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Apport en vitamines A et D dans les collectivités visées par les projets-pilotes liés auprogramme Aliments-poste

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Table des matières

Remerciements

Nous remercions M. Reinhold Vieth, professeur aux départements de science de la nutrition et de médecine de laboratoire et pathologie, à l'Université de Toronto, pour l'information qu'il nous a fournie sur la vitamine D, ainsi que Maya Villeneuve et Josephine Deeks pour la révision du document. Nous remercions également le maire et le conseil de Kuggaruk, au Nunavut, et de Kangiqsujuaq, au Québec, ainsi que le chef et le conseil de Fort Severn, en Ontario, pour le leadership et l'engagement dont ils ont fait preuve dans le cadre des projets-pilotes. Merci aussi aux personnes qui ont mené les entrevues pour leur dur travail. Enfin, nous tenons à remercier toutes les femmes qui ont participé aux enquêtes sur la nutrition.



Contexte

En 2001 et en 2002, des enquêtes de référence sur la nutrition ont été menées dans le cadre de projets-pilotes liés au programme Aliments-poste à Kugaaruk, au Nunavut, à Kangiqsujuaq, au Nunavik et à Fort Severn, en Ontario. Dans les rapports publiés, nous avons exprimé l'apport en vitamine A en équivalents rétinol (ER), la seule unité utilisée dans les bases de données existantes en nutrition [Note 1][Note 2][Note 3]. Dans les apports nutritionnels de référence (ANREF) de 2000, les besoins en vitamine A étaient exprimés en µg d'équivalents d'activité du rétinol (EAR). Lorsqu'elle est calculée en EAR, l'activité de la vitamine A des caroténoïdes de provitamine A est la moitié de celle qu'on lui attribuait lorsqu'on l'exprimait en équivalents rétinol.

L'apport en vitamine D n'a pas été analysé dans les rapports d'enquêtes de référence parce qu'il manquait trop de valeurs applicables aux aliments traditionnels. Comme on craignait que l'apport en vitamines A et D ne soit inférieur au niveau souhaitable dans cette population, on a jugé nécessaire de recalculer l'apport en vitamine A lorsqu'on obtiendrait les valeurs exprimées en EAR et de tirer profit des nouvelles données publiées sur la teneur en vitamines A et D des aliments traditionnels.



Méthodologie

Des personnes recrutées à l'échelle locale et dûment formées pour mener des entrevues ont appliqué la méthode du rappel alimentaire de 24 heures auprès de femmes inuites qui n'étaient pas enceintes et qui n'allaitaient pas, âgées de 15 à 44 ans, de Kugaaruk, au Nunavut (n = 62) et de Kangiqsujuaq, au Nunavik (n = 70), ainsi qu'auprès de femmes issues des Premières nations de Fort Severn, en Ontario (n = 53). Dix-huit femmes qui allaitaient de Kugaaruk ont aussi participé à l'étude. Un suivi du rappel a été réalisé auprès de 50 à 77 % des participantes. Les suppléments nutritionnels n'étaient pas inclus dans l'analyse.

Les données sur la teneur en vitamine A (EAR) et en vitamine D (µg) par 100 grammes sont tirées du Fichier canadien sur les éléments nutritifs (FCEN). Les valeurs manquantes applicables aux aliments du commerce ont été puisées dans la base de données nationale du département de l'Agriculture des É.-U. [Note 4]. Cependant, on n'a pas utilisé de données puisées de cette base de données pour les aliments enrichis en vitamine A. Les valeurs manquantes applicables aux aliments traditionnels proviennent des estimations réalisées par Kuhnlein et coll [Note 5]. On n'a pas pu obtenir les valeurs relatives à la teneur en vitamine A de la viande d'orignal et de castor et de l'omble chevalier séché. On n'a pas non plus pu trouver les valeurs relatives à la teneur en vitamine D du ptarmigan et de l'omble chevalier séché. Toutefois, seules de très faibles quantités de ces aliments ont été déclarées dans les réponses.

