

Glossaire

Terme Définition
Autochtone Le mot Autochtone désigne un membre d'un des peuples qui habitaient le Canada à l'origine et ses descendants. Il englobe les membres des Premières nations, les Inuits et les Métis. On n'est pas arrivé à s'entendre sur la façon de nommer les peuples établis en Amérique du Nord avant l'arrivée des colonisateurs européens. Au Canada, le terme Autochtone est d'usage courant, tandis qu'aux États-Unis, on emploie plutôt l'équivalent d'Amérindien ou d'Américain autochtone. Le mot Autochtones désigne tous les peuples autochtones au Canada, quelle que soit leur origine ou leur identité respective.
Confédération Le mot confédération réfère à une association ou à une ligue de nations ayant des intérêts communs. La Ligue des Iroquois, aussi appelée la Confédération des Six-Nations, regroupait au départ cinq nations : les Cayugas, les Oneidas, les Onondagas, les Mohawks et les Sénécas. Puis, les Tuscaroras se sont joints à elles.
Consensus Pour recueillir un consensus, toutes les parties doivent, au moyen de discussions, s'entendre parfaitement sur une question avant de prendre une décision.
Coup de pied simple Il s'agit d'un jeu inuit traditionnel dont le but est de sauter puis de frapper une cible au moyen d'un seul pied, avec ou sans élan. Chaque joueur a droit à trois essais. Au moment de s'élancer, le sauteur doit joindre les deux pieds, puis garder son équilibre en touchant le sol. Toutefois, il doit atterrir sur le pied qui a atteint la cible.
Crosse Lorsque les Européens sont entrés en contact avec les Autochtones, ces derniers s'adonnaient déjà à de nombreux sports se pratiquant avec une balle et un bâton, dont la crosse. Les joueurs de crosse utilisent un bâton muni d'un petit filet servant à attraper, manier et lancer avec force une petite balle en caoutchouc dur. Ce bâton est recourbé à l'extrémité et mesure entre 0,9 à 1,2 mètre. Comme au hockey sur glace, un gardien de but protège un filet placé à la limite de la zone de son équipe. Il est interdit aux joueurs de toucher la balle avec leurs mains.
Gouvernement Les peuples autochtones avaient adopté leur propre forme de gouvernement traditionnel dont les compétences et le champ d'action variaient beaucoup. Dans certaines familles, les postes de dirigeants se transmettaient d'une génération à l'autre. Au sein d'autres systèmes gouvernementaux, on désignait des chefs pour représenter les divers clans. Certains régimes étaient matriarcaux, tandis que d'autres reposaient sur une confédération formée de quelques nations réunies en vue de défendre leurs intérêts mutuels.
Inuit Les Inuits forment un peuple autochtone vivant dans le Nord canadien. Ils habitent principalement au Nunavut et dans les régions nord du Labrador et du Québec. Le mot inuit signifie « peuple » en inuktitut, la langue inuite. C'est d'ailleurs par ce terme que les Inuits se désignent. L'expression peuple inuit étant redondante, son usage devrait être évité. De plus, le terme esquimau, que les explorateurs européens utilisaient pour désigner les Inuits, n'est plus en usage au Canada.
Iqaluit Ce mot inuktitut signifie « lieu où le poisson abonde ».
Kamloops Ce terme vient de kahm-o-loops, un mot shushwap qui se traduit généralement par « la rencontre des eaux ». Il désigne la jonction des rivières Thompson Nord et Sud à Kamloops.
Kayak Conçue pour une ou deux personnes, cette embarcation à l'épreuve de l'eau était traditionnellement fabriquée à l'aide de peaux de phoque huilées et étirées de façon à recouvrir une charpente légère en bois ou en os. Très léger et facile à maintenir à la surface de l'eau, le kayak était manouvré à l'aide d'une pagaie double.
Maniwaki En langue algonquine, maniwaki veut dire « la terre de Marie », mani signifiant « Marie » et aki, « terre » ou « le monde entier ».
Mi'kmaq Autrefois connus sous la graphie Micmacs, les Mi'kmaqs forment une Première nation habitant les territoires traditionnels situés en Nouvelle-Écosse et au Nouveau-Brunswick.
Nunavut Dans la langue inuktitut, ce mot signifie « notre terre ».
Odawa Les Odawas s'expriment en anishinabek, une langue parlée par les Premières nations établies dans les régions allant de la Saskatchewan jusqu'à l'est du Québec, au Canada, et de l'État du Michigan jusqu'au Minnesota, aux États-Unis. Anishinabek est aussi le nom général donné à toutes les Premières nations vivant dans ce territoire, y compris les Odawas, les Chippewas, les Potawatomis, les Ojibways, les Cris et les Algonquins.
Ottawa Le mot ottawa tire son origine de adawe, terme algonquin qui signifie « faire du commerce ». Ce nom était donné aux personnes chargées de gérer le commerce sur la rivière.
Première nation L'usage du terme Première nation s'est répandu dans les années 70 afin de remplacer les mots bande ou Indiens. De nos jours, plusieurs Autochtones choisissent d'être appelés membre d'une Première nation plutôt qu'Indien. Rarement utilisé comme synonyme de peuple autochtone, le mot Première nation n'englobe ni les Inuits ni les Métis.
Québec À l'origine, les Algonquins appelaient kebec la région avoisinant la ville de Québec. Ce mot algonquin veut dire « passage étroit » ou « détroit » et fait référence au rétrécissement du fleuve à la hauteur du cap Diamant.
Sage Dans les collectivités autochtones, le sage se veut le défenseur de la langue et des traditions. Respecté pour son expérience de la vie et son jugement, il donne des conseils aux membres de la collectivité. Le sage n'est pas nécessairement une personne âgée, puisque les traditions varient beaucoup d'un peuple autochtone à l'autre. Il ne choisit pas lui-même d'exercer cette tâche; ce sont plutôt les membres de la collectivité qui recherchent de telles qualités chez un des leurs.
Salishs du littoral Les Salishs du littoral constituent un groupe de Premières nations vivant sur l'île de Vancouver au nombre desquelles figurent les Halq'emeylems, les Homalcos, les Hul'qumi'nums, les Klahooses, les Ostlq'emeylems, les Pentlatchs, les Sechelts, les Sliammons, les Squamishs et les Straits.
Saskatchewan La province tire son nom de la rivière Saskatchewan, que les Cris appellent Kisiskatchewani Sipi, expression qui signifie « rivière dont le débit est rapide ».
Savoir traditionnel Le savoir traditionnel englobe l'ensemble des connaissances liées à la spiritualité, aux croyances, aux coutumes, aux langues traditionnelles et en particulier au mode de vie dans les collectivités autochtones. Le sage s'occupe généralement de transmettre le savoir traditionnel dans le but de le préserver.
Toronto Dans la langue des Oneidas, ce terme de traduit par « lieu de rencontre » ou par « là où les arbres sont tombés dans l'eau ».
Ulu L'ulu, prononcé « oulou », est un outil traditionnel très polyvalent dont se servent les femmes inuites. Utilisé il y a 2 500 ans avant Jésus-Christ, cet instrument est muni d'une poignée en os et d'une lame de 15 centimètres dont la forme marie celle d'un grand couteau et d'une lame de robot culinaire. Fabriqué à l'origine en ardoise polie, il sert principalement à couper les aliments ainsi qu'à préparer et à nettoyer le poisson et les mammifères marins.
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