La mine Giant, d’hier à aujourd’hui

Claims et lingots d'or

C’est en 1896 que des prospecteurs, qui avaient mis le cap sur le Nord pour profiter de la manne du Klondike, découvrirent pour la première fois de l’or à Yellowknife. À cette époque, la découverte n’eut aucun écho, car on considérait la région inaccessible. Mais en 1935, une ruée de prospecteurs gourmands envahie les rives nord du Grand lac des Esclaves, à la recherche du précieux métal jaune. Avec l’arrivée de l’aviation commerciale (avions de brousse), ce coin de pays devint également plus accessible.

Parmi les plus riches gisements d’or jamais découverts au Canada, notons celui que l’on retrouve le long de la magnifique baie Back du Grand lac des Esclaves et de ce qui est aujourd’hui la route historique Ingraham. À l’été de 1935, C.J. « Johnny » Baker et H. Muir jalonnèrent les 21 sites originaux de la mine Giant en vue de leur prospection par la Bear Exploration Company. Sept millions d’onces d’or furent finalement extraites par suite de ce qui s’est révélé l’un des projets d’exploitation aurifère continus les plus durables de toute l’histoire minière du Canada.

Selon les relevés historiques tenus par la Première Nation des Dénés Yellowknives, Liza Crookedhand, une aînée qui campait chaque année au wildeh (rivière Yellowknife) a joué un rôle capital dans la découverte aurifère aux environs de Yellowknife. (The Giant Gold Mine – Our Story: Impact of the Yellowknife Giant Gold Mine on the Yellowknives Dene -A Traditional Knowledge Report (YKDFNLEC, 2005)   (site Web non disponible en français)).

Chronologie historique 1935-2007

En 1937, la société Yellowknife Gold Mines Ltd. fit l’acquisition des intérêts de la société Burwash puis créa la filiale Giant Yellowknife Gold Mines Ltd. Mais la société éprouva des difficultés et, en 1940, elle dut interrompre ses activités. La société Frobisher Explorations fit ensuite l’acquisition du site en 1943, après que D.W. Cameron en eut vanté les richesses. Puis le début de la Seconde Guerre mondiale mit un terme aux activités, puisque l’or ne fut pas jugé comme une priorité stratégique et qu’il manquait également de travailleurs sur le terrain.

Peu de temps après la fin de la guerre, la mine de Giant rouvrit de façon officielle, et la production reprit à pleine capacité. Le premier lingot d’or fut coulé le 3 juin 1948. De mai à décembre 1948, 8 152 onces d’or furent extraites à partir de 49 985 tonnes de minerai. Yellowknife fut, à cette époque, le théâtre d’une rapide croissance; la mine Con, à proximité de la ville, fonctionnait à pleine capacité, il y avait de l’emploi, et les retombées économiques d’un secteur minier en pleine effervescence se faisaient sentir.

: Une vieille photo des bâtiments du site de la mine Giant à Yellowknife, avec le chevalement du puits de la mine au centre.

La production de l’or – et de la poussière de trioxyde de diarsenic

L’or de la mine Giant provient du minerai d’arsenopyrite. Le minerai doit être chauffé à une température extrêmement élevée pour en extraire l’or. Malheureusement, il en résulte un sous produit hautement toxique : le trioxyde de diarsenic.

Autrefois, la majeure partie du trioxyde de diarsenic était rejetée directement dans l’environnement par une cheminée. On est toutefois rapidement intervenu en installant, en 1951, un dépoussiéreur électrique à froid du type Cottrell, qui éliminait une grande quantité du trioxyde de diarsenic issu des gaz du four de grillage.

De 1951 à 1956, les émissions d’arsenic passèrent ainsi de 7 400 à 2 900 kg par jour. En 1958, une autre installation de pointe fut aménagée sur le site de la mine Giant, soit un dépoussiéreur à sacs filtrants du type Dracco, qui éliminait encore plus de poussière et qui fit chuter à 52 kg par jour les émissions atmosphériques d’arsenic en 1959.