Les données fournies par le rappel de 24 heures ont été analysées au moyen de la méthodologie mise au point par l'Iowa State University. Le logiciel a permis, après une série de transformations et à partir des apports nutritionnels observés lors du premier rappel et du suivi, d'estimer la distribution des apports habituels de la population. Il corrige les données pour tenir compte de la variation observée d'une journée à l'autre, d'une personne à l'autre et selon le jour de la semaine, ce qui donne les apports moyens et médians rajustés et le pourcentage de femmes qui n'étaient pas enceintes et qui n'allaitaient pas, affichant un apport habituel inférieur au Besoin moyen estimatif (BME)[Note 65]. Les rappels de 24 heures n'ont été analysés qu'à l'égard des femmes qui allaitaient de Kugaaruk. Le calcul de l'apport moyen et de l'apport médian rajustés en vitamine D des femmes qui allaitaient n'a pas été corrigé pour tenir compte du jour de la semaine. Comme des apports très élevés ont été déclarés le même jour de la semaine, nous avons obtenu une médiane exagérée après rajustement des données pour tenir compte du jour de la semaine.

Afin de calculer l'apport moyen simple par groupe d'aliments et par catégorie d'aliments visés par le programme Aliments-poste, nous avons déterminé la moyenne applicable au premier rappel et au suivi dans le cas des participantes ayant réalisé deux rappels. Nous y avons ajouté les données s'appliquant aux femmes n'ayant effectué qu'un rappel. Nous avons calculé la moyenne de ces valeurs pour connaître la contribution moyenne de chaque groupe d'aliments et catégorie d'aliments visés par le programme Aliments-poste à l'apport en vitamines A et D. Nous avons ensuite déterminé les principales sources de ces vitamines dans chaque catégorie d'aliments visés par le programme Aliments-poste. Nous avons inclus dans cette analyse toutes les femmes, y compris celles qui étaient enceintes ou qui allaitaient.



Vitamine A

Les études ont systématiquement associé l'alimentation des populations nordiques à un faible apport en vitamine A, ce qui est attribué au choix des aliments du commerce consommés et à l'influence du coût et de l'accessibilité des sources importantes de vitamine A, comme le lait enrichi et les légumes jaune foncé[Note 1][Note 2][Note 3][Note 7][Note 8][Note 9][Note 10].

La vitamine A est essentielle à une vision normale, à une peau saine, à la prévention de la cécité nocturne ainsi qu'au fonctionnement normal du système immunitaire (la capacité de combattre l'infection et de prévenir les tumeurs et les infections respiratoires). [Note 11][Note 12][Note 13][Note 14][Note 15] Dans les pays en développement, la cécité due à une carence en vitamine A touche de 3 à 10 millions d'enfants [Note 16][Note 17]. Comme la carence en vitamine A nuit à la formation de l'hémoglobine, l'administration de suppléments de vitamine A et de fer peut se révéler plus efficace que l'administration de fer seulement dans le traitement de l'anémie ferriprive [Note 18]. Il se dégage d'études chez l'animal que la carence en vitamine A nuit au développement normal du foetus et entraîne des malformations congénitales chez les foetus qui survivent [Note 19].

Bien qu'il n'existe aucune preuve de carence aiguë en vitamine A dans les régions nordiques, les symptômes infracliniques, comme les infections récurrentes des voies respiratoires inférieures, sont répandus [Note 20][Note 21]. Les risques d'infections respiratoires et de diarrhée sont plus élevés chez les enfants qui présentent de légères carences en vitamine A[Note 22]. Un faible apport en vitamine A peut entraîner plus d'effets indésirables dans les collectivités nordiques où la consommation occasionnelle excessive d'alcool est un phénomène courant [Note 23][Note 24]. L'alcool nuit au métabolisme et au stockage de la vitamine A et accentue les effets indésirables d'un apport trop faible ou trop important en vitamine A [Note 25][Note 26][Note 27][Note 28]. On pense que les interactions métaboliques de l'alcool et de la vitamine A sont liées à l'apparition du syndrome d'alcoolisation foetale (SAF) [Note 29][Note 30][Note 31][Note 32]. On croit que les cardiopathies congénitales et le SAF, deux phénomènes répandus dans certaines collectivités inuites, découlent d'un apport insuffisant en vitamine A et en folate doublé d'une consommation excessive d'alcool [Note 33][Note 34].

