Contes et légendes : fragments d'une histoire orale

auteur : Publié avec l'autorisation de la ministre des Affaires indiennes et du Nord canadien
date : Ottawa, 1998
QS- : 6120-004-FF-A1

Format PDF (79 Ko, 2 pages)

Information

Le vent mugit, soulevant la neige qui n'a cessé de tomber depuis trois jours. Les nuits sont longues et froides à présent. Mais à l'intérieur, un feu de foyer illumine le visage des gens réunis autour et fait danser les ombres derrière eux. Les enfants écoutent parler un homme à longs cheveux gris qui leur raconte la venue de Windigo.

Ensuite, il raconte une autre histoire qui est à la fois un divertissement, un récit historique, une leçon et de la nourriture pour l'esprit de ses auditeurs. Les enfants apprennent sans connaître les réponses. Ils doivent tirer leurs propres conclusions, car un jour, ce seront eux, les conteurs. Lorsque les enfants s'endorment enfin, l'image de Windigo ne les quitte pas et elles s'insinuent dans leurs rêves. C'est un esprit énorme et effrayant dont le coeur est fait de glace et qui peut abattre des arbres de ses mains nues. Son hurlement évoque le vent d'hiver et son appétit est sans borne. Certains disent qu'il vient sous l'aspect d'un squelette de glace, ou encore d'une créature couverte d'écorce, d'aiguilles de pin et de mousse, mais d'autres affirment qu'il s'agit d'une personne habitée par l'esprit du Windigo. Quoiqu'effrayés à la seule pensée de cette créature, les enfants en viennent à comprendre la raison de sa venue. Ils se souviendront qu'il faut respecter la nature et ne prélever des forêts que le nécessaire, sous peine de provoquer le retour de Windigo.

Le récit varie d'une nation à l'autre, mais Windigo a rendu visite à maintes Premières nations et à quelques voyageurs. Lorsque les gens se montrent cupides et qu'ils abusent des fruits de la terre, on peut encore entendre le Windigo rugir dans la forêt, et l'on trouve de temps à autre des arbres renversés sur son passage.

Tout autre est Nanabush, prodigieux magicien et illusionniste du peuple ojibway, qui a enseigné bien des leçons. Autant il était puissant et adroit, autant il savait s'attirer des ennuis, comme la fois où il a persuadé les oies de l'emmener dans le sud pour l'hiver. À son retour, il a désobéi aux oies en regardant du haut des airs vers le sol et, soudain, il est tombé. Heureusement, il a atterri sur quelque chose de mou, c'est-à-dire un ours qui se réveillait de son hibernation.

Ses tours et ses erreurs renferment des leçons. L'enseignement de Nanabush accorde une place importante aux oiseaux, aux autres animaux, aux arbres et au monde, notamment à sa création. Certains récits expliquent pourquoi les choses sont comme elles sont, comme le conte iroquois qui raconte pourquoi le lapin et la chouette ont l'aspect qu'on leur connaît.

Le Créateur formait chaque créature sauvage à sa guise, façonnant les longues oreilles du lapin et ses longues pattes agiles, mais la chouette s'impatientait. Voulant être le plus beau des oiseaux, elle interrompit le Créateur, qui n'avait eu le temps de donner au lapin que ses longues pattes de derrière en plus de ses longues oreilles. Lorsque la chouette lui fit part des traits qu'elle voulait avoir, le Créateur se mit en colère et lui donna les traits contraires à ceux qu'elle avait demandés, c'est-à-dire de grands yeux, un plumage terne, un cou trapu et un chant monotone. Apeuré par la colère du Créateur, le lapin prit la fuite avant même d'avoir obtenu tout ce qu'il avait demandé, et c'est pourquoi il sautille toujours sur ses longues pattes de derrière.

Des légendes nous apprennent que lorsque les gens de la côte Ouest ont désobéi à Corbeau, ils ont été punis. Il y a eu une grosse inondation, le niveau des eaux s'est élevé jusqu'à ce qu'il ne reste plus qu'une seule famille au sommet de la montagne, qui se nourrissait des quelques poissons qu'elle parvenait à pêcher. Lorsque les eaux baissèrent, les rescapés purent regagner leur patrie à bord du seul canot qui avait échappé au désastre. Cette famille donna naissance au peuple haida, qui apprit ainsi à écouter Corbeau et à lui obéir.

Les Bella Coolas expliquent comment les îles clairsemées de la côte Ouest figurent dans un récit qui relate à quel point les gens devinrent égoïstes et refusèrent de s'entraider. Un homme qui cherchait à se débarrasser du fils survivant de son frère laissa le garçon dériver dans un canot, mais les gens de l'aigle trouvèrent l'enfant et l'élevèrent. Ce dernier devint grand et fort, et les gens de l'aigle lui apprirent à voler. Un jour, il retourna chez les siens et s'abattit sur l'oncle égoïste. Les gens du village prirent peur et se cramponnèrent les uns aux autres, mais furent emportés dans les airs. Comme l'homme-aigle volait au-dessus des eaux avec sa capture, il laissa tomber les villageois un à un, et ceux-ci devinrent les îles clairsemées de l'océan.

Ces récits sont divertissants, et lorsque les enfants s'endorment, ils ont appris l'origine de nombreuses choses. Ils en connaissent aussi l'histoire, transmise par des conteurs d'innombrables fois, de génération en génération. Un jour, ils raconteront ces histoires à leur tour.

De la création des gens, des animaux et de la terre aux leçons sur l'existence, les Premières nations ont de nombreuses histoires qui paraissent peut-être aussi insolites à certains que l'est pour d'autres l'histoire de la métamorphose des singes en personnes. Pour eux, ces récits sont de la nourriture pour l'esprit, des graines semées en chaque auditeur, qui un jour se mettront à germer, contribuant à préserver la culture de la Première nation. Et chacun trouve à travers ces enseignements la leçon qui lui convient.

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