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Les anciens combattants autochtones : une histoire d'honneur et d'héroïsme

auteur : Publié avec l'autorisation du ministre d'Affaires indiennes et du Nord Canada
date : Ottawa, 2000
ISSN : 0-662-85661-9
QS- : 6120-013-FF-A1

Format PDF   (294 Ko, 4 pages)

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Information

Imagine-toi que nous sommes en 1914. Tu habites depuis toujours ton petit village natal.

Aujourd'hui, tu dois plier bagage, dire adieu à tes amis et aux membres de ta famille, puis quitter ton village à pied pour parcourir plus de 3 000 kilomètres. Pendant des jours et des jours, tu longes des sentiers boisés, seul, jusqu'à ce que tu arrives à une rivière que tu connais. Puis, après un court repos, tu empruntes un canoë et tu pars à l'aventure. Ton voyage en canoë dure des jours, voire des semaines. Sur la berge, tu construis de tes propres mains des abris temporaires où tu pourras te reposer. Pour te nourrir, tu pratiques la chasse et la pêche. Le reste de ton temps, tu le passes à pagayer durant de longues heures. Tes coups de pagaie te mènent à une grande baie, où t'attend un bateau à vapeur. Destination : Vancouver. Tu achètes un billet et montes à bord, poussant un grand soupir de soulagement. Tu sens ta gorge et ton estomac se nouer, car tu es à la fois heureux et inquiet. Bien qu'une première aventure prenne fin, ton arrivée à Vancouver n'est que le début d'un long périple qui sera à la fois enivrant et dangereux, très dangereux. En effet, une fois à Vancouver, tu t'enrôleras dans l'armée canadienne pour rejoindre les alliés de la Première Guerre mondiale.

4 000 Autochtones au Canada ont quitté leur famille et leur village pour prendre part à la Première Guerre mondiale.


À la suite de la Première Guerre mondiale, pas moins de 50 Autochtones ont été décorés de médailles pour leur bravoure au cours de leur mission ou pour d'autres actes héroïques.


Voilà l'aventure qu'a vécue John Campbell, lorsqu'il s'est enrôlé pour combattre durant la Première Guerre mondiale. Comme 4 000 autres Autochtones au Canada, John a quitté sa famille et son village pour prendre part à la Première Guerre mondiale qui faisait rage en Europe. Les Autochtones ont joué un rôle important durant la Première Guerre mondiale (1914-1918), la Seconde Guerre mondiale (1939-1945) et la Guerre de Corée (1950-1953).

Les anciens combattants autochtones ont toutes les raisons d'être fiers de leur réalisation au combat. Plus de 7 000 membres des Premières nations ont participé aux trois guerres; et ce total ne fait pas mention des nombreux Inuits et Métis qui étaient aussi présents. Un regroupement d'anciens combattants autochtones estime que plus de 12 000 Autochtones ont servi le pays lors de ces trois guerres. Plusieurs soldats autochtones ont reçu des médailles et des distinctions militaires en plus d'être applaudis pour leur courage et leur habileté.

Il faut aussi savoir que les Autochtones qui sont demeurés au Canada durant les guerres ont eu un rôle important à jouer dans l'histoire. À la fin des deux guerres mondiales, les Premières nations avaient versé 67 000 $ à divers fonds de secours, comme ceux de la Croix-Rouge ou de l'Armée du Salut. De plus, nombre d'entre elles avaient généreusement offert leurs terres pour servir de postes de défense, d'aéroports et de champs de tir.

Comme la plupart des Canadiens et Canadiennes ayant servi sous les drapeaux durant les guerres mondiales et la Guerre de Corée, les Autochtones ont combattu dans l'infanterie, c'est-à-dire qu'ils ont joint les rangs des troupes au sol. Certains sont devenus tireurs d'élite, d'autres, éclaireurs. Ils utilisaient leurs connaissances de la chasse et leur savoir-faire militaire pour accomplir des missions difficiles ou dangereuses. Cachés dans des endroits stratégiques, appelés nids, les tireurs d'élite devaient être adroits et très précis pour atteindre l'ennemi. De leur côté, les éclaireurs étaient mandatés pour pénétrer les lignes ennemies avant les attaques afin de situer les troupes adverses et d'évaluer leur puissance de feu. Ils relayaient ensuite ces renseignements à leurs troupes. Une telle tâche demandait d'être à la fois rapides et discrets.

À la suite de la Première Guerre mondiale, pas moins de 50 Autochtones, éclaireurs ou tireurs d'élite, ont été décorés de médailles pour leur bravoure au cours de leur mission ou pour d'autres actes héroïques. Pendant les guerres, le ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien a reçu des milliers de lettres, écrites sur les champs de bataille, qui rendaient hommage aux tireurs et éclaireurs autochtones.

Thomas George Prince était l'un de ces soldats exceptionnels qui se sont enrôlés en 1940 pour participer à la Seconde Guerre mondiale. À l'âge de 24 ans, il a quitté la Première nation Brokenhead à Scanterbury, au Manitoba, pour devenir membre du Corps royal du génie canadien. En 1942, il accompagnait l'Escadre canadienne en mission spéciale dans les pays d'Europe. Plus tard, cette escadre est devenue la première Force d'opérations spéciales, une unité réunissant des soldats canadiens et américains spécialisée dans les reconnaissances et dans les attaques surprises en terres ennemies.