Les besoins en vitamine A sont fonction du maintien de réserves suffisantes dans le foie pour répondre aux besoins accrus qui se font sentir en période de stress et de faible apport en vitamine A. Les EAR applicables à la vitamine A chez les femmes âgées de 15 à 44 ans, qui ne sont pas enceintes et qui n'allaitent pas, sont de 500 µg d'EAR par jour. Dans le cas des femmes de ce groupe d'âge, qui allaitent, ils passent à 900 µg d'EAR [Note 35].

Figure 1 - Distributions théoriques de l'apport en vitamine A chez les femmes de 15 à 44 ans à Kugaaruk et à Kangiqsujuaq

Distributions théoriques de l'apport en vitamine A

Les apports moyens rajustés en vitamine A étaient de 370 µg d'EAR à Kugaaruk, de 308 µg d'EAR à Kangiqsujuaq et de 280 µg d'EAR à Fort Severn (tableau 1). Les apports médians dans la population féminine étaient de 368 µg d'EAR à Kugaaruk, de 285 µg d'EAR à Kangiqsujuaq et de 272 µg d'EAR à Fort Severn. En comparaison, Egeland et ses collaborateurs ont constaté que les Inuites âgées de 15 à 40 ans affichaient un apport moyen en vitamine A de 514 µg d'EAR [Note 36]. La NHANESIII, une enquête nationale sur la nutrition menée aux États-Unis, met en évidence des apports médians de 583 et de 640 µg d'EAR, chez les femmes de 19 à 30 ans et de 31 à 50 ans, respectivement [Note 35]. Chez les femmes qui allaitaient de Kugaaruk, les moyennes et les médianes rajustées étaient respectivement de 227 et de 226 µg d'EAR.

Presque toutes les femmes (de 90 à 100 %) des trois collectivités-pilotes présentaient un apport inadéquat en vitamine A. Les femmes de Kugaaruk étaient plus nombreuses à avoir un apport habituel inférieur au BME, malgré un apport médian plus élevé, parce que la distribution y est plus resserrée qu'à Kangiqsujuaq (figure 1). Selon Egeland et ses collaborateurs, 60 % des Inuites âgées de 15 à 40 ans avaient un apport en vitamine A inférieur au BME, alors qu'à la lumière de la même enquête, Kuhnlein signale que 47 % seulement avaient un apport inférieur au BME5 36. La différence pourrait être attribuée à la méthodologie employée par Egeland, selon laquelle les participantes qui ont déclaré avoir un apport énergétique <10e percentile et qui ont fait état d'un apport en kilocalories s'écartant de plus de quatre écarts-types de la moyenne ont été exclus de l'analyse. Cette méthode d'analyse modifierait sans doute les transformations automatiques appliquées par le logiciel SIDE, ce qui entraînerait un léger effet sur le calcul du pourcentage de la population affichant un apport inférieur au BME.

D'après Kuhnlein, 100 % des femmes dénées/métisses de moins de 40 ans présentaient un apport insuffisant5. Selon l'enquête NHANESIII, de 20 à 28 % des femmes de 19 à 50 ans avaient un apport en vitamine A inférieur au BME35. Il est étonnant de constater un apport si faible dans les collectivité-pilotes étant donné les sources de vitamine A que représentent les aliments traditionnels accessibles dans ces collectivités. Parmi les excellentes sources (moyenne supérieure à 1 500 µg par 100 grammes), figurent la graisse et l'huile de béluga, la graisse de narval, le foie de phoque annelé, le foie de morse et le foie de caribou. Parmi les sources modérées de vitamine A (moyenne variant entre 100 et 1 500 µg par 100 grammes), figurent la viande et le muktuk de béluga, le muktuk de narval, la graisse et la viande de phoque, la graisse de morse et la viande, y compris la viande grasse, la moelle osseuse et les rognons de caribou, la viande de boeuf musqué et la viande d'ours polaire. D'après Kuhnlein, bien que le caribou et l'omble chevalier aient une faible teneur en vitamine A, il s'agit de sources raisonnables, en raison de leur consommation fréquente [Note 5].

