La musique des Premières nations au Canada

auteur : Publié avec l'autorisation du ministre des Affaires indiennes et du Nord canadien,
date : Ottawa, 1998
ISSN : 0-662-82931-X
QS- : 6120-007-FF-A1

Format PDF   (153 Ko, 4 pages)

Information

Les Premières nations vivent depuis des milliers d'années sur ce territoire que nous appelons aujourd'hui le Canada. La langue et la culture des Premières nations changent d'une nation à l'autre. Mème s'il y a une grande diversité entre les Premières nations, la musique a le pouvoir de les réunir. Le chant, la danse et la prière sont des pratiques communes à tous les peuples des Premières nations. Je vais vous raconter une histoire à propos de la musique chez les Premières nations.

Ce sont les premiers explorateurs et les missionnaires qui ont écrit les premiers épisodes de l'histoire du Canada quand ils sont arrivés au pays. Malheureusement, ils ont très peu écrit sur la vie musicale des Premières nations. L'information que nous avons aujourd'hui sur l'histoire et la variété des instruments de musique des Premières nations nous vient des instruments conservés dans les musées ou des collections privées. Il n'en existe pas beaucoup et nous pouvons les classer en deux catégories principales : les membranophones (ou simplement les tambours!) et les idiophones, qui sont les instruments bruiteurs comme les hochets, les racleurs et les claquettes.

Plusieurs d'entre nous ont déjà eu un membranophone ou un tambour, qui venait peut-être du magasin de jouets. Sinon, nous nous sommes servis d'une casserole, d'un poêlon ou d'une boîte de carton. Dans ce cas, notre création était alors à la fois un membranophone et un idiophone. Les idiophones sont en effet des instruments créés de façon spontanée, à partir de matériaux que nous avons sous la main. Certains d'entre nous, très créatifs, ont fabriqué d'autres idiophones. On peut, par exemple, fabriquer un harmonica en plaçant une feuille de papier mince sur un peigne propre, et souffler sur le papier pour faire des bruits très particuliers. Il est amusant de trouver des objets qui produisent des notes de musique. Nous apprenons très vite qu'en tenant un brin d'herbe entre les pouces et en soufflant très fort dessus, nous pouvons faire de drôles de bruits. Souffler dans une bouteille produit un son qui ressemble au bruit d'une corne de brume. Si nous mouillons le bord d'un verre de cristal et que nous le frottons rapidement avec notre doigt, nous pouvons entendre un son, et la même chose se produit si nous tapotons ou frappons la lame d'un coupe-oeufs. Un groupe d'enfants pourrait véritablement créer une symphonie unique dans la cuisine! Pouvez-vous penser à d'autres idiophones?

Autrefois, les membres des Premières nations, très créatifs et pleins de ressources, se servaient de matériaux qu'ils avaient sous la main pour fabriquer leurs instruments. Ils transformaient des courges et des bois d'animal en hochets; plusieurs de ces instruments étaient décorés de sculptures très détaillées et de belles peintures. Dans les régions boisées, les gens se faisaient des cors avec de l'écorce de bouleau ainsi que des baguettes de tambour à partir de branches ou de bois d'animal sculptés. Les tambours étaient fabriqués avec du bois sculpté et du cuir.

Les tambours et les hochets sont les instruments à percussion dont se servaient autrefois les membres des Premières nations. La musique provenant de ces instruments servait à accompagner les chants, et les chants agrémentaient les danses. Dans la tradition de plusieurs Premières nations, le chant et la danse sont considérés comme sacrés. Pendant plusieurs années après l'arrivée des Européens au Canada, il était interdit aux Premières nations de tenir des cérémonies. C'est l'une des raisons qui expliquent le peu d'information que nous avons aujourd'hui sur la musique des Premières nations et sur leurs instruments.

De nos jours, nous remarquons que les gens sont de plus en plus fiers des arts et de la musique des Premières nations. Ces peuples retrouvent les connaissances, l'histoire et la beauté de l'art, de la musique et des instruments traditionnels des Premières nations.