Le 8 février 1944, le sergent de reconnaissance Prince, qui faisait partie de la « brigade du diable », s'était réfugié dans une maison de ferme abandonnée près de Littoria, en Italie, pour y espionner l'ennemi. Pendant qu'il observait les troupes allemandes de l'intérieur de la maison, la ligne qui le gardait en communication avec ses compagnons a été coupée. Impossible de faire parvenir des messages ni d'en recevoir. Calmement, il a enfilé des vêtements civils qui lui donnaient les airs d'un fermier. Il a empoigné une bêche et, sous les yeux de l'ennemi, a feint de désherber le jardin. Tout en travaillant, il s'est approché sournoisement de l'endroit où la ligne avait été coupée. Puis, faisant mine d'attacher ses lacets, il a rétabli la communication. Lentement, il est retourné à la maison, comme si rien ne s'était passé. Son courage et sa présence d'esprit lui ont permis de continuer à faire part de ses observations et ainsi d'aider son unité à combattre l'ennemi.

Durant les guerres, on a aussi su exploiter efficacement les langues autochtones. Charles Checker Tompkins, un Cri de Grouard, en Alberta, a servi durant la Seconde Guerre mondiale. Le groupe de soldats cris dont il faisait partie transmettait des messages codés. Son rôle était de traduire des indications militaires en cri avant de les faire parvenir aux destinataires sur les champs de bataille en Europe. Souvent, dans ces messages, les dirigeants militaires demandaient que certaines armes particulières soient utilisées en vue d'attaques précises. Dans de tels cas, il était de la plus haute importance que l'ennemi n'en sache rien. Une fois le message entre les mains du destinataire, un autre membre autochtone du groupe de communication était chargé de traduire en anglais l'information rédigée en langue crie. Ce nouveau message était alors remis aux dirigeants militaires sur place.

Les précieuses habiletés des femmes autochtones ont également été mises à contribution lors des trois guerres. Edith Anderson Monture a travaillé comme infirmière durant la Première Guerre mondiale. En 1917, à l'âge de 27 ans, elle a quitté la réserve des Six-Nations pour travailler dans un hôpital militaire américain à Vittel, en France. La plupart du temps, elle soignait des soldats blessés par balles ou empoisonnés au gaz. De retour au Canada, à l'âge de 93 ans, Mme Monture s'est adressée à un journaliste pour lui raconter les souvenirs qu'elle a gardés de cette époque :

« Nous devions nous rendre sur les champs de bataille. Quel spectacle horrible : des édifices en ruines, des arbres brûlés, des cartouches d'obus éparpillées ça et là. Des villes entières avaient été rasées. »

Être au combat durant une guerre n'est pas une partie de plaisir. Les soldats s'y sentent très seuls et sont constamment en danger. Près de 500 combattants autochtones sont tombés au champ d'honneur durant les deux guerres mondiales. Les Autochtones ont consenti d'importants sacrifices pour prendre part à l'effort de guerre, tant en Europe qu'ici même au pays. Certains ont dû surmonter de grandes difficultés, comme apprendre la langue anglaise, s'adapter à la culture européenne ou entreprendre de longs voyages pour s'enrôler. Par les efforts que les peuples autochtones ont déployés durant les guerres, tant au Canada qu'ailleurs sur les champs de bataille, ils ont prouvé encore une fois qu'ils sont capables de dur labeur et de sacrifices. Nous devons nous rappeler les innombrables contributions de ces hommes et de ces femmes autochtones.

Les précieuses habiletés des femmes autochtones ont également été mises à contribution lors des trois guerres.


Suggestion d'activité

Les médailles sont des distinctions militaires qui sont remises aux soldats ayant posé des actes exceptionnels. Au cours des deux guerres mondiales et de la Guerre de Corée, de nombreux combattants autochtones ont été décorés pour leur bravoure et leurs services méritoires. L'une de ces médailles, la Médaille militaire (MM), a été remise à plusieurs soldats autochtones. Par ailleurs, il arrive que des pays rendent hommage à des soldats d'un autre pays. Ainsi, les États-Unis ont remis la médaille Silver Star (l'étoile d'argent) à 59 Canadiens et Canadiennes, au nombre desquels on trouve le sergent Thomas George Prince.

  • Si tu devais fabriquer toi-même une médaille que tu remettrais aux soldats autochtones en guise de reconnaissance pour leur participation aux guerres, à quoi ressemblerait-elle?

  • Qu'aimerais-tu dire à ces soldats?

  • De quelles couleurs serait ta médaille et quelle forme prendrait-elle?

  • Ta médaille porterait-elle un message ou un dessin particulier?


Dessine ta propre médaille ci-dessous.

Space for coloring

Military Medal

Cette médaille
est la Médaille
militaire, qui a
été remise à
plusieurs soldats
autochtones.


Pour obtenir plus de renseignements sur les anciens combattants autochtones, tu peux visiter les sites Web suivants :