Un certain nombre d'aliments du commerce procurent aussi de la vitamine A, notamment le foie de boeuf et de porc et les poissons gras, la margarine, le lait et le fromage. La vitamine A peut aussi être fabriquée par l'organisme à partir de la â-carotène, un pigment surtout présent dans les fruits et les légumes jaune et orange foncé, comme la pêche, la carotte, la courge et la patate douce. Les légumes vert foncé en contiennent aussi, mais en moindre quantité. Les principales sources de vitamine A à Kugaaruk étaient les aliments traditionnels (32 %), plus particulièrement l'omble chevalier, l'ours polaire et le caribou (tableau 2). Les aliments nutritifs périssables fournissaient 29 % de l'apport en vitamine A. Les principaux groupes alimentaires de cette catégorie étaient les aliments divers, comme la pizza congelée, qui procuraient 14 % de l'apport en vitamine A, et les graisses et les huiles (beurre et margarine), qui en fournissaient 13 %. Les aliments périssables prioritaires (surtout les fruits et les légumes) ne fournissaient que 16 % de l'apport en vitamine A; les aliments périssables (surtout le ragoût de boeuf en conserve et les soupes déshydratées) en fournissaient 13 %.

À Kangiqsujuaq, 17 % seulement de l'apport en vitamine A provenait des aliments traditionnels, là encore, essentiellement de l'omble chevalier (12 %) (tableau 2). Les aliments périssables prioritaires (surtout les fruits et les légumes) représentaient 28 % de l'apport en vitamine A et les aliments nutritifs périssables (surtout les graisses et les huiles comme la margarine et le beurre et les aliments divers comme la pizza), 27 %.

Selon Egeland, les femmes inuites de 15 à 40 ans puisaient de 98 à 123 µg de vitamine A (EAR) dans les aliments traditionnels36. En comparaison, les femmes des collectivités-pilotes tiraient de 9 à 99 µg d'EAR de vitamine A des aliments traditionnels.

À Fort Severn, 42 % de l'apport en vitamine A provenait des aliments périssables prioritaires (oeufs, produits laitiers et fruits et légumes) (tableau 2), alors que 27 % provenait des aliments nutritifs périssables, essentiellement les graisses et les huiles et les aliments divers, comme la pizza. La consommation d'aliments traditionnels dans la population féminine de cette collectivité était moins de la moitié de celle des femmes de Kugaaruk ou de Kangiqsujuaq. Comme les aliments traditionnels étaient surtout du caribou, 3 % seulement de l'apport provenait des aliments traditionnels.

Avec la conversion des équivalents rétinol (ER) en équivalents d'activité du rétinol (EAR), les aliments d'origine animale, surtout traditionnels, à Kugaaruk et à Kangiqsujuaq représentaient une source plus importante de vitamine A dans cette étude que dans les rapports antérieurs. La quantité réelle de vitamine A puisée dans les aliments traditionnels à Kugaaruk a aussi augmenté, de nouvelles valeurs relatives à la vitamine A ayant été ajoutées à la base de données.



Tableau 1 - Apport en vitamine A, femmes de 15 à 44 ans, rappel de 24 heures

Lieu/ Groupe Année Nombre d'observations n Moyenne (µg d'EAR) Moyenne rajustée (µg d'EAR) Médiane rajustée (µg d'EAR) BME (µg d'EAR) % affichant un apport inférieur au BME
Kugaaruk/ Femmes qui n'étaient pas enceintes, qui n'allaitaient pas 2001 102 62 318 370 368 500 100
Kugaaruk/ Femmes qui allaitaient 2001 30 18 243 227 226 900 100
Kangiqsujuaq/ Femmes qui n'étaient pas enceintes, qui n'allaitaient pas 2002 105 70 315 308 285 500 90
Fort Severn/ Femmes qui n'étaient pas enceintes, qui n'allaitaient pas 2002 94 53 315 280 272 500 99


Tableau 2 Apport moyen en vitamine A (µg d'EAR par jour) provenant des principales sources, toutes les femmes de 15 à 44 ans