Les tambours sont associés de très près aux Premières nations. Certains disent que le son des tambours est le battement de coeur de notre mère la Terre. Les Premières nations fabriquaient toutes sortes de tambours. Les guérisseurs se servaient parfois de tambours miniatures. Il existe aussi des tambours portatifs en forme de tambourin, des tambours de guerre, des tambours remplis d'eau et de très grands tambours de cérémonie. Leur taille et leur forme dépendent de la culture particulière de la Première nation et de ce que veut en faire le musicien. Beaucoup de tambours des Premières nations sont magnifiquement décorés.

Dans plusieurs cultures des Premières nations, le cercle a une grande importance. Il représente la forme de la terre et de la lune ainsi que du trajet qu'elles font dans l'espace. C'est pourquoi de nombreux objets des Premières nations, comme les tipis et les wigwams, ont une forme circulaire. Les villages traditionnels étaient souvent disposés de manière à ce que les habitations forment un cercle. Encore aujourd'hui, les assemblées de plusieurs Premières nations se déroulent avec les participants tous assis en cercle. Elles commencent par une prière que les gens récitent en cercle, en se tenant par la main.

On retrouve moins de flûtes ou de sifflets en bois sculptés à la main, mais ils font quand même partie de la musique traditionnelle des Premières nations. Les hommes ojibways jouaient de la flûte pour courtiser leur petite amie et pour se réconforter euxmêmes, ou les autres, durant les temps difficiles. Les Cris, les Iroquois et les Malécites fabriquaient des sifflets et s'en servaient. Des archéologues ont trouvé des indices prouvant que les Beothuks utilisaient des sifflets et des flûtes en bois. Mentionnons que cette tribu, qui a vécu à Terre-Neuve jusqu'à l'arrivée des premières colonies européennes, a disparu depuis.

Cependant, la voix humaine est le principal instrument de musique chez les Premières nations. Comme dans les cultures les plus anciennes, le chant est au coeur de la musique des Premières nations. Chaque chant a son propriétaire. Les chants appartenaient à une société, à un clan, à un rite, à une cérémonie ou à une personne. Dans certaines cultures, il était possible d'acheter le droit d'interpréter un chant qui appartenait à une personne. Le propriétaire original enseignait alors à l'acheteur comment interpréter le chant. Les Premières nations qui suivent les anciennes coutumes interprètent encore aujourd'hui plusieurs chants traditionnels.

Activité no 1 : jeu questionnaire – Veuillez compléter les énoncés suivants.

Les membranophones sont

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Les idiophones sont

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Voici trois sortes de membranophones des Premières nations

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Voici deux exemples d'idiophones des Premières nations

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L'instrument de musique principal chez les Premières nations est

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Activité no 2 : Une version moderne d'un ancien jeu des Premières nations

« Bonjour! Je m'appelle Duma. Duma est un nom mi'kmaq. Je vais vous montrer comment jouer à ma version d'un ancien jeu des Premières nations qui se nomme « Paquessen ». Ce jeu provient de la Première nation algonquine du nord-est du Québec. Il plaît aux personnes de tous les âges, et autant de participants qu'on le désire peuvent y jouer. »

Pour jouer, vous avez besoin de :

  • Neuf boutons blancs et plats
  • Du vernis à ongles rouge
  • Un grand bol en bois
  • Une couverture
  • Des jetons (leur nombre peut varier)

(Les jetons servent à compter les points. On peut en fabriquer en coupant des carrés de carton de 5 cm sur 5 cm ou en se servant de capsules de bouteilles.)

  • Il faut peindre un des côtés de chaque bouton avec le vernis à ongles rouge.
  • Il faut choisir une personne qui devra compter les points.
  • Pour commencer le jeu, chaque personne place tour à tour les neuf boutons dans le bol et choisit une couleur, le blanc ou le rouge.
  • Le joueur tient le bol, puis lance soudainement les boutons en l'air et les laisse tomber sur la couverture.
  • Le joueur compte les boutons par couleur.
  • La personne qui s'occupe du pointage inscrit les résultats de chaque joueur sur une feuille de papier.
  • Le joueur qui obtient le plus grand nombre de boutons de la couleur qu'il a choisie gagne le jeu.
  • Tous les autres joueurs doivent donner un jeton au gagnant du jeu.
  • Le gagnant du jeu chante une courte chanson pendant que les autres l'écoutent.
  • Vous pouvez jouer autant de fois que vous le voulez ou vous arrèter quand l'un des joueurs a plus de jetons que tous les autres.
  • À la fin du jeu, le grand gagnant (la personne qui a obtenu le plus grand nombre de jetons) raconte une courte histoire pendant que les autres l'écoutent.

