Les sports autochtones : des jeux intemporels

Imaginez-vous vous baladant à travers les champs. Vous avez l'impression qu'un événement inattendu va soudain se produire. L'air est plus vif et plus frais, le soleil plus brillant et le sol semble trembler d'énergie. Sous vos yeux apparaît alors un tourbillon de paillettes lumineuses et colorées qui s'élargit ensuite pour former un tunnel qui vous entoure.

Le champ est toujours là, mais il n'est plus le même. Les maisons, les usines, les voitures et les bruits de la ville ont disparu. Derrière vous, vous entendez des cris et des rires. Vous vous retournez et vous apercevez un groupe de jeunes hommes jouant à un jeu qui vous semble familier. Tenant à la main une palette de bois semblable à des raquettes à neige miniatures, ils courent à toute vitesse en se passant une balle de cuir brut. Vous vous rendez compte qu'il s'agit de la crosse, même si les hommes sont habillés différemment : ils portent des mocassins et leurs vêtements sont faits de peaux d'animaux. Des odeurs de chevreuil rôti et de soupe iroquoise au maïs viennent, tout droit d'un feu lointain, taquiner votre nez.

En s'interpellant bruyamment, deux attaquants dépassent le défenseur pour se diriger vers le but, droit sur vous - vous faites partie du jeu. Vous vous préparez rapidement à réagir au lancer. Les attaquants se font une passe rapide. Vous plongez de côté pour bloquer le tir, mais le joueur lance la balle avec agilité entre les deux poteaux du but. Ils applaudissent pendant que vous allez chercher la balle.

Puis tout se mêle dans une nuée de couleurs et de lumières, qui s'immobilise finalement en un mur gris bleu. Plusieurs journalistes posent des questions à Reggie Leech concernant la partie. Reggie Leech, des Flyers de Philadelphie, a joué 606 parties dans la Ligue nationale de hockey et a compté 306 buts. Comme Ted Nolan, Gino Odjick et bien d'autres membres des Premières Nations, il a pratiqué ce sport avec intensité et s'est fait remarquer pour son talent.

Les flashes des caméras deviennent de plus en plus aveuglants, jusqu'à ce que tout ne soit plus que lumière. Plus bas, vous voyez la terre qui s'agrandit toujours plus, à mesure que vous descendez. Un groupe de personnes regarde un archer prendre la 21e et dernière flèche de son équipe. Alors qu'il tend son arc, vous vous glissez dans la flèche pour finalement faire corps avec elle. Sans aucun tremblement de la main, il vise la cible éloignée d'au moins 50 mètres de lui et là, vous voyez les arbres devenir complètement flous, tandis que vous déchirez l'air pour arriver tête première au beau milieu de la cible. Un groupe de partisans montagnais poussent des cris d'acclamation et taquinent amicalement l'équipe perdante. Ce n'est pas par manque d'esprit sportif : cela fait partie du jeu. L'équipe perdante s'unit aux rires, puis met au défi les gagnants de l'affronter dans une deuxième joute et tous se mettent à ramasser leurs flèches.

L'archer enlève la flèche gagnante de la cible et, dans ses yeux, vous captez le reflet d'un soleil luisant qui s'ouvre à nouveau sur le tunnel. Vous suivez la lumière dansante jusqu'à ce que vos pieds se posent doucement sur une plaine couverte d'herbe.

Un groupe d'adolescents blackfoots fait rouler un cerceau de sangles d'un bout à l'autre du champ et tente de faire passer une longue lance en bois à travers la cible mouvante. Ils sont forts, agiles et précis. Les deux prochains concurrents sont prêts; il faut faire rouler le cerceau et tirer une lance à travers, en effleurant presque la sangle. C'est le sport des grands chasseurs, car ils peuvent ainsi s'exercer. Les deux autres personnes se préparent à tirer et en les regardant, vous voyez derrière le cerceau tournoyant le champ qui se transforme. Le cercle du cerceau s'agrandit, les couleurs deviennent floues jusqu'à ressembler à une bille bleue et or qui, en tournant, vous attire en elle.

Les gens applaudissent. Vous vous tenez derrière le marbre où une fillette mi'kmaq, un bâton à la main, se prépare à frapper. Le tir arrive. Elle prend son élan et envoie la balle dans le champ droit. Quelqu'un ramasse la balle et la relance vers le premier but, tandis que la fillette glisse jusqu'au but. L'arbitre du premier but confirme qu'elle y est arrivée avant la balle, sous les applaudissements de la foule.

L'image change. Au loin, vous voyez les filles qui courent et jouent avec quelque chose qui ressemble à deux balles enveloppées ensemble dans un morceau de cuir. Ce jeu, populaire auprès des jeunes filles cries des plaines, s'appelle double balle. Comme vous les observez, l'image grossit jusqu'à ce que vous vous retrouviez dans le même champ qu'elles. Les filles ramassent la double balle avec des bâtons et se font des passes habiles tout en remontant le long terrain de jeu, jusqu'à ce qu'elles soient assez près de la ligne des buts pour la lancer par-dessus et compter un point.

Leurs cris de joie deviennent de plus en plus forts, au point où vous entendez un bourdonnement dans vos oreilles, puis vous voyez des gens rire et jouer tout autour de vous. Vous êtes au beau milieu d'un événement d'athlétisme, où il y a aussi de la lutte, du volley-ball, du base-ball et de la crosse. Parmi ces milliers de gens rassemblés pour assister aux Jeux autochtones de l'Amérique du Nord, on compte 6 000 jeunes athlètes autochtones qui y participent. Vous pouvez voir et sentir l'esprit de compétition qui y règne, mais ce qui vous frappe, c'est que malgré la concurrence, ils ont du plaisir.

L'image se transforme. Les lumières et les couleurs tourbillonnent jusqu'à ce que vous aperceviez, à travers le temps, des Ojibways qui pratiquent la lutte avec les mains et les jambes. Vous voyez des Haidas courser en canots de guerre. Et vous voyez des gens de toutes les Premières nations apprécier une vaste gamme de sports auxquels ils jouaient bien avant l'arrivée de Christophe Colomb; des sports qui existent encore aujourd'hui, comme le shinny sur glace, qu'on pratique toujours, mais qui est aussi devenu le hockey sur glace.

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