  Kugaaruk, Nunavut Kangiqs ujuaq, Nunavik Fort Severn, Ontario
Catégorie d'aliments visés par le programme Aliments-poste et groupe d'aliments µg d'EAR % du total µg d'EAR % du total µg d'EAR % du total
Aliments périssables prioritaires 50 16 86 28 128 42
Produits laitiers 7 2 24 8 43 14
Oeufs 13 4 21 7 54 18
Fruits et légumes 30 10 41 13 30 10
Aliments nutritifs périssables 2 1 12 4 3 1
Viande, volaille, poisson 89 29 82 27 81 27
Graisses et huiles 41 13 34 11 46 15
Divers (pizza congelée) 44 14 28 9 29 9
Aliments non périssables 39 13 28 9 29 9
Produits laitiers 12 4 1 - 21 7
Produits céréaliers 1 - 1- - 7 2
Fruits et légumes 1 - 21 7 7 2
Divers (ragoût de boeuf, soupes) 24 8 19 6 26 7
Aliments traditionnels 99 32 52 9 7 3
Aliments préparés périssables 27 9 23 8 17 6
Viande, volaille, poisson (poulet frit) 7 2 6 2 3 1
Divers (sandwiches emballés) 20 17 6 6 13 4
Total (toutes les sources) 309   306   302  

Nota : « - » indique une valeur inférieure à 1.



Vitamine D

Il est prouvé qu'une partie de la population générale canadienne et américaine présente des carences en vitamine D [Note 37][Note 38]. Cette situation devrait être plus grave dans l'Arctique en raison des longues périodes d'obscurité et de la faible consommation de lait enrichi. Des cas de carence en vitamine D et de rachitisme ont été signalés dans les populations autochtones de l'Arctique et du nord du Manitoba [Note 39][Note 40][Note 41]. La vitamine D est essentielle à l'assimilation appropriée du calcium et du phosphore provenant des aliments ainsi qu'à la prévention du rachitisme chez les enfants et de l'ostéomalacie chez les adultes. Récemment, une foule de travaux de recherche ont été réalisés sur le rôle de la vitamine D dans des processus autres que la formation des os (p. ex., dans la prévention du cancer, du diabète infantile et des maladies auto-immunes comme la sclérose en plaques) et sur sa conversion par les tissus extrarénaux, qui aurait une incidence sur la prolifération cellulaire et l'immunité [Note 42][Note 43]. Les carences en vitamine D peuvent accroître le risque de cancer du côlon, du sein et de la prostate ainsi que le risque de diabète juvénile de type I et de maladies autoimmunes [Note 44][Note 45][Note 46][Note 47][Note 48] .

L'humain peut combler tous ses besoins en vitamine D en s'exposant au soleil. De nombreux facteurs peuvent toutefois nuire à la synthèse de la vitamine D, notamment une exposition excessive au soleil, une pigmentation accrue liée à la mélanine, l'emploi d'écrans solaires et le fait de vivre au nord du 40e parallèle, où la vitamine D n'est pas synthétisée pendant trois à quatre mois [Note 49][Note 50][Note 51][Note 52], . Dans l'Extrême-Arctique, soit sous des latitudes où l'indice UV est inférieur à 3, cette période peut atteindre 9 mois [Note 53][Note 54][Note 55]. De plus, la synthèse de la vitamine D provenant du soleil se fait moins bien dans la population adulte d'âge avancé [Note 56]. Les risques de carence en vitamine D sont plus élevés chez les nourrissons et les personnes âgées vivant dans les régions nordiques. Les personnes souffrant de divers troubles intestinaux, comme une insuffisance hépatique grave, la maladie de Crohn et la sprue, présentent dans bien des cas une carence en vitamine D parce qu'elles ne peuvent absorber la vitamine D d'origine alimentaire [Note 57]. Les personnes incapables de produire suffisamment de bile ou qui souffrent d'une maladie de l'intestin grêle sont aussi plus à risque de carence en vitamine D. C'est le cas aussi des individus obèses [Note 58].