« J'ai eu beaucoup de plaisir à vous faire connaître ce jeu des Premières nations. Amusez-vous bien et à bientôt! »

La contribution de la musique des Premières nations à la culture canadienne

Profil des musiciens autochtones choisis

Jerry Alfred, chanteur et conteur d'histoires des Premières nations, aide à préserver la langue et les traditions de celles-ci. Il est le « gardien des chants » des Tutchones (touchauni) du Nord. Il vit à Pelly Crossing, un village situé au centre du Yukon, à 300 kilomètres au nord de Whitehorse. Il est né à Mayo, la collectivité voisine.

Jerry a réussi à conserver sa connaissance de la langue tutchone malgré les nombreuses années qu'il a passées dans un pensionnat. Comme son père avant lui, Jerry a été nommé gardien des chants quand il est né. Le gardien des chants garde un répertoire de chants et il les interprète à l'occasion des potlatchs et d'autres cérémonies des Premières nations. Jerry a appris la guitare lui-même, et il allie les techniques modernes de son instrument à la musique traditionnelle de son peuple. Sa version enregistrée en 1994 de « Etsi Shon (it-si-chaune) ou le « Chant du grand-père » contribue à garder vivante la langue et l'esprit de son peuple.

La musique et les chants des Premières nations aident à définir le Canada comme un pays différent. La musique et les chants des Premières nations font souvent partie des événements internationaux très importants.

Don Ross, guitariste et compositeur, est le fils d'une mi'kmaq et d'un immigrant écossais. Don est membre de la bande de la collectivité mi'kmaq à Millbrook, en Nouvelle-Écosse. Il est né et a grandi à Montréal, et il parle le français et l'anglais. Il a obtenu un baccalauréat spécialisé en arts (musique) de l'Université York, à Toronto. Il est un des musiciens les plus respectés au Canada et il est reconnu comme l'un des meilleurs guitaristes au monde. En septembre 1996, Don a mérité pour la deuxième fois le prix prestigieux du championnat national américain de « fingerstyle » et jusqu'à maintenant, il est le seul guitariste à avoir remporté ce prix deux fois. Il était le premier Canadien et le premier Autochtone à gagner ce prix en 1988. Don maîtrise très bien la technique du « fingerstyle » qui ressemble à la technique utilisée en guitare classique. Sa musique s'inspire beaucoup du jazz, du rock, de la musique classique et folklorique, créant ainsi un style bien personnel. Don qualifie son style de « heavy wood ».

Buffy Sainte-Marie est née dans la collectivité crie de Fort Qu'Appelle, en Saskatchewan. Elle a obtenu un doctorat ès arts de l'Université du Massachussets. Cette artiste, compositrice et interprète est l'auteure d'un très grand nombre de chansons à succès qui ont été interprétées par plusieurs autres artistes connus comme Elvis Presley, Barbra Streisand et Neil Diamond. Sa chanson « Up Where We Belong » a d'ailleurs gagné un Oscar.

Buffy a aussi mérité de nombreux autres honneurs, dont le prix des arts, aux États-Unis, pour l'ensemble de son oeuvre musicale. Elle a reçu une médaille de mérite de Sa Majesté la reine Elizabeth II. La France lui a donné le titre de meilleure artiste internationale en 1993. Buffy continue d'attirer de grandes foules à ses spectacles. Au Danemark, 100 000 personnes ont assisté à l'un de ses concerts. Cependant, Buffy n'a jamais oublié ses origines et son peuple. Elle donne régulièrement des spectacles dans de très petites collectivités des Premières nations. Elle n'oublie pas non plus les autres musiciens. En 1993, elle a contribué à la création d'une catégorie spéciale aux Juno Awards. Cette catégorie rend hommage aux meilleurs enregistrements réalisés par des musiciens autochtones canadiens.

Buffy a reçu un prix pour l'ensemble de ses oeuvres artistiques, lors de la remise des Prix nationaux d'excellence décernés aux Autochtones en 1998.

Ces personnes et d'autres artistes des Premières nations servent de modèles non seulement aux Premières nations, mais pour tous les Canadiens et Canadiennes.

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