Au fil des ans, cette valeur a grandement varié, pouvant même atteindre 300 kg par jour, jusqu’à ce qu’un dépoussiéreur électrique à chaud, lui aussi du type Cottrell, soit installé pour réduire davantage les émissions.

L’exploitation de la mine Giant s’étala sur une période de quelque 50 ans, au cours de laquelle elle produisit 237 000 tonnes de poussière de trioxyde de diarsenic.

Durant les années 1950, les scientifiques et les instances gouvernementales convinrent que la meilleure façon de disposer de cette substance était de l’entreposer dans des chambres et gradins souterrains. Il s’agissait là, croyait-on, d’une solution à long terme puisqu’à la fermeture définitive de la mine, on prévoyait que le pergélisol allait graduellement se ré-établir sur le site, enfermant ainsi le trioxyde de diarsenic dans des chambres étanches.

Dans les années 1980, Koppers Corp., de Pittsburgh en Pennsylvanie, acheta à la mine Giant 6 700 tonnes de poussière non-traitée de trioxyde de diarsenic à des fins commerciales. La majeure partie, toutefois, repose encore sous terre.

Propriété de la mine

La mine Giant passa, au fil des ans, entre les mains de différents propriétaires. En 1990, Royal Oak Resources Ltd. en fit l’achat et constitua la Royal Oak Mines Inc. En mai 1992, des travailleurs d’une section locale de TCA-Canada entreprirent une grève et, en septembre de la même année, alors que la grève se poursuivait, une explosion souterraine préméditée entraîna la mort de neuf mineurs. La grève prit fin en décembre 1993.

En 1997, des fonctionnaires d’Affaires autochtones et Développement du Nord Canada (AADNC) rencontrèrent, au cours d’un atelier technique, des représentants de la Royal Oak Mines Inc., d’Environnement Canada, du gouvernement des Territoires du Nord-Ouest et de la Ville de Yellowknife pour discuter de la gestion de la poussière de trioxyde de diarsenic entreposée dans la mine Giant.

Peu de temps après, AADNC vendit la mine à Miramar Giant Mine Ltd., l’un de ses établissements. La vente se fit de façon à assurer à ce que le plus grand nombre possible de travailleurs conservent leur emploi et à ce qu’un opérateur d’expérience et reconnu se charge d’assurer l’entretien et le maintien du site. Comme condition de vente, AADNC indiqua que Miramar ne serait pas tenu responsable de l’état dans lequel la mine lui avait été cédée, y compris la poussière de trioxyde de diarsenic prise sous terre. On attribua à AADNC la responsabilité de veiller au site dans son état actuel, y compris la poussière de trioxyde de diarsenic.

Après 1999, la poussière de trioxyde de diarsenic de la mine Giant ne fit l’objet d’aucun traitement; la société Miramar remit, en 2001, son plan d’abandon et de remise en état des lieux à l’Office des terres et des eaux de la vallée du Mackenzie. La société mit fin à ses obligations en vertu du contrat de garantie de remise en état du site de 2005, et la mine devint officiellement un site abandonné.

Une occasion en or

C.J. « Johnny » Baker travaillait ce jour-là au tout nouveau claim minier de Burwash. De la pointe du même nom, il observait la rive opposée de la baie Back, site de la future mine Giant, lorsqu’un détail particulier capta son attention : la traînée minéralisée aurifère qu’il avait découverte et sur laquelle il se tenait, se prolongeait sous le lac et semblait réapparaître de l’autre côté. La conclusion qu’il tira de cette observation fut l’affaire d’un instant : voilà où il fallait chercher! Il se mit donc à prospecter cette région et la découverte qu’il allait faire avec H. Muir, son partenaire, entraîna la création de la mine Giant, une des mines d’or les plus prospères au Canada.

Fait à noter, on a établi depuis que cette traînée ne se rendait pas de l’autre côté du lac, mais qu’elle se terminait plutôt quelque part sous l’eau. La découverte de Johnny sur l’autre rive était certes fort intéressante, mais de nature complètement différente, sur le plan de la géologie, de ce qui existait sur sa propriété de Burwash. Autrement dit, la découverte de la mine Giant n’aura été que le fruit d’un heureux hasard!