En raison de la grande diversité des facteurs qui ont une incidence sur la synthèse de la vitamine D, il est difficile de déterminer avec exactitude un BME. Faute de données scientifiques permettant d'établir un BME, nous avons utilisé comme valeur de référence un apport suffisant (AS) de 5 µg (200 UI) par jour pour les femmes en âge de procréer qui ne sont pas enceintes et qui n'allaitent pas [Note 59]. L'AS représente l'apport jugé suffisant pour le maintien d'un taux suffisant de vitamine D dans le sang chez les personnes dont l'exposition au soleil est limitée ou incertaine. L'AS repose sur l'hypothèse qu'aucune vitamine D ne provient de l'exposition de la peau au soleil. Actuellement, la limite supérieure chez les adultes est fixée à 50 µg ou 2 000 UI [Note 59].

Si l'on se fie aux récents travaux de recherche, on possède suffisamment de données probantes pour établir un BME et un Apport nutritionnel recommandé (ANR) à l'égard de la vitamine D et l'AS actuel est trop faible pour assurer une protection 8 contre la carence en vitamine D [Note 60].

L'Apport maximal tolérable (AMT) est aussi remis en question [Note 62]. En cas d'exposition restreinte au soleil, la quantité de vitamine D d'origine alimentaire qui doit être absorbée oralement pour le maintien d'une concentration sérique suffisante de 25-hydroxyvitamine D chez les sujets ayant d'excellentes réserves vitamine D est de 12,5 µg (500 UI) par jour chez les jeunes adultes [Note 60].

On ne peut calculer la prévalence de l'apport insuffisant chez des groupes à partir du pourcentage de personnes dont l'apport est inférieur à l'AS parce que l'AS en vitamine D n'est pas fondé sur l'apport moyen observé dans des populations en bonne santé, mais sur l'apport que l'on juge nécessaire pour maintenir la concentration sérique de 25-hydroxyvitamine D au-dessus du niveau en-deçà duquel on observerait du rachitisme ou de l'ostéomalacie. On a présumé que les apports signalés de personnes en bonne santé étaient suffisants, et on a doublé ce chiffre par mesure de sécurité.

La Société canadienne de pédiatrie recommande actuellement aux femmes enceintes vivant dans des régions nordiques des suppléments quotidiens de vitamine D de 800 UI (20 µg), mais il n'existe aucune information sur le respect de la recommandation [Note 63].

Il est difficile d'évaluer l'apport en vitamine D parce que l'enrichissement en vitamine D des aliments transformés est très variable [Note 38].

Le tableau 3 présente les apports moyens et médians rajustés en vitamine D chez les femmes de chaque collectivité. Les apports moyens rajustés oscillaient entre 2,8 µg à Fort Severn et 26,7 µg à Kugaaruk. Les apports médians fluctuaient entre 2,8 µg à Fort Severn et 12,6 µg à Kugaaruk, les apports moyens rajustés étant supérieurs à l'AS chez toutes les femmes inuites et nettement inférieurs à l'AS chez les femmes des Premières nations de Fort Severn. En comparaison, les apports médians des femmes âgées de 20 à 29 ans et de 30 à 39 ans, participant à l'enquête NHAMESIII, ont été évalués à 2,9 µg et à 3,1 µg, respectivement [Note 64]. Selon Kuhnlein, l'apport moyen en vitamine D des Inuites de moins de 40 ans était supérieur à l'AS, alors que l'apport moyen des plus jeunes femmes des Premières nations du Yukon était nettement plus faible que l'AS [Note 5].

Parmi les meilleures sources de vitamine D associées aux aliments traditionnels (> 5 µg par 100 grammes) figurent la graisse et l'huile de béluga, la graisse de narval, le foie de phoque annelé, la chair de l'omble chevalier, les oeufs de cisco, la truite grise, les oeufs et le foie de loche et le chabot5. Au nombre des sources modérées liées aux aliments traditionnels (entre 0,5 et 5 µg), figurent la viande de phoque barbu, le muktuk de béluga, la graisse, la cervelle et les yeux de phoque annelé, les rognons et le foie de caribou, la graisse de boeuf musqué, le canard sauvage, l'huître, la truite, le poisson blanc et la lotte.

Très peu d'aliments du commerce contiennent de la vitamine D. Au nombre des excellentes sources, figurent le hareng de l'Atlantique et le saumon en conserve avec ses arêtes. Parmi les sources modérées, figurent le lait en poudre écrémé enrichi, le lait de consommation et évaporé, le boeuf haché, le liverwurst, le foie et les rognons de boeuf et la margarine.

A Kugaaruk, 90 % de l'apport en vitamine D provenait des aliments traditionnels (surtout l'omble chevalier) (tableau 4). Les aliments nutritifs périssables, comme le boeuf haché et la margarine, fournissaient une faible quantité (3 %) de vitamine D.

Les aliments traditionnels (essentiellement l'omble chevalier) étaient aussi la principale source de vitamine D à Kangiqsujuaq (90 %) (tableau 4). De faibles quantités de vitamine D provenaient des aliments nutritifs périssables (5 %), notamment le boeuf haché, le poulet et la margarine, et des aliments périssables prioritaires (4 %) comme le lait de consommation.

En comparaison, les femmes de Fort Severn n'ont puisé que 4 % de leur apport en vitamine D dans les aliments traditionnels (caribou, poisson blanc et brochet) (tableau 4). Trente-neuf pour cent de l'apport en vitamine D provenait des aliments périssables prioritaires (surtout le lait de consommation et les oeufs), et le tiers, des aliments nutritifs périssables, comme le boeuf haché et la margarine. Les aliments non périssables (essentiellement le lait évaporé) ont fourni 21 % de l'apport en vitamine D.



Tableau 3 Apport en vitamine D, femmes de 15 à 44 ans, rappel de 24 heures

Lieu/Groupe Année Nombre d'observations n Moyennne (µg) Moyenne rajustée (µg) Médiane rajustée (µg AS (µg)
Kugaaruk, Femmes qui n'étaient pas enceintes, qui n'allaitaient pas 2001 102 62 24.7 26.7 12.6 5.0
Kugaaruk, Femmes qui allaitaient* 2001 30 18 243 227 226 900
Kangiqsujuaq, Femmes qui n'étaient pas enceintes, qui n'allaitaient pas 2002 105 70 315 308 285 500
Fort Severn, Femmes qui n'étaient pas enceintes, qui n'allaitaient pas 2002 94 53 315 280 272 500

* Sauf dans le cas des femmes qui allaitaient de Kugaaruk, nous avons calculé l'apport en vitamine D après avoir rajusté les données pour tenir compte du jour de la semaine et normalisé la variance en fonction de la variance observée à l'égard du premier rappel. Dans le cas des femmes qui allaitaient de Kugaaruk, nous avons calculé l'apport en vitamine D sans avoir rajusté les données pour tenir compte du jour de la semaine, mais en normalisant la variance en fonction de la variance observée à l'égard du premier rappel, étant donné que quelques répondantes ont fait état d'un apport très élevé, de sorte que la médiane obtenue après rajustement des données pour tenir compte du jour de la semaine n'était pas raisonnable.



Tableau 4 Apport moyen en vitamine D (µg par jour) provenant des principales sources, toutes les femmes de 15 à 44 ans

  Kugaaruk, Nunavut Kangiqs ujuaq, Nunavik Fort Severn, Ontario
Catégorie d'aliments visés par le programme Aliments-poste/groupe d'aliments µg RAE % du total µg RAE % du total µg RAE % du total
Aliments périssables prioritaires 0.2 1 0.6 4 1.4 39
Produits laitiers 0.0 - 0.4 3 0.9 25
Oeufs 0.1 1 0.0 0 0.5 14
Aliments nutritifs périssables 0.7 3 0.7 5 1.1 33
Produits laitiers 0.0 - 0.0 - 0.1 3
Viande, volaille, poisson 0.4 2 0.3 2 0.6 16
Graisses et huiles 0.3 1 0.3 2 0.4 13
Non-perishables 0.6 2 0.1 1 0.7 21
Aliments non périssables 0.4 1 0.0 - 0.71 20
Aliments traditionnels 25.4 90 13.1 90 0.17 4
Aliments préparés périssables 1.3 5 0.1 1 0.17 2
Divers (sandwiches emballés) 1.3 4 0.1 1 0.1 2
Total (toutes les sources) 28.2   14.6   3.5  

Nota : « - » indique une valeur inférieure à 1.



Analyse

Presque toutes les femmes des collectivités-pilotes présentaient un apport insuffisant en vitamine A, et l'apport moyen en vitamine D chez les femmes de Fort Severn était bien inférieur au niveau actuellement considéré comme un apport suffisant.

Nos enquêtes ont été réalisées au cours d'une seule saison (à la fin de l'automne à Kugaaruk et à Fort Severn, et au printemps à Kangiqsujuaq). L'hypothèse selon laquelle les enquêtes ont été menées à une période où la consommation d'aliments traditionnels est faible pourrait expliquer en partie pourquoi la consommation moyenne de vitamine A observée dans notre étude était inférieure à celle mise en évidence par Egeland [Note 36]. Selon cette dernière, les Inuites de moins de 40 ans étaient quatre fois plus susceptibles de présenter un apport en vitamine A inférieur au BME par rapport aux femmes de plus de 40 ans, l'écart étant attribué à une plus forte consommation d'aliments traditionnels par les femmes d'âge plus avancé. Kuhnlein et Receveur ont montré que l'apport en vitamine A était plus de deux fois plus élevé les jours où les aliments traditionnels étaient consommés [Note 65].

Notre rapport initial faisait état des apports moyens et médians simples (non rajustés) en vitamine A, puisque le logiciel de l'Iowa State University exige les valeurs exprimées en EAR. Comme on pouvait s'y attendre, les apports moyens non rajustés exprimés sous forme d'EAR dans ces collectivités sont inférieurs à ceux qui ont été initialement signalés sous forme d'ER.

Dans nos rapports antérieurs sur les enquêtes de référence, nous avons observé un apport moyen en vitamine A (ER) comparable à celui qu'a signalé Kuhnlein à l'égard de toutes les Inuites âgées de 20 à 40 ans en 2000 [Note 66]. Le rôle joué par les aliments du commerce dans l'apport en vitamine A dans les collectivités-pilotes inuites était aussi analogue. Toutefois, il ressort des études réalisées ultérieurement par Egeland et Kuhnlein sur la même population que l'apport moyen en vitamine A (en EAR) chez les Inuites de moins de 40 ans était bien plus élevé que ne l'indiquent nos constats et supérieur aux valeurs signalées antérieurement sous forme d'ER [Note 5][Note 36].

L'établissement d'un bilan exact en vitamine A ou D supposerait la tenue d'une enquête clinique. Toutefois, si l'apport en vitamine A était insuffisant, les réserves dans le foie seraient inférieures au niveau souhaitable, d'où une diminution des réponses immunitaires et un taux plus élevé de maladies infectieuses. Nous ne possédons malheureusement aucune donnée sur la prévalence du SAF ni sur le taux de cardiopathies congénitales dans ces collectivités, mais un apport insuffisant en vitamine A et en folate pourrait accroître le risque associé à ces problèmes. Un apport insuffisant en vitamine D pourrait prédisposer les femmes à l'ostéomalacie et accroître le risque de certaines formes de cancer et de maladies auto-immunes. Toutes ces carences alimentaires pourraient augmenter le fardeau qui pèse sur le système de soins de santé.

L'amélioration de l'apport en vitamines A et D nécessitera une modification des modes de consommation alimentaire. Il y a lieu de promouvoir les aliments traditionnels riches en vitamines A et D auprès des jeunes femmes des Premières nations et des jeunes femmes inuites malgré les inquiétudes que suscite la présence de faibles concentrations de contaminants dans ces aliments [Note 5]. Il est conseillé de consommer de petites portions de foie (50 g) au début de la grossesse ou en cas de grossesse possible. Selon les Centers for Disease Control des É.-U., il est possible de consommer avec modération du foie pendant la grossesse [Note 67]. Il existe aussi des aliments du commerce qui sont considérés comme des sources excellentes ou modérées des deux vitamines. Il reste que les études ont toujours montré que le prix, la qualité et l'accessibilité représentaient les principaux obstacles à l'achat de fruits, de légumes et de lait dans les collectivités nordiques éloignées [Note 1][Note 2][Note 3][Note 68]. C'est pourquoi il faudra entreprendre des efforts soutenus afin d'améliorer la qualité et l'accessibilité des aliments du commerce qui contiennent ces vitamines et d'en réduire le coût.



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